Phoenix mouillé.

PHOENIX 2013Le pitch déjà ne sent pas très bon.

Catégorie : Psychomélodrame d’époque. Nelly est une chanteuse juive allemande qui a survécu par miracle à Auschwitz et par la même occasion est brusquement devenue très fortunée – toute sa famille étant partie en fumée. Elle revient à Berlin défigurée (Rien que ça, j’ai déjà des gros doutes sur la suite). Sa meilleure copine lui arrange le coup avec un chirurgien qui lui refait un visage aussi proche que possible de l’ancien, mais tout de même, ce n’est pas pareil (donc, on ne va pas vraiment la reconnaître quoi…) . La copine lui apprend aussi que Nelly a été balancée par son mari qui en échange de sa dénonciation a sauvé sa peau. (Oh, fatche de con, ça se corse !)  Sauf que Nelly est encore très amoureuse de Johnny, ex musicien, présentement devenu Johannes, homme à tout faire dans un bar-cabaret-au-milieu-des-ruines-de-Berlin-en-1945 (Carrément !). Elle le retrouve. Il ne la reconnaît pas. Il la brutalise un peu sur un tas de briques et lui pique son sac. Mais cela ne suffit pas à Nelly, c’est plus fort qu’elle, elle l’aime son Johnny, alors elle y retourne le lendemain (Voûûûû… mais où tu m’emmènes par là ?!). Je vous pose la question : Nelly pourra-t-elle comme le phénix renaître de ses cendres ?

A ce stade là, un peu plus d’une demi-heure de film, j’ai foutu le camp de la projection. J’ai honte pour ceux qui ont écrit une chose aussi roublarde que manipulatrice. Le mélodrame de genre : Juive+défigurée+pognon+trahison+amour+Allemagne+cabaret+1945.  Franchement, quitte à se lancer là-dedans, tant qu’à faire, j’aurai tenté la comédie musicale.

L’un des deux auteurs était réalisateur de « courts documentaires expérimentaux » (selon Wikipédia) et est déjà mort des suites du scénario, l’autre est Christian Petzold lui-même. Comme cela ne lui a pas suffi de l’écrire, il l’a réalisé. Exactement comme il l’a écrit, c’est à dire que tout est dans l’appuyé et le convenu. Le spectateur a toujours une longueur d’avance sur le film qui enfile tranquillement les lieux communs et les clichés qui accompagnent le sujet. C’est du théâtre psychologique sans inspiration qui essaie de ressembler à du cinéma, sauf que cela ressemble davantage à une dramatique télé.

Le même Petzold avait déjà réalisé dans un genre très voisin, avec la même Nina Hoss et le même Ronald Zehrfeld, un  psychodrame intitulé « Barbara » où l’on pouvait voir quelques jolies scènes de vélo en forêt. Le pitch : Barbara, infirmière en Allemagne de l’Est voudrait passer à l’Ouest, sauf que l’amour d’un bougre de bon brave toubib, pourrait peut-être changer le cours du destin. Vous me suivez ? Cela avait fait Ours d’Or à Berlin en 2012. La critique en général avait beaucoup aimé et aime aussi Phoenix dont on peut mesurer toute l’audace et la subtilité rien qu’au choix du titre.

Bonne nouvelle, selon Courrier Intl., la presse Allemande ne semble pas convaincue du tout, ni du bon goût de l’histoire, ni de la qualité de l’interprétation, les acteurs étant eux-mêmes mal à l’aise, ni du talent de la réalisation.

 

Share

Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaires protégés par WP-SpamShield Anti-Spam