Sur les jantes. Thomas McGuane.

sur-les-jantes,M68720Le dernier Thomas McGuane est sorti  en 10-18.  A la fois un grand roman, une vaste fresque, un riche panorama et une simple ( ?) vie d’homme unique et ordinaire dans l’Amérique provinciale. Du Montaigne en cinémascope. Le Flaubert de Madame Bovary sous le Grand Ciel du Montana.

Après 10 excellents romans, Thomas McGuane est sans doute le plus sous-estimé des écrivains américains contemporains. A mes yeux, le lumineux McGuane caracole – avec le sombre Cormac McCarthy – loin devant le reste de la troupe des Jim Harrison, Richard Ford, John Irving, etc. (Sans parler des speeds, des psys, des hypes, des intellos des villes et de celui qui attend toujours le Nobel de littérature).

Thomas McGuane dans son ranch.
Thomas McGuane dans son ranch.

McGuane est un écrivain qui vit à cheval dans son ranch du Montana où il élève des Angus noirs. Non seulement cela, mais il est membre émérite de la NCHA (National Cutting Horse Association). Autrement dit, à 72 ans il se distingue par son talent de cavalier capable contre la montre de sortir et isoler une bête à corne d’un troupeau (le « cutting »). Une discipline de compétition qui exige à peu près les mêmes capacités d’agilité et de rapidité de la part du cheval et du cavalier que le rejon.McGuane

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Sur les jantes est écrit de même, mais comble d’élégance, avec une feinte nonchalance, dans un faux effet de ralenti. Comme si toute cette vie de Milton Berle Pickett, petit toubib généraliste dans un bled perdu (tautologie) du Montana et les emmerdements confus dont il a le plus grand mal à se dépêtrer, étaient d’une grande banalité et ne méritaient qu’à peine d’être exposés. En fait, Sur les jantes de McGuane c’est un peu comme si Cervantès s’excusait de nous ennuyer avec un personnage aussi peu reluisant que Don Quichotte et la galerie de portraits qu’il lui fait traverser.

Sur les jantes est donc un énorme roman américain, à la fois ironique et drôle, mais généreux et tendre, poignant, le plus souvent étrangement serein. Un roman écrit à hauteur d’homme, un roman sans colère qui ne laisse aucune place au cynisme, à l’amertume, au bluff, aux effets de plume, aux postures littéraires étudiées. Un roman du Montana.

Sur les jantes nous entraîne dans un monde absurde où (heureusement) la vie n’est jamais simple, où il difficile de trouver sa place, souvent douloureux d’être soi-même, ambitieux de comprendre son prochain, délicat de s’entendre avec lui, mais un monde drôle et merveilleux où l’on peut facilement s’enchanter à la pêche à la truite (R. Brautigan n’est jamais très loin…) ou s’éblouir à l’envol d’un Autour des Palombes (Accipiter gentilis). Sans parler des possibilités de divertissement qu’offrent le bon vin, le sexe et certaines vieilles Oldsmobile 88 quand elles ne deviennent pas jalouses de redoutables femmes pilotes blondes.

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Sauf le respect dû au traducteur – Marc Amfreville – le titre américain est : « Driving on the rim ». C’est à dire littéralement : « En roulant sur la jante », ce qui n’est pas tout à fait pareil que « Sur les jantes« . Il me semble qu’il manque l’idée :  » Je roule peut-être sur la jante, mais je roule encore. »

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Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

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