DEVOIR DE LECTURE : PATRICK CHAMOISEAU. FRÈRES MIGRANTS.

Il y a des livres qu’il faut lire. Ne serait-ce que ça. Au minimum. « Frères migrants » comme son beau titre l’indique fait partie de ceux-là. À lire donc pour « l’hygiène de l’esprit ». Pour pouvoir se regarder dans la glace le matin en se disant : « Je n’ai peut-être pas fait grand chose, mais au moins j’ai lu ce bouquin ».

« La poésie n’est au service de rien, rien n’est à son service. Elle ne donne pas d’ordre et elle n’en reçoit pas. Elle ne résiste pas, elle existe — c’est ainsi qu’elle s’oppose, ou mieux : qu’elle s’appose et signale tout ce qui est contraire à la dignité, à la décence. À tout ce qui est contraire aux beautés relationnelles du vivant.

Quand un inacceptable surgissait quelque part, Edouard Glissant m’appelait pour me dire : « On ne peut pas laisser passer cela ! » Il appuyait sur le « on ne peut pas ».

C’était pour moi toujours étrange. Nous ne disposions d’aucun pouvoir. Nous n’étions reliés à aucune puissance. Nous n’avions que la ferveur de nos indignations. C’est pourtant sur cette fragilité, pour le moins tremblante, qu’il fondait son droit et son devoir d’intervention. Il se réclamait de cette instance où se tiennent les poètes et les beaux êtres humains.

Je ne suis pas poète, mais, face à la situation faite aux migrants sur toutes les rives du monde, j’ai imaginé qu’Edouard Glissant m’avait appelé, comme m’ont appelé quelques amies très vigilantes. Cette déclaration ne saurait agir sur la barbarie des frontières et sur les crimes qui s’y commettent. Elle ne sert qu’à esquisser en nous la voie d’un autre imaginaire du monde. Ce n’est pas grand-chose. C’est juste une lueur destinée aux hygiènes de l’esprit. Peut-être, une de ces lucioles pour la moindre desquelles Pier Paolo Pasolini aurait donné sa vie. » P.C.

Patrick Chamoiseau non plus ne peut pas laisser passer cela, alors il écrit avec le souffle de Césaire, « Frères migrants « , un petit bouquin incandescent qui brule les mains qui le tiennent et les yeux qui le lisent. Tout y est dit en bref chapitres : La mort visible, La barbarie nouvelle,  Là-bas est dans l’ici, La mondialité, L’errance qui oriente, l’âme ouverte des frontières… et la Déclaration des poètes.

 » (…) – Les poètes déclarent que le racisme, la xénophobie, l’indifférence à l’Autre qui vient qui passe qui souffre et qui appelle sont des indécences qui dans l’histoire des hommes n’ont ouvert la voie qu’aux exterminations, et donc que ne pas accueillir, même pour de bonnes raisons, celui qui vient qui passe qui souffre et qui appelle est un acte criminel. » (…)

Télécharger, lire et faire circuler : La Déclaration des poètes tirée de FRÈRES MIGRANTS de Patrick Chamoiseau

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Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

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