La Jalousie. Philippe Garrel.

MouglalisUn bijou d’une heure dix sept. J’avais lu ici et là que la photographie en noir et blanc était particulièrement belle sans que l’on cite toujours le directeur de la photo. A la vision du film, j’ai immédiatement été pris effectivement par la richesse du noir et blanc, par sa sensualité, sa profondeur, son ampleur. La photo est pleine d’une nostalgie heureuse. Aucune tristesse, mais la plénitude et la mémoire du temps qui passe. Chaque instant compte. Chaque image compte. Chaque plan se mesure non pas en secondes, mais en nombres d’images. C’est du 35 mm. C’est beau comme seul l’argentique peut l’être, avec cette volupté qui échappe au numérique le mieux étalonné. Et le directeur de la photo est Willy Kurant.

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Une légende du cinéma. Le neveu d’une autre légende, Curt Courant, le génial chef opérateur de Fritz Lang, de Charlie Chaplin, de Jean Renoir, d’Alfred Hitchcock.

Willy Kurant qui a longtemps travaillé aux Etats Unis est discrètement belge. On retrouve son nom au générique de films d’Agnès Varda, Jean-Luc Godard, Orson Welles, Alexandre Pialat, Serge Gainsbourg et Philippe Garrel. Excusez du peu.

Ce que Willy apporte à La Jalousie, et à la mise en scène de Philippe Garrel, ce n’est pas seulement son savoir faire, c’est la sérénité de l’image, l’effacement de l’opérateur, l’oubli de la caméra, il n’y a jamais rien d’appuyé, rien de trop soutenu, rien d’insistant et pour autant, aucune mollesse. C’est en noir et blanc et cela ne pourrait pas être autrement. Le cadre est toujours rempli. Ordonné, avec de l’air qui circule (le souffle médian) mais généreux. Il y a en permanence cette légère tension qui retient l’attention du spectateur. On ne laisse rien passer. En regardant le film je pensais au conseil qu’à la fin de sa longue carrière John Houston donnait aux jeunes cinéastes : « Quand vous êtes satisfait du cadre, déplacez la caméra d’un pas en avant ».

Je le dis comme je le pense, il ne faut pas enterrer trop vite le cinéma de papa.

A part ça, oui, Louis Garrel vieillit bien, il est plus dense et sa présence à l’écran est effectivement magnétique. Non, je n’ai pas été aussi bouleversifié  que d’autres, par la vacation convenue d’Anna Mouglalis dans son personnage auto-fictif de « femme-blessée-plus-fragile-qu’elle-en-a-l’air-et-actrice-tourmentée-sur-ou-sous-évaluée », pourtant magnifiquement mise en image par Willy Kurant.

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Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

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