SINÉ LIBÉRÉ !

UPDATE 1 et UPDATE 2  plus bas)

J’ai vraiment découvert Siné en décembre 1962. Mon père avait ramené à la maison le numéro 1 de SINE MASSACRE (*). Siné n’était pas gaulliste. Siné n’aimait pas les prêtres et les religions. Siné n’aimait pas les militaires. Siné n’aimait pas les flics. Siné n’aimait pas les colons. Siné n’aimait pas les patrons. Siné n’aimait pas les politiques. Siné n’aimait pas les faux-culs ni les cons. Et il en était cerné car le monde est rempli de ces engeances envahissantes. Toute sa vie durant, Siné a du se taper des gens qu’il ne supportait pas et il n’a jamais cessé de leur renvoyer la monnaie de leur pièce. Siné n’était ni un dégonflé ni un provocateur, c’était un caricaturiste. Siné n’avait pas toujours raison, d’ailleurs il s’en foutait, mais il n’avait pas toujours tort, d’ailleurs il s’en foutait également. Et puis ce n’est pas lui qui avait commencé à emmerder le monde. Siné avait fait un dessin à propos du Viagra où la légende disait quelque chose comme : « Une pilule pour bander, je ne vois pas l’intérêt, on passe notre vie à se faire enculer ».

Siné avait un faible pour les chats, le jazz et les cactus. Il était né sauvage et raide et il n’a jamais molli du crayon, ni de l’épitaphe : « Mourir ? Plutôt crever ! » En trois mots, c’est difficile de mieux dire. Inoubliable, Siné.Sine-Massacre-1

(*)  Précieusement conservé. Réduire Siné à ses participations tardives à Charlie c’est oublier tout le long parcours solitaire du bonhomme bien avant Charlie. Siné avait commencé à déranger en 1952…

Update 1  : Regardez-bien cette couverture de 1962. Vous n’en verrez plus des comme ça. Une bombe est lancée dans la gueule du président de la République et pas n’importe lequel. Et le journal n’a pas été saisi ni interdit. Siné n’a pas été condamné pour atteinte à l’honneur des armées ni à la sécurité de l’état, ni pour menace de mort ou incitation à la violence sur la personne du chef de l’état. On se demande presque comment c’est possible.

Président : Charles de Gaulle. Première dame de France : tante Yvonne. Premier ministre : George Pompidou. Ministre de l’intérieur : Roger Frey. Pour un peu, on les regretterait presque.

Update 2 : La lecture des commentaires révèle deux visions différentes à propos de l’antisémitisme de Siné. Je ne connaissais pas le bonhomme, mais je lui accordais dans ce qui précède et dans mes réponses  une côte mal taillée qui sans l’exonérer tentait d’envelopper ses propos nauséabonds dans un cadre plus large… car je n’arrivais pas à assimiler l’énormité, les irrévérences et les fulminances du caricaturiste aux bassesses de l’antisémitisme rance qui traîne encore et toujours dans les égouts français. C’était trop approximatif. Je découvre aujourd’hui le papier  » A Bob «  de Brigitte Stora sur le Huff Post et je m’incline devant ses propos qui me semblent mieux documentés et  plus justes que les miens. dont acte.

 

 

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Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

8 pensées sur “SINÉ LIBÉRÉ !”

  1. Tout ce que je lis me laisse penser que c’était un putain d’antisémite…
    Le 12 février 1985, Siné (Maurice Sinet) a été condamné pour « provocation à la discrimination, la haine ou la violence raciale » suite aux propos, non contestés qu’il a tenus en 1982 sur les ondes d’une radio.
    Ces propos odieux étaient les suivants:
     » Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer.
    Je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs.
    Rue des Rosiers contre Rosenberg-Goldenberg, je suis pour… (On était alors peu de temps après l’attentat antisémite de la rue des Rosiers ).
    On en a plein le cul.
    Je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s’il est pro-palestinien.
    Qu’ils meurent! Ils me font chier. Ça fait deux mille ans qu’ils nous font chier ces enfoirés.
    Il faut les euthanasier.
    Soi-disant les juifs qui ont un folklore à la con, à la Chagall de merde.
    Y a qu’une race au monde…
    Tu sais ça se reproduit entre eux, les juifs.
    C’est quand même fou. Ce sont des cons congénitaux. »

    1. Je me demandais si quelqu’un allait me ressortir le dossier « Siné antisémite ». Puisque c’est fait, je réponds.
      Primo la citation est tronquée, la déclaration de aout 82 (reconnue par Siné qui était totalement bourré ce soir-là face à Lafesse sur Carbone 14) commence par :  » Je suis antisémite depuis qu’Israël bombarde. Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer. Etc. »
      Cette déclaration clairement éthylique mais inexcusable et honteuse est tout de même à replacer dans le contexte de l’invasion israélienne du Sud-Liban en juin 82. Siné adresse une lettre d’excuse à la Licra qui retire sa plainte mais d’autres parties civiles maintiennent les leurs et effectivement Siné est condamné pour incitation à la haine raciale.
      Cela en fait-il pour autant un « putain d’antisémite » (sic) ? Je précise ma question :
      1- Est-il nécessaire de proférer des propos clairement antisémites ou racistes pour être un antisémite ou un raciste ? N’existe-t-il pas aussi des antisémites et des racistes sournoisement silencieux ?
      2- Le caricaturiste provocateur professionnel tous azimuts avéré qui en état d’ébriété tient publiquement à la radio des propos antisémites est-il obligatoirement un antisémite ? Je veux dire, les propos de Siné sont-ils comparables, pèsent-ils le même poids que les écrits de Céline, de J.M. Le Pen ou de Dieudonné par exemple ?
      3- Le travail de Siné depuis 1952 incite-t-il vraiment à la haine raciale ou bien doit-on le considérer, y compris avec ses débordements comme autant de provocations systématiques dans un interminable mais utile combat contre les idées reçues, le statu-quo, les convenances, le bon goût, etc. ?
      4- Qui nomme les juges impartiaux, exempts de tout racisme, d’antisémitisme, de sexisme, de parti-pris, défenseurs de la morale et de la culture, amis des plantes et des animaux ?

      Je suis de ceux qui ont défendu Siné en 2008 et sans aucun état d’âme quand le justicier Philippe Val l’a viré de Charlie sous un prétexte absurde.
      Je préfère la vie et les outrances de Siné à celle des bien-pensants qui pèsent les pets, les rots et toutes les inconvenances pour décerner des certificats d’honorabilité, des indulgences ou des excommunications.
      A vrai dire et pour aller jusqu’au bout du truc, j’avoue que je me sens globalement plus « con » comme Siné, que « roublard » comme Charlie.

      1. Chacun ses antisémites, Homme à la Cloche.

        Perso, si un mec se déclare antisémite, je ne perds pas mon temps à lui expliquer qu’en fait il était bourré et qu’il a toutes les excuses du monde et qu’il est protégé par son statut de caricaturiste, et qu’il a beau essayer de me convaincre par tous les moyens qu’il est antisémite, c’est une illusion d’optique, un pipe dream, et qu’en fait il est un petit saint vachement sympa et pas haineux pour deux sous.

        Qu’il il y ait des antisémites sournois et silencieux ne signifie pas que les antisémites qui ouvrent leur gueule à tout bout de champ ne le sont pas, antisémites. Chez les antisémites, c’est comme partout ailleurs : t’as les gueulards, et t’as les planqués. À l’arrivée, c’est tous les mêmes.

        Quant au bon goût, il n’est certainement pas la panacée, mais il peut parfois servir de garde-fou contre les débordements de haine des tarés de tout poil, dont l’antisémite Siné faisait, à mes yeux, partie.

        1. On va faire court. Libre à chacun de ne pas aimer Siné. Il ne faisait pas grand chose pour d’ailleurs. Mais « antisémite » à mes yeux ne résume pas le bonhomme. J’ai un certain faible c’est vrai pour ceux qui reconnaissent la part du diable en eux. Personnellement je n’aime pas les saints pas plus les petits que les grands et j’ai beaucoup souffert quand des esprits surs d’eux mais bougrement fétides se sont crus autorisés en 2002 à poursuivre pénalement (!) Edgar Morin pour propos antisémites puis plus récemment à traiter également Stéphane Hessel d’antisémite. A ce stade le mot devient vide de sens, ce n’est plus qu’un anathème beaucoup trop facile, comme « facho ».

          1. Juste une précision trouvée sur le mur Facebook d’une dame qui s’appelle Céline Pina, que je t’invite à Googler…
            « Le héros pour lequel se mobilise Libé, duquel ils revendiquent de protéger l’honneur, a, depuis longtemps, franchi la ligne rouge. Le 7 juin 2004, au Palais des Sports de Paris, devant une salle comble venue soutenir la liste Euro-Palestine, Siné partageait l’estrade avec Dieudonné et Alain Soral, le philosophe lepéniste.

            Ensemble, ils ont fait huer, une à une, les personnalités juives de France et celles qu’ils jugeaient trop proches d’Israël.. Dominique Strauss-Kahn, y fut présenté comme un membre du « Parti Sioniste ». Jean-Pierre Raffarin, Bertrand Delanoë, dont la foule en délire a moqué l’homosexualité, ont été sifflés à l’appel de Soral et de Siné. Les noms d’Alexandre Adler et d’Alain Finkielkraut, comme on peut s’en douter, ont déchaîné des clameurs de haine. »

          2. Pas besoin de Mme Pina, Monsieur Finkielkraut s’y était déjà collé à la télé. Une dernière fois, je viens de relire mes propos sur ce post : je ne crois pas avoir dressé un monument à la gloire de Siné. Je ne me sens absolument pas obligé d’être solidaire de tous ses dessins ni de tous ces propos. Je l’ai dit et je le répète : faire de Siné un « taré antisémite » et bon débarras, un salaud de moins, c’est un peu court. Siné a certes tenu des propos antisémites, mais il a également tenu des propos islamophobes, racistes, homophobes et sexistes. Je suis certain qu’il détestait également les enfants, les chiens, les vieilles dames et les extra-terrestres. Et à cause de tout cela, ce type était utile. Je ne me satisfais pas du tout des faux semblants du bon goût ni du politiquement correct. J’en ai ma claque de marcher sur des oeufs chaque fois que je veux dire quelque chose de critique à propos d’une religion monothéiste quelle qu’elle soit, je suis monothéistophobe, j’en ai également ma claque de ne pas pouvoir parler d’Israël ou de Palestine aussi librement que de n’importe quels autres pays de la planète, je suis donc devenu israelo-palestinophobe… Le moyen-orient globalement me les brisent pour causer comme Siné et je revendique la liberté de faire part de mon agacement, ce qui est un charmant euphémisme.

  2. J’ai connu Siné via les chats……et je n’aime pas les chats. Quand je vois cette une je me dis qu’on est bien cul serré de nos jours …

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