M. et Mme Rêve.

MMR8Il y a des spectacles ratés pour lesquels on conserve assez de tendresse ou simplement d’indulgence pour ne pas  vouloir les éreinter. Il y en a d’autres qui déjà pendant que vous y assistez rendent votre siège inconfortable, votre nuque douloureuse et vous font soupirer de plus en plus bruyamment.

M. et Mme Rêve,  » le nouveau spectacle évènement du Théâtre du corps de Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault en coproduction avec Dassault Systèmes et ses technologies d’expérience 3D «  (sic !) vu au Silo à Marseille, le 18 avril, fait partie de ces terribles soufflés prétentieux, nés d’un égo surdimensionné qui se dégonflent, s’effondrent et s’enfoncent devant vos yeux médusés. Quoique. Ayant quitté ma place dés les premiers applaudissements, j’entendis jusqu’au trottoir, des tonnerres d’applaudissements, comme à la fin d’un concert des Rolling Stones ou d’un grand spectacle de Robert Hossein au Stade de France.

Emcé est une danseuse étoile, mais ce n’est pas une artiste plasticienne, elle n’est pas non plus une scénographe remarquable ni une chorégraphe irremplaçable. Ce n’est pas grave, on ne lui en demande pas tant, mais Emcé voudrait être à la fois Pietragalla, Jean Vilar, Jérôme Savary, Jean-Paul Goude, Philippe Découflé, Maurice Béjart et Luc Besson. C’est beaucoup pour des chevilles de ballerine.

Elle sent que cela bouillonne en elle, elle a des tonnes de choses à nous dire, à nous montrer, à nous faire découvrir. La danse ne doit pas être enfermée dans, la danse ce n’est pas que. Il faut oser dépasser, oser briser, oser le spectacle populaire total. Hélas.

Emcé n’a pas été retenue par Poutine pour le spectacle d’ouverture des jeux de Sotchi, mais elle est tenace, elle est certainement en pourparlers pour les J.O. de 2016 à Rio ou pour la Coupe du Monde de Football en 2022 au Qatar.

« M. et Mme Rêve » exploite donc, et à fond les « effets spéciaux » Dassault système c’est à dire surtout des images de synthèse projetées sur des écrans et sur le sol. Cela pourrait impressionner, surprendre, séduire. Sauf que. Comme toujours lorsque la technique n’est pas maintenue strictement à la botte et à l’arrière-plan du propos artistique, elle envahit tout, écrase tout, s’empare de tout et tient lieu d’idée. Le Rêve Pietragallo-Derouaultesque n’est jamais poétique, onirique, aérien, ni subtil. C’est du « rêve » en sabots. Du rêve de pingouin souverain comme chante Carla Bruni. C’est ballot balourd. Il n’y a aucune direction artistique. Aucun parti pris esthétique. La conception et la réalisation graphique sont  attribuées à un malheureux Gaël Perrin, mais le programme du spectacle précise qu’il n’est qu’« un artisan au service de l’art et de ses différentes formes dexpression » (sic). Il n’est donc pas responsable du choix des images.  L’inspiration visuelle vient d’en haut, et ce n’est qu’une compilation foutraque de toutes sortes de clichés graphiques de vieux clips plus ou moins techno ramassés ici et là sur YouTube.

Dans l’ensemble tout cela est assez moche et le spectacle restera essentiellement gris sombre car le propos est ambitieux : il s’agit de dénoncer ( ?), illustrer ( ?) la folie du monde, la société qui, la société que. Le « théâtre de l’absurde » de Ionesco, quoi. D’ailleurs parfois, tandis que les corps s’agitent sur scène dans la pénombre et que des images tristes défilent sur les écrans, une voix off lutte avec les boîtes à rythme de Laurent Garnier (on a quand même échappé à David « fuck me I’m famous » Guetta !) pour nous injecter des bouts de Ionesco dans le texte.

Je n’ai souri qu’une fois, pendant le tableau du Lac des cygnes, avec une chorégraphie heureusement déglinguée. Pendant quelques minutes est passeé le spectre du Grand Magic Circus, mais il s’est éloigné rapidement pour ne plus jamais revenir.

Après quelques inévitables références à l’univers expressionniste du jeune Fritz Lang, le sommet du kitsch est atteint dans le final du spectacle, l’apothéose quoi, qui ne craint pas de plaquer façon Apocalypse now, la Chevauchée des Walkyries (mais si, mais si !) sur un plagiat grossier de la « Hammer March » de « The Wall » film de Alan Parker, musique de Pink Floyd. Rideau. Applaudissements et vivas.

Un rapide tour d’horizon sur la toile montre que les gogos de la critique sont aussi emballés que le bon public. Il y a des jours, on se sent assez seul face à tant de béatitude ravie.

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Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

1 réflexion sur « M. et Mme Rêve. »

  1. I guess you should have asked for a refund which you could have then spent on more goodies for the new moto, anti polution mask for demonstration speed riding????
    Happy Easter to all

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