LA VERITÉ DE LENI.

Le post sous la photo, date du 26 Janvier de l’année dernière.  Je le republie avec un peu de retard.

MISE À JOUR DU 30 JANVIER 2017

Les cérémonies (?) commémoratives du 71e anniversaire de la libération d’Auschwitz (Holocaust Memorial Day pour les Britanniques) n’ont pas marqué les esprits cette année. Il faut dire que l’actualité était bien remplie par ailleurs.

A noter toutefois qu’aux Etats-Unis le président Donald Trump s’est distingué en faisant à cette occasion une déclaration de 117 mots parmi lesquels ne figurent ni le mot « Juif » ni le mot anti-sémitisme ». Les observateurs les plus attentifs remarqueront qu’il a choisi ce même 27 Janvier,  Holocaust Memorial Day, pour signer son décret interdisant pendant 90 jours le sol américain aux citoyens de sept pays à majorité musulmane et fermant totalement la porte aux réfugiés Syriens par la même occasion.

Interrogé, le Chief of Staff, Lance Priebus, a déclaré qu’il ne voyait pas où était le problème. Il a ajouté : « Tout le monde a beaucoup souffert de l’Holocauste et cela inclut bien entendu les Juifs qui ont été affectés par le déroulement de ce déplorable  génocide , c’est là quelque chose que nous considérons comme extrêmement triste. » (Traduction de l’Homme à la cloche).

Ben oui, en effet, il n’a pas complètement tort, il y a eu beaucoup de souffrance dans cette malheureuse histoire d’Holocauste, les Juifs ont été vachement affectés par ce regrettable génocide et du coup on est tous très triste quand on y pense, une fois par an. 

Comme d’habitude il y a des ronchons qui trouvent que merde, tout de même, c’est léger comme déclaration, c’est « service minimum ». Et qui rappellent avec leur mauvaise foi coutumière que le grand Barack Obama lui, l’année dernière, avait déclaré : « Nous sommes tous Juifs » et il avait même mis en garde contre la montée de l’anti-sémitisme. Ouais bon. D’accord, c’est mieux.

Leni

Le 27 janvier vont se dérouler des cérémonies commémoratives du 70ème anniversaire de la libération d’Auschwitz et elle aurait été furieuse.

Je dois expliquer pourquoi. Je lui dois ça. Ce fut son dernier combat. Son ultime devoir de mémoire. Elle l’a mené pendant 60 ans, jusqu’en 2005. Pendant des années, elle a écrit avec courage et détermination des lettres aux journaux et aux institutions mémorielles. Elle a dit qui elle était, fourni son numéro matricule, indiqué des dates, nommé des lieux, raconté ce qu’elle a vu, ce qu’elle a noté, ce qu’elle savait. Elle donnait des preuves, citait des témoignages incontestables. Elle dénonçait un honteux mensonge international et consensuel. Un mensonge qui arrangeait tout le monde, un mensonge qui permettait de commémorer la « libération » d’Auschwitz en paix avec la conscience tranquille.

Mais ce que l’on racontait n’était pas la vérité. Ce qui se passait à Auschwitz était bien connu, mais n’a jamais constitué une priorité pour les Alliés, Auschwitz n’a  été « libéré » par personne. Quand les soldats de l’Armée Rouge ont atteint Oswiecim, ils ignoraient ce qu’ils allaient découvrir. Ils n’avaient reçu aucune consigne (Ceci est confirmé par les mémoires du Gl. Petrenko lui-même, dit « le libérateur » d’Auschwitz). Il n’y a pas matière à célébration ni à congratulations. Auschwitz a été abandonné par ses gardiens et ses kapos. La température mi-janvier 1945 était de – 25°. Il ne restait plus dans le camp que des agonisants et des malades intransportables. Le camp avait déjà été vidé et évacué par tous ceux qui étaient encore en état de voyager ou de marcher. 50 000 personnes environ. Elle, elle avait surtout marché, en longue colonne de femmes, puis en wagons à bestiaux découverts pour contourner Berlin, et ainsi de suite, 1 300 km vers le Nord, jusqu’à Ravensbrück d’abord, puis enfin Malchow, toujours dans le Mecklembourg. Et leur marche s’arrêta lorsqu’elles furent abandonnées sans eau et sans nourriture par leurs gardes SS et enfin rattrapées par l’Armée Rouge.

Elle a survécu, mais elle n’a pas été écoutée sur la fin de son histoire. Elle a perdu sa dernière bataille. Elle dérangeait avec son histoire de non-libération d’Auschwitz. On la remerciait pour tous ses témoignages antérieurs, mais on osait presque lui suggérer de ne pas insister inutilement  sur la non-libération d’Auschwitz au nom du symbole et de la noblesse d’ensemble de la cause du « plus jamais ça . Il ne fallait pas qu’elle compromette un grand dessein mémoriel en s’attardant somme toute sur des détails désormais sans importance. L’important, elle devait le comprendre, n’était pas l’exactitude pointilleuse du passé, d’ailleurs qu’est-ce que l’exactitude ?, mais la tâche que nous réservait l’avenir, la transmission, le devoir de mémoire, etc.

Elle n’était pas d’accord. A ses yeux, le fait que les déportés d’Auschwitz ait été consciemment abandonnés à leur sort par les Alliés jusqu’au tout dernier jour devait être inlassablement répété, car si l’on ignore cela, la leçon et la morale de l’histoire demeurent dangereusement incomplètes.

Juifs ou pas, vous pouvez parfaitement appeler au secours jusqu’à l’agonie sans déclencher plus qu ’une impuissance navrée. Cela fut démontré, encore et encore. Elle pensait que c’était utile de faire part de son expérience pour l’édification des générations futures.

Elle s’appelait Leni. Je l’ai cru. C’était ma mère.

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Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

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