WILDER MANN EST VIVANT ET SE PORTE BIEN !

 

Tout commence par une émission de radio captée par hasard sur France Culture à l’occasion du Salon de l’Agriculture. On parle des caractéristiques spécifiques de l’enseignement dans la filière agricole et c’est intéressant.

J’écoute le témoignage d’un ancien élève. Il raconte qu’il est petit fils de boulanger, fils de paysan, qu’il a suivi la filière du lycée agricole par nécessité,  sans avoir jamais voulu devenir agriculteur. C’est l’enseignement socio-culturel qui l’a maintenu au lycée jusqu’à l’obtention de son diplôme, malgré son absence de motivation pour les métiers de la terre. C’est grâce à l’enseignement socio-culturel qu’il a pu devenir photographe. Je mémorise son nom. Charles Fréger.

Quelques jours plus tard je visite son site sous-titré : « Portraits et uniformes » et je découvre le travail d’un véritable ethno-sociologue. Charles Fréger est tout sauf un autre photographe de mode ou de pub. C’est un photographe qui s’efface pour mettre son savoir faire au service de ses sujets. Ce qu’il aime montrer et même documenter, ce sont les êtres humains en tenues de travail, en costume, en uniforme.

Son site regorge de photos de toutes les professions, de toutes les activités qui exigent le port de tenue spécifiques. Toutes ces images sont présentées avec pudeur et grande humanité dans la grande tradition d’August Sander ou du Avedon de American West, sauf que Charles Fréger préfère photographier ses sujets en décors naturel plutôt que sur fond de toile peinte, ce qui donne un naturel et une humilité supplémentaire à ses images.

Parmi les séries, je m’intéresse surtout à deux d’entre elles : YOKAINOSHIMA et WILDER MANN. La première est consacrée aux costumes de monstres et autres créatures imaginaires qui apparaissent lors des fêtes dans diverses petites îles de pêcheurs au Japon.

La seconde série qui lui est antérieure présente toutes sortes de « Wilder Mann » (homme sauvage) qui hantent les carnavals et autres fêtes rurales à travers les campagnes d’Europe.

Le Wilder Mann est un personnage de légende qui apparaît au moyen-âge, dans l’est de l’Europe on le dit fruit de l’union d’un ours avec une femme, un peu partout il est associé à des animaux familiers, cerfs, chèvres dont il porte souvent des attributs. Toujours masqué, il est également volontiers porteur de cloche, il poursuit et chahute la plupart du temps les jeunes filles qui les encouragent en poussant des cris lors des parades villageoises, à l’occasion de Noël, des semailles, de Pâques, des moissons, etc. selon les régions.

Un très joli livre a été consacré à ces images en 2012 par Thames & Hudson. L’ouvrir c’est se plonger dans un monde imaginaire ancestral que l’on croyait à tout jamais disparu et retrouver nos rêves et craintes d’enfants. C’est un grand bonheur de découvrir que ces traditions demeurent encore vivantes ici et là et l’on voudrait surtout qu’elles ne disparaissent jamais sous les coups de boutoir de l’urbanisation et de la mondialisation.

Ce livre est un formidable moyen de se détoxiquer de notre dépendance à internet, de sa fausse importance, de sa fausse vitesse, de ses fausses nouvelles.

 

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Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

1 pensée sur “WILDER MANN EST VIVANT ET SE PORTE BIEN !”

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