Jüdishes Museum Berlin.

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3 axis Libesk

 

Tout commence par une descente.

On n’entre pas ici.

On ne pousse pas de porte.

On pénètre d’abord dans le sas de l’âge classique.

Clarté, esprit des lumières, modeste triomphe de l’architecture

célébrant les arts et la philosophie.

Seulement alors s’engager dans le sujet, descendre dans l’ombre sinueuse.

Une immersion en apnée en suivant un chemin vitrifié de roche brulée.

Tout de suite se heurter et se blesser aux 3 aXes.

AXES

sections, segments, angles, lignes brisées, éclats, chaos, désorientation.

Plus rien n’est droit, plus rien n’est plat, plus rien n’est naturel.

Cela monte, cela coupe, cela tranche, cela penche.

Marcher demande un effort. Respirer une victoire sur l’oppression.

La lumière est là, sans être là, c’est une lumière absente.

L’aXe final de la suie humaine.

A dead end, une fin morte. La terminaison des juifs, la chute de Berlin. Le nadir crépusculaire.

Première lourde porte de métal, froid immédiat, béton et silence granuleux, le silence propre au béton, le vide, la fente lointaine qui ne laisse passer aucun rai de lumière jusqu’au sol, seulement une fissure blanche par laquelle s’échappent un peu des ténèbres, une ouverture vers le haut mais le ciel est perdu.

L’aXe de l’eXil.

L’aXe de l’arrachement et du déséquilibre. Le clivage. L’amputation, l’errance et l’injustice. Les juifs sans Berlin. Berlin et l’absence des juifs.

Deuxième lourde porte de métal. Un jardin carré de vertiges. 49 silos rectangulaires porteurs d’un chapeau de végétation hors d’attente. Dédale. Le sol se dérobe. Le monde bascule. L’horizon est malade. L’exil c’est tout de suite la fuite des repères.

L’aXe du temps qui passe.

La présence de la mémoire, la continuité du tissus de la vie. Berlin et les juifs, inextriqués.

La remontée du temps. La lente et longue ascension, émergence du désastre, sortie des fondations imprescriptibles vers la survivance, vers ce qui demeure. Le muséal. La restitution, la reconstitution, le récit, ce qui témoigne.

Progression accidentée dans un dédale de 3 000 m2 et 2 000 ans d’histoire. Un cheminement syncopé dans une lumière faussement chaude. L’accumulation d’objets, d’images, d’informations, le plein, l’abondant, alternent avec des blancs, des vides ; on s’engage dans de courtes impasses qui témoignent d’absences, de disparitions. Le musée a rendu compte. Maintenant, il faut redescendre, se confronter de nouveau aux 3 aXes avant de pouvoir retrouver l’air, libre.

(Amicalement dédié à L.F.G.)

Architecte Daniel LibeskindExtraits d’une conférence de D. Libeskind sur architecture et mémoire.

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Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

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