Age tendre et tête de bois by Eastwood.

Valli
Frankie Valli.

« Jersey boys » de Clint Eastwood.  J’y suis allé en crabe. Pas tout à fait à reculons, mais pas non plus les yeux brillants de gourmandise et d’impatience. Depuis au moins six films à chaque fois que je vais voir un nouveau film de Clint le Vieux, je sors au mieux déçu. Les derniers que j’ai appréciés, mais sans en faire un fromage non plus, c’était « Mémoires de nos pères » et « Lettres d’Iwo Jima » (2006 et 2007), tout le reste je m’en serais volontiers passé.

D’ailleurs, en règle générale je me méfie de plus en plus des « derniers » films de réalisateurs vieillissants (Kubrick, Godard, Antonioni, Myazaki… sans parler de Woody Allen dont je n’ai plus vu un seul film depuis plus de dix ans). La critique a le respect nostalgique et bien souvent elle se laisse aller à une incompréhensible indulgence dans ses jugements.

Circonstance aggravante pour moi, je n’ai jamais été fan des « Four Seasons » ni de la voix de Frankie Valli. C’était et cela reste de la variété blanche américaine hyper-commerciale typique des années 60.

Jersey.jpgSans parler de l’Angleterre, ni des Beatles, des Stones, des Who, des Kinks, etc., aux Etats-Unis, côté blanc, à l’époque pré-hippie, il y avait tout de même plus intéressant à écouter : Presley, Bob Dylan, les Beach Boys, les Doors, Creedence Clearwater, Roy Orbison etc. Côté black music, il y avait  plus que l’embarras du choix : Four tops, Supremes, Temptations, Martha & the Vandellas, Aretha Franklin, James Brown, Marvin Gaye, etc. Bref, j’éprouve zero nostalgie et un désintérêt poli  pour les Four Seasons. Je peux survivre sans écouter : « Can’t take my eyes off you… ». Si Eastwood veut m’accrocher, il va falloir qu’il frappe fort (voir post précédent).

Le film, même si d’aucun lui cherchent et trouvent un message subliminal Eastwoodien – une méditation (?) sur le show business, le fric, les copains, les sixties ? – , est et reste un simple biopic. Un biopic sérieux et de commande basé sur la comédie musicale à succès du même nom et  produit par les deux principaux compères des Four Seasons, Frankie Valli et Bob Gaudio.

Eastwood fait bien le job. Tout est hyper professionnel et sans surprise : Le scénario (mafia version soft et problèmes de boys band italo blanc-blanc à travers les 60’s),  le rythme, le choix des scènes à faire et des répliques qui font pschittt , la direction d’acteurs, la place de la musique dans le film. Le casting est parfait, la lumière est parfaite, les décors sont parfaits, la reconstitution est parfaite, le maquillage est parfait, le son est parfait. Je suis certain que sur le tournage, les hamburgers de la cantine étaient excellents.

C’est donc lisse à pleurer. Cela se mange sans faim et s’évacue aussitôt consommé sans problème. C’est beau, confortable et marketé comme une série télévisée américaine. C’est du cinéma de producteur, un produit clairement conçu et réalisé pour la clientèle « Age tendre et tête de bois ». De temps en temps, on retrouve l’immense Christopher Walken (une fois de plus hélas en mafieux italo-américain) qui traine son ennui à travers le film jusqu’à la parade du générique de fin (après 2h 14 de ploum-ploum tralala).  Là, au moment où enfin on se lève pour sortir et boire une bière méritée, on peut l’apercevoir furtivement en train de danser dans un coin de l’écran.  Et quand Walken danse, j’ai toujours le sourire.

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Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

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