Je suis damné !

je n’ai tenu que 11 minutes à peine hier sur France 2, zappées au milieu de l’adaptation théâtrale (?) des Damnés, d’après Visconti. Un grand spectacle de haut niveau  (beaucoup plus haut niveau que les grands spectacles de Robert Hossein !) présenté à Avignon par l’immense Ivo van Oberhoven – ou presque, encore un génial fils naturel de Patrice Chéreau et Jean Vilar, un flamboyant flamand qui vient faire scandale chez nous à l’aide des acteurs du Français, parce que franchement à Heist-op-den-Berg, c’est plus compliqué.
Merci monsieur Py.

Et je lis les critiques avisées de la presse ce matin et je vois les photos du « spectacle » (total, forcément total)…. « Sujet pertinent en cette époque de montée des… questionnement utile de…, électrochoc nécessaire… une claque salutaire, etc… »

Je n’aime pas trop le théâtre.
En tous cas pas ce genre de théâtre là.
C’est pompeux. C’est vaniteux. C’est lourdingue. C’est grandiloquent. C’est démonstratif.
C’est toujours trop. Trop joué, surjoué, trop appuyé, trop mis en scène.
Je sens qu’on me manipule, on me tire, on me pousse, on veut me choquer pour m’édifier, ça y est je sens qu’on me prend pour un con.
On se réclame encore de Brecht en sourdine quelque part.
J’aime découvrir et apprendre, J’ai horreur de me faire rééduquer (surtout au théâtre). Mais pour qui vous prenez-vous nom d’une pipe flamande qui n’en est pas une !Damnés3

En plus dans ces conditions je m’emmerde.Damnés 4

Je n’aime pas les projections vidéo au théâtre.
Pire en noir et blanc.
Pire du pire, les actualités d’époque en noir et blanc projetées sur scène.
Pire du pire du pire, les images des acteurs en direct filmées sur la scène et projetées pendant la pièce.

Je n’aime pas qu’on se déshabille au théâtre.
Les acteurs à poil, ça me dérange.
Je n’aime pas le sang au théâtre.
Les acteurs à poil couverts de sang,
ça me double dérange.

Les acteurs à poil, aspergés de sang, en projection  sur grand écran, cela me triple dérange.Damnés 2 Damnés01

Je n’aime pas les éclairs de lumière dans la gueule,
ni les effets sonores assourdissants.
Les infrabasses qui font trembler les sièges, les vociférations saturées dans les haut-parleurs, façon : « Hitler comme si vous y étiez. Le nazisme en 3D et Sound Surround ».

Je n’aime pas non plus la cour du Palais des Papes.
Je n’ai aucun souvenir d’avoir vu un bon spectacle là. Le pape non plus.
Ce n’est pas fait pour les grands spectacles, une cour de palais papal.
D’ailleurs, à tel point que, et d’autant plus que, et même que, je n’y suis allé que 3 fois dans ma vie – dont deux fois en invité voir du Jan Fabre en vrai. Et je n’envisage pas d’y retourner, ni comme invité, ni comme simple payant ordinaire.

D’ailleurs maintenant que j’y pense, je ne suis pas sûr d’avoir tellement aimé le film de Visconti. Les Damnés n’est certainement pas à mes yeux son meilleur film et j’avoue que je n’aime pas tellement Avignon non plus d’ailleurs, enfin pas tant que ça, surtout en été, pire encore pendant le festival d’Avignon. C’est pour dire à quel point je suis damné.

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Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

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