LES FANTÔMES D’ISMAËL

Il faut aimer pour voir.

Aimer jusqu’à la délivrance, la souffrance et la dérision, le tragique et le burlesque, la lâcheté et le mensonge, la passion et l’ennui, la beauté cruelle et la laideur montante, la réalité et les fantômes, l’inexplicable et le ridicule, les toiles et les étoiles, la douloureuse présence des absents, la jouissance et la peur, les cauchemars asphyxiants et les aubes, le temps qui passe, ce qui s’incruste et ce qui fout le camp, ce qui meurt et ce qui nait, toutes ces choses entremêlées, complexes et inextricables qui font la chaîne et la trame de la vie. Car rien n’est simple, sauf la mort.

Desplechin sait raconter et montrer cela. De plus en plus et peut être de mieux en mieux.

Dans Les fantômes d’Ismaël, il excelle par exemple dans les gros plans, les très gros plans de visages de ses actrices qui littéralement envahissent et débordent de l’écran, collent le spectateur le dos à son siège. Il multiplie les plans du récit en cascades, en avant en arrière, bonds, rebonds, évasions, voltiges. La magie est dans le mouvement, les enchainements incessants. Le rythme qui semble hésitant et incertain au début apparaît de plus en plus assuré au fur et à mesure que le film s’emballe. Peut-être que ce que nous avons cru prendre pour des hésitations ou même des maladresses n’était qu’une manière élégante d’en faire un peu trop pour ne pas apparaître trop malin, trop habile, ou pire : porteur de message, car tout ceci n’est que du cinéma, mais tout de même du 7e art.

Pour entrer dans les détails et si vous tenez absolument à le savoir : Matthieu Amalric est consubstantiel au film, Charlotte Gainsbourg est formidable, Louis Garrel subtilement comique, Hippolyte Girardot excellent, magnifique photo d’Irina Lubtchansky (la fille du grand Willy Lubtchansky), la musique est audacieuse, les images de Noirmoutier font rêver. Il y a aussi Marion Cotillard qui n’a pas l’étoffe du  rôle.

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