J’ai été une cible.

img10Retour de Paris. Arrivée Marseille Saint-Charles. 19h30. Plongée dans le métro. Je porte un assez gros sac à dos noir et je traine la valise design à roulettes de B. Il y a du monde sur le quai. B. s’est un peu éloignée de moi. Arrivée de la rame. Nous montons dans le même wagon, mais par deux portes différentes. Je reste avec les bagages près de la porte, nous n’avons que deux stations avant de descendre. Première station quelques passagers descendent et un petit groupe monte qui reste proche de moi, ne me prête aucune attention. Je les observe. Je ne n’en suis pas certain, mais il me semble les avoir vus sur le quai à la station Saint-Charles, auraient-ils changé de wagon à l’occasion de cet arrêt ?  Il y a un homme d’une quarantaine d’années, physique de lutteur, pas loin du mètre quatre vingt cinq et dans les cent kilos. Il y a également quatre jeunes, entre quinze et peut-être dix huit ans. Soignés et bien habillés. Stylés « streetwear » bon marché mais neuf. Nike récentes, pantalons de survêtement noir impeccables, doudounes légères matelassées de couleur sombre. Ils font mine d’ ignorer l’homme qui le regard dans le vague semble absorbé dans ses pensées. Les jeunes parlent entre eux. Deuxième station. Je charge le sac sur mon épaule, je prends la valise en main. Les jeunes d’abord, puis l’homme au physique imposant  descendent sur le quai. Ils me précèdent dans le long escalier qui mène vers un premier palier. Juste avant de franchir les portillons automatiques, un des jeunes s’agenouille pour relacer un lacet défait imaginaire, les autres l’attendent. L’homme n’est pas loin derrière. Je continue vers l’escalator qui mène au niveau de la rue. Ils sont maintenant très proches derrière moi. Au dernier moment, juste avant qu’ils s’engagent à leur tour sur l’escalator, B. les double et se colle à ma suite. Ils n’avaient pas repéré qu’elle était avec moi. Elle me parle d’une voix vive pour qu’on la remarque et leur signaler que maintenant nous sommes deux. Du regard, je lui indique que j’ai bien remarqué le groupe. Je les photographie du regard, elle fait de même. Ils prétendent que nous n’existons pas. Nous sommes arrivés au niveau de la rue. Je me déporte sur le côté et je m’arrête aussitôt. L’escalator déverse son flot de passagers. Il y a du monde et de la lumière dans la rue autour de la station. Le petit groupe, toujours l’homme d’un côté et les jeunes  non loin, hésite sur la direction à suivre. Nous ne bougeons pas. Lorsqu’ils sont à une cinquantaine de mètres, nous traversons rapidement la rue et nous marchons d’un bon pas vers une place bordée de nombreuses terrasses de café. Nos admirateurs, après avoir marqué une brève hésitation, regardant à droite à gauche, comme s’ils cherchaient une adresse, s’éloignent dans la direction opposée, vers le centre ville et une autre cible.

Quelle langue parlaient entre eux ces jeunes hommes bruns aux cheveux très noirs ? Je dirais une langue romane-orientale des Carpates, mais peut-être aussi un parler plus singulier comme le kelderàri. Mais je ne suis pas un expert et bien entendu je peux me tromper.

 

Share

Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

1 réflexion sur « J’ai été une cible. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Blocage des indésirables par WP-SpamShield