GUSTAVE MIKLOS. Un trésor trop bien caché.

 

Gustave Miklos. Budapest 1888 – Oyonnax 1967

(Texte de la Galerie Marcilhac- Paris)

Gustave Miklos, né le 30 juin 1888 à Budapest, est originaire d’une famille modeste et rien ne laissait présager de son destin d’artiste. Mais très tôt, apparaissent chez lui des dispositions pour le dessin et ses parents décident de lui faire poursuivre ses études secondaires. En 1904, il s’inscrit à l’Ecole Royale des Arts Décoratifs. L’enseignement y est plus technique qu’à l’Ecole des Beaux-Arts, et il y fait la connaissance de Joseph Csaky, lequel devient son ami. Les deux compères se retrouvent dès lors régulièrement pour parler philosophie, art et musique, passion pour laquelle il sera conduit à réaliser diverses sculptures dédiées à Chopin ou à Liszt. De même, son attrait pour la philosophie laissait à penser qu’il y avait certainement chez lui une tendance très nette à la réflexion. Entre 1904 et 1906, il complète son éducation à l’Académie de Munich dans le domaine de la peinture. Puis c’est en 1909 qu’à la suite de son ami Csaky, il se décide à partir à Paris et est hébergé par ce dernier à La Ruche, une résidence d’artistes. Dès son arrivée, il fréquenta l’Ecole Spéciale d’Architecture sans y être inscrit. Désireux de s’initier à la nouvelle école du cubisme, il suivit à l’Académie de La Palette, les cours du peintre Henri Le Fauconnier, et plus tard, il fréquenta l’atelier Jean Metzinger.

Au Salon d’Automne de 1910, il expose pour la toute première fois ses oeuvres, et dans ses carnets d’études de 1911, ses dessins deviennent de plus en plus cubistes. Lorsque la Première Guerre mondiale est déclarée, il poursuit sa destinée en Afrique du Nord, en Grèce et en Macédoine, dans des contrées qui auront une influence déterminante sur son travail. De retour à Paris en 1919, il peindra, dessinera, puis sculptera les élégantes et hiératiques figures féminines qui marqueront si fortement son style. Les émaux qu’il réalise en 1921 seront marqués autant par les influences byzantines que cubistes. L’attrait de Miklos pour l’émail, l’or, l’argent, la turquoise – qui se manifeste dès les premiers objets qu’il va concevoir, après la guerre, pour Jacques Doucet – trouve sans doute sa source au cours de ces cinq années de pérégrinations dues à la guerre.

En 1919, il retrouve enfin son atelier parisien qui a été dévasté. Pourtant, il ne se démotive pas et se remet à peindre, fait de nombreuses rencontres et savoure le goût de vivre. Il passe progressivement de la peinture à l’illustration et à la décoration, et enfin à la sculpture ; il s’initie à la technique du laque auprès de l’artisan André Brugier, et par ce biais, il rencontre Jean Dunand, dinandier et laqueur émérite. En 1920, il propose au peintre Pierre Frémond, qui a lancé un atelier et commerce d’objets de piété, de remettre au goût du jour l’art de l’émail, tout en réalisant lui-même les dessins. Ses premiers émaux sur plaque d’argent seront exposés en 1923 à la galerie L’Effort moderne, dirigée par le marchand Léonce Rosenberg. Il collabore parallèlement avec le graveur F.-L. Schmied, à la réalisation de reliures. En 1921, il est repéré au Salon des Indépendants par Jacques Doucet, lequel lui demande de travailler pour lui comme assistant de Pierre Legrain. Il démarre d’abord par des projets de tapis, puis réalise des objets. L’exécution de travaux pour Doucet met l’artiste à l’abri du besoin et il va pouvoir désormais utiliser une part de son temps et de son argent pour s’adonner à la sculpture, notamment en bronze coulé à la cire perdue. En 1923, Léonce Rosenberg consacre une exposition personnelle à Miklos, relatant le travail accompli depuis 1920 lequel s’inscrit dans la lignée du cubisme. Son vocabulaire décoratif, le distinguant clairement des autres, est issu d’un savant mélange de l’art viennois, du cubisme, de l’abstraction géométrique et de l’art byzantin, tous éléments qui constituent les bases du style Art Déco, dont il est permis d’affirmer que Miklos est sans conteste un de ses grands inspirateurs sinon un des pionniers.

Entre 1923 et 1928, le succès frappe enfin à la porte de Miklos. Il participe notamment à la réalisation du pavillon « Une Ambassade française » lors de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs Industriels et Modernes de 1925. En 1928, il est exposé à la galerie La Renaissance, rue Royale à Paris. Il fit encore partie de l’Union des Artistes Modernes, dont il participa à la création. Il sera ensuite présent à toutes les expositions de l’Union. A côté de cela, il s’est fait une clientèle d’amateurs privés qui lui permettent de vivre aisément. Néanmoins, la crise de 1929 ne l’épargnera pas et il devra affronter des difficultés financières. A partir de 1935, sa production s’oriente vers des œuvres plus monumentales et allégoriques et en 1937, il participe à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs. En 1940, après la déclaration de guerre, il est réquisitionné en qualité de professeur auxiliaire pour l’enseignement du dessin d’art à Oyonnax, petite ville du Jura. Même s’il n’apprécie pas ce changement, il y reste jusqu’à sa mort, le 5 mars 1967.

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Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

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