Le noble art de la critique littéraire

Je tombe dans le Bibliobs sur un papier à propos de la guéguerre (sic) des écrivains-critiques-littéraires qui opposerait Fréderic Beigbeder, barbe noire, culotte bleue, côté Figaro-Magazine à Eric Chevillard, glabre, culotte rouge, côté Monde des Livres.

Fréderic Beigbeder se déclare à nouveau déçu par la prose d’Eric Chevillard et plus précisément par son dernier livre (Juste ciel, paru aux Editions de Minuit) : «exercice de style parfaitement hermétique et vain, qui passionnera les trois exégètes de sa secte, lesquels pourront gloser entre eux». A ses yeux Chevillard n’est qu’ « un écrivain sans lecteur  » (…) un « sous-Jean Echenoz, l’homme qui ne sera jamais Kafka» etc. Et cela dure depuis 2011. Tous les bouquins de Chevillard ont systématiquement droit aux postillons de Beigbeder dont l’article du Bibliobs fournit le best-of ainsi que quelques réponses au fleuret moucheté d’Eric Chevillard.

frederic--lafayette-Je me demande pourquoi Beigbeder le block-busteriste médiatique s’intéresse tant à Chevillard et pourquoi il s’acharne à démolir un écrivain aussi discret qui n’évolue certainement pas dans les mêmes eaux que lui et ne lui dérobe à l’évidence aucun lecteur. Pourquoi vouloir absolument démolir Chevillard ?  C’est un peu comme si Catherine Pancol s’efforçait de traîner Laurent Mauvignier dans la boue. Warum ?

En ce qui me concerne, je n’ai lu que 50 pages de l’oeuvre intégrale de Fréderic Beigbeder : les 50 premières pages de « L’amour dure trois ans », un livre au parfum (?) de Philip Morris Ultra-Light » que j’ai  généreusement abandonné dans un train pour un lecteur amateur de ce genre de choses. J’ai parfois aperçu l’auteur laïussant à la télévision à l’occasion de la sortie d’un de ses livres, rien en moi n’a jamais palpité.

Frederic-Beigbeder

Je ne rentrerai pas dans le détail, mais pour faire court,  je n’aime rien chez Beigbeder, astricule du marketing culturel qui est parfaitement à sa place au Figaro Magazine, à la tête du magazine Lui et à tous les autres endroits qui apprécient ses manières et ses lumières. En gros, je le calcule pas comme d’aucuns disent.

Beig-luiPar contre, j’apprécie beaucoup la littérature d’Eric Chevillard, son style épuré, son goût de l’absurde, son ironie élégante, sa délicatesse et sa poésie. Chevillard n’écrit pas de symphonies, pas d’opéra, pas de comédies musicales ni de tubes pour plateau de télévision ; son genre ce serait plutôt la musique de chambre, Debussy, Satie… (Toujours léger, jamais superficiel…). Chevillard me fait beaucoup rire.

chevillard 1A vrai dire et puisque un critique littéraire d’envergure nationale trouve matière à comparaison entre Chevillard et Echenoz, je deviens très perplexe. J’apprécie les deux et je ne les pense pas substituables !

Et puis il faudra que Beigbeder m’explique ce que cette histoire de « l’homme qui ne deviendra jamais Kafka » vient faire dans le film ? Depuis, je ne peux m’empêcher de m’interroger : si Echenoz ne deviendra jamais Kafka, par contre qui Beigbeider réussira-t-il à devenir ?

Pour autant, si je ne lis pas Beigbeder,  je ne lis pas que Chevillard et je ne me limite pas non plus aux auteurs des Editions de Minuit.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore l’Autofictif le délicieux blog littéraire d’Eric Chevillard ni ses deux collaboratrices Agathe et Suzie, je les invite à les découvrir ici.

Extraits en amuse-gueule :

Je suis trop vieux pour toi, sans doute, mais est-ce ma faute si tu as tant tardé ?

Mon conseil à l’araignée : cesse de tisser tes toiles et pose des vitres – tu prendras plus de mouches.

Je suis un craintif des falaises. C’est Agathe qui a inventé cette belle formule pour qualifier mon débilitant vertige. Je me console en pensant que mieux vaut sans doute encore être un craintif des falaises qu’un crétin des Alpes.

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Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

1 pensée sur “Le noble art de la critique littéraire”

  1. J’ai découvert Chevillard et l’autofictif grâce à toi et j’aime beaucoup. Quant à Beigbeder … je ne sais pas écrire sur ce genre de vide. Jamais rien lu de lui pas plus que les oeuvres très médiatisées sur les bus parisiens des sieurs Lévy (Marc mais BH mérite aussi un très large détour) ou Musso.

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