LETTRE OUVERTE A TOI MA SŒUR, MON FRÈRE, MON VOISIN, MON COLLÈGUE, MON COMPATRIOTE, QUI VOTE BLEU MARINE…

…toi qui en as jusque là, et même au delà, toi qui es en colère, contre les technocrates de Bruxelles, les politiques corrompus, le pouvoir des banques, les privilégiés de tous bords, les nantis, les patrons rapaces, les impôts qui écrasent les petits, les règlements absurdes, les services publics à la dérive, la justice inefficace, la police impuissante, les dealers et les sauvageons, les zones de non-droit, les syndicalistes corporatistes, l’absentéisme des enseignants, les fonctionnaires en surnombre, la multiplication des SDF.

Toi qui redoutes le terrorisme et le chômage, le déclassement, la précarité, toi qui fulmines contre la laïcité menacée, nos valeurs qui disparaissent, contre les petits salauds qui niquent la France, les imams intégristes, les burkinistes des plages, contre le trop plein d’immigrés, les sans-papiers et les réfugiés de partout qu’on laisse rentrer de façon incontrôlée…

Tu penses que tout fout le camp, tu exagères un peu, ce n’est qu’une apparence, car la France n’est pas encore au fond du trou. Elle en a vu d’autres et l’heure n’est pas venue de sa disparition dans la tourmente.

ÇA COMMENCE À FAIRE DU PEUPLE !

Je comprends et je partage ton indignation, ton désir de coller un coup de pied dans le fondement du système, de renverser la table et de remettre un peu d’ordre dans ce foutu pays. Après tant d’années durant lesquelles tu as eu l’impression de n’être ni écouté, ni entendu et que même parfois on se foutait de ta gueule, je comprends ton exaspération et pourquoi et comment elle te pousse à te ranger parmi ceux qui déclarent voter Marine aux prochaines élections.

Et tu n’es pas le seul, un électeur sur quatre au strict minimum selon les sondages et probablement bien davantage.

Dés que je sors de chez moi et où que j’aille, même sans te reconnaître, je te vois et je te croise. Et comme je pense qu’à l’opposé de ton choix, les Insoumis de Mélenchon en ont tout aussi plein le dos et ras la casquette de ce fameux « système », cela fera donc largement plus d’un électeur sur trois en avril qui réclamera un changement de cap radical à effet immédiat, la grande lessive, le coup de balai et on n’oublie pas de battre les tapis.

Il faut ajouter aux Bleu Marine et aux Insoumis un nombre inconnu de citoyens encore plus contrariés que les précédents, car eux ils refusent en bloc le choix offert et ils voteront blanc. Autre motif pour leur colère, leur vote ne sera toujours pas comptabilisé à part des bulletins nuls.

Pour compléter le tableau, il est probable qu’un électeur sur cinq ne se déplacera pas pour élire le président de la république au suffrage universel (quatre électeurs sur cinq, c’est ce qui se fait de mieux chez nous en matière de participation électorale).

TOURNE SEPT FOIS TON BULLETIN DANS TA POCHE AVANT DE LE GLISSER DANS L’URNE.

Moi aussi je pense qu’il est grand temps de secouer le prunier et de se poser des questions de fond pour trouver des solutions satisfaisantes, mais je t’avoue que j’ai du mal à me satisfaire des promesses et des belles histoires que l’on me raconte, d’un extrême à l’autre, tous candidats et tous partis confondus.

Aux deux bords on veut raser la baraque et repartir du niveau zéro. Au milieu, c’est la fête de la musique : tambourin écologiste, Le temps des cerises reprise 2017 par Les Frondeurs, dancefloor innovation system marching band, le Chœur de la garde républicaine, le pipeau souverainiste.

En gros, un peu partout en Europe c’est les gens du milieu (de l’hémicycle, n’exagérons rien) qui tiennent le manche, avec ou sans coalition et même si ce n’est pas la fête tous les jours, ça marchote pas si mal que ça dans le fond.

Là où je suis emmerdé, c’est quand je regarde ce que ça donne dans les pays où ce sont les partisans d’un bord extrême (peu importe lequel) qui ont remplacé au pouvoir les incapables qui dirigeaient le pays.

Les résultats ne sont pas fameux. Les espérances ont été déçues. La révolution bolivarienne a fait la fortune des dirigeants révolutionnaires et a ruiné le Venezuela qui était un pays riche, Dans les pays les plus autoritaires, les plus souverainistes et les plus sécuritaires, ça ne respire pas la joie et le bonheur non plus. Je n’échangerais pas un tabouret en France contre un fauteuil chez Poutine, ni en Hongrie, ni en Pologne. Les Autrichiens se sont fait peur avec le parti de la liberté de Norbert Hofer et ils ont prudemment élu un vieil écologiste aux dernières élections présidentielles.

Je te le dis tel que je le pense : les solutions radicales qu’on adopte sur un coup de sang, apportent rarement les résultats escomptés. La colère est mauvaise conseillère, comme dit un proverbe Ouzbek : Tourne sept fois ton bulletin dans ta poche avant de le glisser dans l’urne. »

C’EST QUOI LE PLAN ?

Pourtant c’est assez tentant et ça soulage de gueuler haut et fort : « Basta, ça suffit, on a assez rigolé comme ça. Ciao Bruxelles, adios Schengen, auf Wiedersehen l’euro, re-bonjour le franc. Maintenant on reprend le contrôle de nos frontières et on les ouvre quand on veut et à qui on veut. Les Allemands et les Grecs n’ont qu’à continuer à jouer à l’Europe sans nous. Nous, on se mijote notre popote comme on l’aime à la française Pour les restes, s’il y en a, on n’est pas des chiens, on verra ce qu’on peut faire. En France, on a une longue tradition de fille aînée de l’église, mais la France n’est pas un hospice de charité ouvert aux quatre vents. Et à tous ceux qui voudrait que ça change, on peut le dire les yeux dans les yeux : ce n’est pas demain la veille qu’on va massivement se convertir à l’islam et manger hallal. »

Cela paraît frappé au coin du bon sens, il n’y a pas besoin d’être polytechnicien pour comprendre et ça fait du bien de dire tout ça à voix haute, comme de lâcher un rot après un bon repas ou un juron après avoir reçu sa feuille d’impôts.

C’est à son évidence lumineuse, à la portée d’un enfant de cinq ans, qu’on reconnaît un discours démagogue. Quand on se sent intelligent sans aucune prise de tête, et qu’on ne l’aurait pas mieux dit nous-mêmes, c’est du populisme.

 » Paroles, paroles, paroles, paroles, paroles et encore des paroles  » chantait si bien Dalida. Le passage à l’acte c’est plus sérieux. Il faut élaborer un programme. Il faut trouver des réponses convaincantes à un tas de questions embarrassantes. Comment  peut-on mettre tout ça en route ? C’est là que ça se complique.

Une fois qu’on s’est craché dans les mains et qu’on attrape le manche, il reste encore à savoir par quel bout on attaque. C’est quoi le plan ? Qui fait quoi ? Où est-ce qu’on creuse ? Qui est-ce qui paie les travaux ?

IL N’Y A PAS DE SOUCIS POUR LE FINANCEMENT.

Cela me fait beaucoup penser à la rénovation d’un appartement. Au départ tu imagines l’appartement rêvé, puis tu deviens un peu plus réaliste, tu révises ton projet à la baisse, tu te fixes un budget à ne pas dépasser. Tu prévois une marge de sécurité de 50% parce que c’est sûr que ça va coincer et que ça va mordre dans le dépassement. Avec 50% tu penses être à l’abri des mauvaises surprises.

Quand tu jettes l’éponge, il reste encore plein de trucs imprévus à faire et ce n’est pas de 50% que tu as dépassé, c’est de 100%. Remarque, tu ne t’en sorts pas si mal, parce que s’il s’agissait de la construction d’un édifice public ou d’un réacteur nucléaire EPR de troisième génération, tu aurais déjà dépensé le triple, voire le quadruple du budget, sans même pouvoir prévoir la fin des travaux.

Les Allemands qui ne sont pas réputés pour leur côté poète frivole ou cigale désinvolte, viennent d’inaugurer à Hambourg une superbe salle de concert dont le coût final (785 millions d’euros) représente plus de dix fois le prix initial prévu (77 millions).

Alors quand un politique annonce qu’il a prévu le coût des mesures drastiques qu’il propose, et qu’il n’y a pas de soucis à se faire pour le financement, j’ai une alarme qui sonne.

Comme ils prétendent tous avoir fait leurs comptes en poussant après la virgule, et que leur nez s’allonge, je suis obligé de débrancher l’alarme et de ne plus prendre au sérieux ce qu’ils racontent. « Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots… des paroles que tu sèmes au vent. » conclut Dalida qui en connaissait un rayon.

Sans surprise, plus les mesures proposées sont radicales, plus l’alarme sonne fort, jusqu’à devenir une sirène pour les projets les plus spectaculaires, ceux qui visent à impressionner les foules. Pas besoin d’être diplômé d’une grande école pour comprendre que plus cela se veut révolutionnaire plus le risque est grand qu’emporté par leur enthousiasme les concepteurs aient négligé des détails qui rapidement n’en seront plus. En général, les grains de sable oubliés dans la réforme deviennent des cailloux dans la chaussure, puis des boulets à trainer, avant de devenir des récifs sur lesquels la réforme se fracasse et le ministre avec.

L’illusion de la simplicité conduit à de grands naufrages.

En politique rien n’est simple et rien ne se déroule comme prévu. Et il n’y a pas qu’en politique que cela se vérifie. Quand on parle de l’avenir, simple est un mot dangereux. La vérité c’est que tout est toujours un peu plus compliqué que prévu.

AH, SI ON AVAIT SU.

Il n’y a qu’à voir les incertitudes qui pèsent sur les Anglais depuis qu’ils ont choisi la voie du Brexit. L’enthousiasme initial est vite retombé. A partir de maintenant, il faudra compter au minimum deux ans de négociations, avant de savoir comment ils vont sortir du bidule européen. Deux ans c’est très long quand on ne sait pas où on va, ni dans quel état on arrivera. Les impatients descendent avant l’arrêt complet des négociations. L’Angleterre s’éloignera-t-elle de nos côtes impérialement dans un panache de fumée blanche et un puissant sillage d’écume comme jadis le paquebot Queen Mary voguant vers l’Amérique, ou bien s’éloignera-t-elle des côtes de Calais, de nuit, à la rame, la moitié de l’équipage écopant énergiquement l’eau qui pénètre dans le fond du canot ? On ne le saura qu’à la fin du film. Pendant ce temps-là, personne ne peut dire à combien se montera l’addition, ni qui devra en payer le plus gros bout. Là aussi, il faudra attendre pour savoir.

Je me risque à faire une prédiction osée: les gros poissons british trouveront mille combines pour passer à travers les mailles du filet du Brexit, ce sont les maraîchers, les plombiers, les mercières et les chauffeurs de taxi auxquels on avait promis avec le Brexit, grandeur et fierté retrouvée, nouvelle prospérité et sécurité contrôlée, qui vont se manger le gros de la douloureuse.

J’en imagine qui regrettent de s’être emballé un peu vite et de n’avoir pas assez creusé le sujet avant d’aller voter.

Personnellement, si tu me proposes de fermer nos frontières, de sortir de l’Euro et de tourner le dos à l’Union Européenne pour jouer à Astérix, cela ne m’emballe pas beaucoup, surtout sans potion magique, sans gilet de sauvetage, sans parachute doré et sans assurance.

Côté USA, cela ne s’annonce pas non plus aussi simple, direct et joyeux qu’annoncé et promis à ses électeurs par Donald Trump.

Là aussi, je comprends la frustration et la colère d’une bonne partie de l’électorat américain. Ceux qui se sentaient ignorés et même méprisés depuis des années par les élites de la politique, des affaires et des médias, ne pouvaient pas être séduits par Hilary Clinton. Elle n’avait pas les qualités humaines ni les mots pour inspirer confiance et amour, sans parler du reste. Je vois bien en quoi Donald Trump, avec sa casquette rouge de camionneur, ses manières de macho beauf’ nouveau riche, sa façon de sortir des énormités déguisées en évidences, pouvait séduire tellement il rompait avec le style des gens en place.

C’était assez tentant comme slogan « L’Amérique d’abord » ou « Redonnons à l’Amérique sa grandeur » surtout quand on est un patriote de l’Amérique d’en bas et que l’Amérique d’en haut s’est complètement mondialisée, sans vous.

Mais les slogans ne sont que des slogans. Les plus courts étant les plus dangereux. Toujours cette foutue habitude de croire que tout peut être simple. « Y a plus qu’ à ». L’emballage était flatteur mais le mode d’emploi du programme de Trump manquait dans la boite. Il semblerait que Donald n’ait pas saisi la différence entre son talent à faire des affaires juteuses dans l’immobilier et le gouvernement compliqué d’un pays doté d’une constitution, de lois, d’un parlement, de sénateurs, et surtout confronté à de nombreux problèmes beaucoup plus complexes à résoudre que ne le pense le président.

ON VA EN PRENDRE POUR CINQ ANS MINIMUM.

Bref, c’est plus facile de promettre des grands changements que de les mener à bien. Et je ne regarde personne. Des promesses de rupture et de changement, on n’en a pas manqué ces dernières années en France. Mais à chaque fois tout a été compromis par les circonstances. Foutues circonstances !

Tout ça pour dire que si depuis cinq ans tu as pu sans risque manifester ta mauvaise humeur en votant pour les candidats Bleu Marine, ce coup-ci, ce n’est plus la même chose. Tout le monde, de gauche à droite et de bas en haut, a pigé qu’il y avait beaucoup trop de gens très mécontents pour que ça continue comme ça. Hollande et Sarkozy ont été dégagés, Juppé et Valls de même et ce n’est pas fini, va savoir. On n’a plus besoin d’un nouveau coup de gueule, d’un nouveau coup de poing sur la table, d’un nouveau coup de semonce. On a besoin de faire des choix judicieux.

L’heure est venue de se servir de toute son intelligence pour se prononcer sur le sérieux des solutions proposées par les uns et les autres. Pas seulement sur leur bonne gueule, leur sens de la répartie, leur appétit de pouvoir. Il va falloir étudier les programmes.

En vertu du principe de précaution qui incite à faire gaffe à ce dans quoi on se lance et à anticiper les conséquences de nos actes, il serait avisé de ne pas se contenter des shows politiques mis en scène pour la télévision, mais de passer plus de dix minutes au calme à étudier les différents programmes qu’on nous propose. Même ceux des candidats qu’on aimerait ne pas voir à la tête du pays, histoire d’avoir une idée de ce qui risque d’arriver, des fois que. Taillons et suçons nos crayons.

Le truc c’est d’étudier les programmes ou les propositions comme si c’était le choix d’un contrat de crédit et d’assurance que tu signais pour l’achat de ta prochaine maison. Le genre de document à éplucher dans le détail et où il ne faut pas oublier de lire même ce qui est écrit en petits caractères avant de signer. Rappelle-toi qu’on en prend au minimum pour cinq ans si ce n’est le double. Cela s’est déjà vu et même plus longtemps encore !

Il faut être vigilant avec les propositions les plus spectaculaires, « Méfiez-vous des offres trop alléchantes » comme on te le conseille sur leboncoin.fr. Il faut passer du temps sur les programmes qui proposent les plus grands changements. Même s’ils semblent évidents. Surtout s’ils semblent évident ! Peuvent-ils être appliqués ? Comment seront-ils financés, par qui ? Est-ce réaliste ? A-t-on bien évalué toutes les conséquences ? Qui s’y opposera ? Qui les mettra en place ? Et vu que nous ne sommes pas isolés du reste du monde sur notre île, comment réagiront nos partenaires ? Avec défiance ou avec bienveillance ? Qui seront nos meilleurs copains ? Et d’ailleurs face à ces mêmes problèmes, quelles solutions ont choisi nos voisins ? Tout est lié, même quand ça ne se voit pas. Tu tires sur une ficelle, tu n’as aucune idée des conséquences à l’autre bout du fil.

Depuis la nuit des temps on sait que l’histoire ne retourne jamais en arrière. Le passé ne reviendra jamais. Ce ne sera plus jamais comme avant. La nostalgie est un poison qui déforme le passé et fait croire à des mirages. L’âge d’or est une illusion qui  brille dans notre rétroviseur. L’âge d’or est toujours derrière, jamais devant. Demain on ne rasera pas gratis et celui qui travaille sera toujours plus fatigué que celui qui n’en fout pas une.

La démondialisation n’aura pas lieu. La mondialisation a gagné et il n’y a pas que des mauvais côtés. Ce qui a marché ici, hier, n’apporterait plus les mêmes résultats demain. Les temps changent. Ce ne sera plus jamais la première fois.

C’EST NOUS LES PATRONS.

On s’est déjà tous résigné, au moins une fois, à voter non pas pour soutenir un projet ou un candidat qui nous plaisait, mais au contraire, mais pour barrer la route à un autre projet ou un autre candidat dont on ne voulait surtout pas. Quand c’est comme ça, c’est la démocratie qui sombre dans la mauvaise politique.

Je ne recommencerai pas encore une fois. Je préfère voter pour, donner une chance à un projet, même sans grand enthousiasme, même sans grande conviction, même en pensant que c’est le moins mauvais choix, mais au moins voter pour quelque chose et plus contre.

Ce n’est pas ça la démocratie et la démocratie nous en sommes tous responsables. A nous de l’élever un peu plus haut en nous impliquant davantage. Je crois que ce coup-ci, il va falloir que l’on fasse un effort de lucidité, si l’on s’obstine à tirer la gueule et à rêver du temps jadis, cela va nous coûter très cher.

Si les choses ne marchent pas comme elles devraient en France, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas le représentant d’un parti de la bordure à l’Elysée (Marine Nationale ou Mélenchon l’Insoumis), c’est parce que nous continuons à croire aux solutions simplistes. Nous sommes des gaulois primitifs et paresseux, nous aimons la confrontation bloc contre bloc, le bras de fer comme à la taverne, plutôt que la négociation, l’entente ou la coalition. Oui, il y a des cons partout, dans tous les camps, mais ici et là il y a aussi quelques individus moins bornés, prêts à discuter, des fois qu’il en sorte quelque chose.

Les réformes c’est toujours inconfortable, mais on peut s’habituer. Mais chez nous, on ne veut pas s’habituer, on ne veut pas que les choses changent, on résiste comme un château de sable face à la marée. Les réformes nécessaires, les unes après les autres, d’où qu’elles viennent meurent asphyxiées dans l’œuf ou boitent car elles ont été amputées de ce qui aurait peut-être changé quelque chose. A tout prendre nous préférons maintenir un statu quo bancal pour pouvoir continuer à nous en plaindre. Tiens, la France me fait penser à un hypocondriaque qui refuse de se soigner parce que le sirop n’a pas un bon goût, qu’il ne supporte pas les suppositoires, que son beau-frère a souffert de troubles gastriques en prenant ce médicament etc.

Cette fois-ci, ne soyons ni naïfs, ni impulsifs. Il y a vraiment fort peu de chances pour qu’un parti venu des lisières du champ électoral remporte l’élection présidentielle, ni les législatives. Au lieu de se dire : « Ce coup-ci, on a mieux perdu qu’au coup d’avant… » pourquoi ne pas essayer de faire avancer le schmilblick ?

Bousculons tous les candidats s’il le faut, au lieu de boire leurs paroles ou de les conspuer. Imposons nos questions, questionnons leur programme, soyons exigeants sur leur réponse, mais écoutons-les, participons au débat le plus large. Réapprenons à être des républicains et des démocrates.

C’est le peuple qui fait les gouvernements. C’est le peuple le patron. C’est nous qui sommes les premiers responsables si nous mettons en place des incapables ou des combinards.

On ne le répètera jamais assez souvent, nous n’avons aucune excuse : « La démocratie est le système qui nous assure de ne pas être mieux gouvernés que nous le méritons. » G.B. Shaw

Share

Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

4 pensées sur “LETTRE OUVERTE A TOI MA SŒUR, MON FRÈRE, MON VOISIN, MON COLLÈGUE, MON COMPATRIOTE, QUI VOTE BLEU MARINE…”

  1. Merci pour ce texte absolument magnifique dont la lecture m’aura à la fois remonté le moral et filé le bourdon. Bien qu’étant tout à fait incapable de le formuler aussi bien, je me retrouve en tous points dans ce regard, cette analyse et cette alarmante conclusion. Je n’ai cependant je dois le reconnaître pour ainsi dire aucun espoir que nous puissions cette fois « voter pour » un candidat et non « pour faire barrage » à l’autre. Marine, dont il serait irresponsable de ne pas reconnaître l’immense talent sera globalement parvenu à ses fins. Ca fait des années (cinq ans ?) qu’on attend d’elle un bon gros faux pas qui ne vient pas. Parce qu’elle est pas conne, mais surtout parce qu’elle tourne sept fois sa langue dans sa bouche avant de l’ouvrir, contrairement à TOUTES les autres personnalités politiques du pays. Déjà très confortablement en tête de tous les sondages depuis des lustres, il ne fait plus le moindre doute qu’elle sera présente au deuxième tour et que nous serons donc lamentablement réduis à voter « contre elle » et non pour son opposant. Ce sera, once again, la loi du moindre mal qui sévira dans les urnes.
    Il y a quelques jours, j’ai lu estomaqué qu’elle ne prônait plus le retour de la peine capitale. Un des points de son programme (avec le retour au franc et il fut un temps l’interdiction de l’IVG) qui empêchait nombre d’égarés de rejoindre ses rangs. Elle a pris le FN de papa et l’a entièrement reconfiguré à sa sauce. Et ça marche. Je me Trump peut-être en disant que je ne crois toujours pas qu’elle ait la moindre chance de remporter le second tour, même si des imprévus peuvent surgir et tout bouleverser. Imaginons que Fillon ait été au deuxième tour face à Marine et que ce soit à ce moment là qu’aient éclatées comme des grenades les affaires qui en ont fait en quelques jours seulement l’homme le plus méprisé du pays. Le risque d’une victoire du FN serait soudain devenue incroyablement plausible…
    Tout ça pour dire qu’à ce jour je ne me dit qu’une chose : il faudra bouger son cul pour qu’elle perde avec le plus gros écart possible au second tour. Au delà de ça, je suis dépité par la médiocrité des uns et des autres. C’est à croire que la gauche comme la droite se sont accordées pour dégoûter le peuple de la politique. Ils déçoivent comme Hillary a déçu. Nos amis américains ont récolté Trump et comme l’a dit l’autre jour Stephen King, en quatre semaines beaucoup ont compris leur erreur. Le problème étant que (sauf imprévu) la punition va durer quatre années. Alors je me dit juste que nous ne récolterons pas Marine, qu’il faudra se montrer modeste dans nos espoirs et nos ambitions et nous réjouir de ce simple fait. Une partie de moi cependant veut croire qu’un matin je vais me lever et trouver que tel candidat me donner envie de voter pour qu’il accède au poste suprême.

  2. Parce que la politique n’a pas été capable de rendre leur vie meilleure, beaucoup oublient qu’elle pourrait la rendre bien pire.

  3. Y’a pas de lézard, c’est dit comme c’est écrit , et heureusement ça fait bien!

    La limonadière de la place Castellane

  4. Je me suis assis avec un verre de cet excellent Pinot Gris d’Alsace et j’ai lu lentement, savourant chaque ligne de cette contribution magnifique au débat qui nous agite tous (ou presque…). Depuis quelques jours j’ai décidé d’afficher clairement mon hostilité aux électeurs du FN. De leur dire en pleine poire ce qu’ils sont avant tout : des racistes. Français d’abord = America first = Brexit = Deutschland über alles. La préférence nationale c’est la matrice du racisme. Tout dans leur « programme » est ségrégationniste, économie, éducation, santé… J’en ai ma claque de cette « dé-diabolisation » à la con. Ils n’ont pas changé et entraînent maintenant avec eux des milliers de jeunes paumés qui n’ont pas le début d’une idée de ce qu’ils pourraient bien faire pour sortir de leur vie de merde. Mais pas que les jeunes. Je ne cesse de rencontrer des hommes ou des femmes qui affichent, avec un sourire décomplexé, leur soutien à la cheftaine. Ils ne prononcent jamais les mots « FN « ou même « Le Pen ». Il ne disent que « Marine ». Le mot magique qui semble les affranchir du poids d’un passé bien crade, un mot qui leur permet, par procuration, de ratonner (au sens le plus large) sans se salir les mains et de faire leur entrée dans tous les salons. Ils sont partout! Comme le criait un torchon antisémite français en 42… Je ne savais plus trop quoi faire. J’ai essayé le dialogue, argument contre argument mais systématiquement, plus on s’approchait de l’essentiel plus grossissait le centre, le coeur, l’atome de leur inquiétude: l’autre. L’étranger. Le migrant. Le réfugié. Le musulman. Le métèque. Le « pas comme nous ».
    Pour eux, tout tourne autour de ça. Pourtant, l’homme blanc de type caucasien ne représente aujourd’hui plus que 13% de la population mondiale et, c’est inéluctable (et hautement souhaitable), il va disparaître. Il n’est là que depuis 8000 ans, il n’aura été qu’une brève parenthèse de l’évolution et nous assistons probablement aux ultimes soubresauts de ses derniers représentants… Au fond, je me sens bamboula. Un mélange de pleins de trucs que j’ai ramassé entre Katmandou et Frisco entre Bamako et et Berlin…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaires protégés par WP-SpamShield Anti-Spam