Marseille, au mois d’août, les filles de la plage.

Marseille plage

Une liane blonde tubulaire, grand sac de marque, immenses solaires, sandales dorées, zigzague, cherche un emplacement favorable à équidistance des autres antilopes des sables ;

Au téléphone, en corsaire corail, une enfoulardée light, volubile et véhémente, accent trop puissant, tourne en cercles énervés autour de son sac de plage. Il est pas là ce djobi, ch’ te dis. Ca fait trois fois que je fais la plage. C’t’enculé il avait promis qu’il serait là, etc. Naan, sur messagerie, etc. ;

Au bord de l’eau, une mère-vigile sous parasol (Attention au vent, madame !) avec beaucoup de matériel autour dont un crocodile dégonflé, rappelle en permanence à la prudence deux jeunes enfants indifférents, qui s’éclaboussent, qui pataugent et qui barbotent jusqu’aux genoux ;

Ici, trois, et bientôt quatre, puis cinq, copines agitées, vaporisent des phéromones alentours ; leurs éclats de rires à répétition explosent en rafales de fusées sonores ;

A plat ventre, une bronzeuse méticuleuse, soutien gorge dégrafé, tente d’effacer la marque trop chiante des bretelles ;

Plus inquiètes, quelques peaux pâles et encrêmées, des étrangères enduites et des nivéennes nordiques luisantes, elles se retournent toutes les dix minutes, mais quand même, on les devine un peu inquiètes ;

Se balançant d’avant en arrière, une petite brune quatre boules tout chocolat,  en extrême short blanc et top tube stretch, déclame à voix basse mais en anglais le vocero torride (serait-ce Rihanna ?) que lui diffuse un volumineux casque rouge ;

Une nageuse mature ruisselante remonte sur le gravier, long nez, long torse, longues jambes, peau tannée, cheveux aluminium, coupés au bol ; elle reste debout, elle scrute les vagues comme  à la tombée du jour les  femmes de marins ;

Sur le dos, un bras replié sous la tête, l’autre main posée sur le nombril, lunettes-américaines-de-pilote-monture-or, avantages saillants, maillot minimaliste tricoté d’or, baignant dans des vapeurs de monoï Hawaïan Tropic, une femme crocodile pour Tomi Ungerer ;

Des pieds aux ongles vernis, alternés vert et jaune, petite chaine d’or à la cheville droite, un corps d’otarie sur un drap de bain Ordem e progresso, un petit visage noyé dans une profusion crêpée tropicale, un sourire qui ne demande qu’à jaillir et les écouteurs, toujours les écouteurs. Brésilienne ? Wesh-wesh, méfi !

Là, ce sont deux copines de passage à Marseille qui se rapprochent, s’enlacent, se figent dos à la mer, se selfiesent à répétition et s’exportent encore toutes chaudes  sur des réseaux sociaux ;

Plus loin, une coranique légale, posture petite sirène de Copenhague, ample cimarre brun austère et visage cerné de noir, yeux de dattes, des chevilles fines sanglées dans de légères spartiates de cuir émergent malgré tout de sous le lourd caftan ;

Et puis, il y a le salon de vermeil, les assises et les voûtées, celles qui conversent dans un regroupement de chaises pliantes légères, quelques cannes à leurs pieds ; elles affichent des colorations ambitieuses, oiseaux des plages : gris-bleu métallisé, orange mécanique, pourpre cardinalice, byzantium 100% ultra-color ;

Des passages réguliers de post adolescentes haletantes, saines et sportives, chaussures fitness technologiques pour le running ,  parfois accompagnées d’un vélo, avec sac à dos aux multiples poches et nombreuses sangles, toujours un bandeau dans les cheveux ou une visière au-dessus des yeux, toujours quelques gouttes de transpiration sur la lèvre supérieure et au creux du cou, toujours une ou plusieurs bouteilles d’eau, parfois un énorme téléphone est fixé sur le bras un mince fil noir le relie aux oreilles ;

A intervalle régulier, des plagistes nourricières, véritables stations-services, distributrices de boissons fruitées, de boites Tupperware contenant du riz au thon avec œuf durs, de cuillères en plastique, de paquets de biscuits, de brugnons, de prunes et de serviettes en papier. De temps en temps, des enfants affamés surgissent de nulle part et reconnaissent la leur ;

A l’écart, dans un enclos surveillé et réservé, quelques loueuses de matelas et parasols à la journée, alignées et surélevées sur de lourdes chaises longues en plastique blanc, elles feuillettent des magazines, tapotent sur des tablettes, téléphonent, prétendent se détendre, commandent des boissons qui tardent à arriver et quand elles arrivent, elles ne sont plus assez  fraîches.

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