Dondedieu est une enflure ordinaire.

Je n’avais pas très envie d’écrire à propos de Dondedieu. Pas envie d’ajouter mes lignes aux déjà trop nombreuses pages qui traitent du sujet. Parce que je m’en fous de Dondedieu. A titre personnel, il ne mérite pas l’honneur qu’on lui fait et on s’attarde sur le lampiste au lieu de s’attarder sur ce qu’il signifie. Mais la chose est devenue tellement énorme, que je me jette à l’eau.

Dondedieu est militant pro-palestinien et anti-sioniste, c’est son droit le plus strict. Par contre, Dondedieu a forcément tort de tenir des propos antisémites au nom de son anti-sionisme. Mais  Dondedieu n’a pas tort de penser que l’on s’appesantit beaucoup plus sur la Shoah que sur l’esclavage et le colonialisme. Il n’est pas interdit non plus de se demander pourquoi.

Il n’est pas faux de penser que toutes les mémoires douloureuses ne pèsent pas le même poids dans la société française d’aujourd’hui. Il serait inquiétant de ne pas pouvoir le dire.

Reste que le petit commerce de Dondedieu c’est l’amalgame vague, mélanger tout, insinuer, semer le doute et le trouble dans des esprits bien trop faibles et paresseux pour penser par eux-mêmes ou rechercher les faits derrière les allusions.

Les sous-entendus, les allégations, les rapprochements fallacieux de Dondedieu, suffisent pour le faire apparaître à bon compte aux yeux des naïfs, en rebelle justicier, en héros de la contestation , dénonciateur des sinistres complots ourdis dans des recoins sombres par des judéo-nantis et des américano-pourris.

Dondedieu serait ainsi le hérault des faibles, le zorro des sans voix, il ferait une gigantesque « quenelle » aux puissants du monde. Ah, le brave, le courageux Dondedieu ! Il y doit bien y  avoir des abrutis pour croire que Dondedieu « défie » le système et qu’il est une sorte équivalent français des Pussy Riot, un Femen barbu, un Snowden noir.

Encore un qui « ose dire tout haut ce qu’on pense tout bas », disent ceux qui ne disent ni pensent, ni haut, ni bas.

Dondedieu a tort de compter et voir des juifs conspirer partout dans les médias, la finance et je ne sais où afin de nourrir la fascination populiste du complot… La fumeuse pieuvre juive étranglant le monde. Pauvre bête, elle a bon dos, depuis le temps… Ceci-dit il n’a pas tort de vouloir faire remarquer qu’il y a fort peu de noirs et de maghrébins à des postes clés dans les médias, la finance et je ne sais où, afin de démontrer que notre société n’est pas aussi égalitaire qu’elle veut bien le dire. C’est la seconde partie de son discours qui accrédite l’idée fausse de la première.

Dondedieu n’est pas un monstre. Dondedieu n’est ni un pervers ni un fanatique. Dondedieu est une enflure ordinaire, un pur produit vulgaire et bas de gamme de notre société de la franche rigolade. Il lui flatte sa croupe consentante. Il y a aussi du Bigard chez Dondedieu.

Nous ne pouvons que nous en prendre à nous-mêmes, non seulement d’avoir réuni les conditions de son émergence, mais et c’est bien pire, de lui avoir fourni un public. Un public grandissant de jeunes pseudo-rebelles mais vrais ignares (nous en produisons en masse) qui plus on s’en prend à lui, plus ils le considèrent, si ce n’est comme un prophète, au moins comme un bouc émissaire du système. Ce que hélas, à force de bêtise politique insistante et d’opportunisme médiatique avide, nous avons fait de lui. Et plus il fera la une des magazines, plus on s’interrogera sur ce qu’en pensent Valls, Taubira, Hollande ou Fillon, Copé, plus on lui donnera une importance totalement disproportionnée au regard de son insignifiance.

Dondedieu triomphe sur son socle. Pourtant ce type est des plus médiocres en qualité de professionnel du ricanement. Son talent d’humoriste est de troisième zone. Il a désespérément besoin du scandale pour se faire remarquer.  « Shoa-nanas », chante-t-il, voilà le système Dondedieu révélé en un tropicalembour jugé profanatoire et sacrilège. Tout est dit. Mais aussi ringardes soient ses provocations, cela suffit pour heurter le CRIF, le MRAP, etc., qui bondissent et dénoncent et condamnent, et poursuivent devant les tribunaux, et donc dans un mouvement parallèle lui procurent le soutien d’un public d’abrutis fidèles, socialement en réseau, qui tambourinent illico « Dondedieu, click, Je l’aime » par centaines de milliers sur leur smartphone… « Ami » et « aimer », deux mots dont la valeur est en chute libre.

La question du moment qui relègue le reste du monde (économie, politique, international…) dans les brouillards de l’arrière-plan, perturbe jusqu’aux ministres et même le Président Hollande en déplacement est donc : « Que faire de Dondedieu ? ». Elle signe notre défaite collective. Il n’y a rien de particulier à faire avec Dondedieu, ce type n’est qu’un justiciable comme un autre.

Dondedieu c’est la défaite des parents, si Dondedieu parle aux jeunes c’est parce que nous avons démissionné de nos responsabilités éducatives et que nous avons laissé les enseignants se débrouiller avec nos adolescents révoltés et s’enfoncer avec eux dans un système agonisant, sclérosé, paralysé par ses échecs, qui implose lentement et interminablement.

Dondedieu c’est la défaite des électeurs –je parle de ceux qui se déplacent encore pour aller voter -,  parce que les politiques de tous bords que nous avons écoutés, choisis, soutenus et élus, ont prouvé depuis plus de 30 ans qu’ils étaient incapables de trouver une alternative laïque et républicaine à opposer aux communautarismes qui recrutent et prospèrent sur le terreau fertile de l’effondrement social des périphéries urbaines, mais pas seulement là. Le vrai bourbier, ce n’est pas le Centre-Afrique ou le Mali… c’est la banlieue des métropoles.

Dans cette farce tragique qu’est devenue la France d’aujourd’hui, tout le monde développe désormais un sentiment victimaire (corporatiste ou communautariste, automobiliste, cafetier, contribuable, juif ou musulman, tous des victimes), tout le monde se sent en but à l’humiliation, à la stigmatisation, à l’ostracisme, à l’injustice etc. Nous sommes tous des lapidés en puissance, en attente d’excuses de la part des autres. Mon athéisme laïc est quotidiennement bousculé par la prolifération publique des signes religieux. Je ne veux pas de voile à la Poste, ni de crèche de Noël dans ma gare ! C’est Noël d’accord, alors oui au sapin, mais non au petit Jésus dans les lieux de la République. A vous de vous exprimer.

Nous vivons une situation parfaitement schizophrène. On écoute en stéréophonie, canal de droite un discours assommant de propos politiquement corrects plombés  et canal de gauche (ou inversement) sa dénonciation convenue, vitupérante, tout aussi exaspérante.

D’un côté, le moindre adjectif déplacé embrase aussitôt la foule des perpétuels indignés à fleur de peau, qui se sentent offensés, rabaissés, méprisés, qui réclament réparation, procès, sanctions, interdiction.

Les propos racistes, les vannes antisémites, les blagues homophobes, les plaisanteries sexistes, sont intolérables au pays des Lumières. Lesquelles Lumières se bidonnaient devant leur télé en regardant il n’y a pas si longtemps le subtil Michel Leeb esquisser d’élégantes  imitations des manières de parler hautes en couleurs, mais si poétiques, de nos frères anciens colonisés.

D’un autre côté, nous réclamons tous la liberté d’expression, le droit à la parole, inconditionnels, garantis, souverains et universels. Nous protestons comme un seul homme contre l’étouffement de toute pensée, même incorrecte, écrasée par le conformisme bien pensant, la chape de plomb de la langue de bois et le bulldozer de la pensée unique.

Nous sommes tous apôtres de la tolérance, des Voltaire qu’on étouffe. Heureusement, qu’il y a eu la courageuse publication des caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo pour apporter un peu d’air à nos esprits avides de liberté. Difficile de faire mieux que les caricatures de Mahomet pour souder un peuple de libre-penseurs frileux…

S’ajoute à cette situation déjà débilitante, la dictature épuisante de l’ironie, de la caricature, du jeu de mots, du sarcasme, de la goguenardise, du persiflage. Tous permanents, omniprésents et multimédias. Le Président de la République Française s’appelle pépère, ou Flanby capitaine de pédalo. Et ainsi de suite, jusqu’aux injures faites à Mme Taubira, mais quel manque d’humour de sa part, c’était seulement pour rire ! Merci les Guignols, les Grosses Têtes, Canteloup et assimilés, en France on a le chômage qui monte, l’insécurité qui fait peur et la récession qui menace, mais pas de prise de tête, ça va quand même pas nous empêcher de rigoler.

Pour témoigner de notre totale liberté de pensée, on peut se goberger de tout, surtout de ce qui nous effraie et de ce que nous ne comprenons pas. Le rire c’est la santé, rions donc à nous en faire péter la sous-ventrière. Le terrain est propice pour les bouffons sans talent et les tristes pitres. Oui, mais attention, d’autre part il y a des limites à ne pas franchir, il convient de respecter les sensibilités délicates, il ne faut pas heurter les susceptibilités qui ont le sommeil léger.

Dondedieu à la une des médias est bien à sa place et on ne l’a pas volé.

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