ENTRE LE MONDE ET MOI

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Je ne sais pas si ce livre est « bien » traduit car je l’ai lu dans sa version originale.

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« Between the world and me » (titre tiré d’un terrible poème  – voir plus bas –  de l’écrivain afro-américain Richard Wright 1908-1960)  a été transformé en français pour des raisons marketing aussi évidentes que crues en  « Une colère noire » ce qui est certainement plus accrocheur, mais un contre-sens  grossièrement réducteur car l’auteur exprime d’autres choses bien plus précieuses et intéressantes que de l’indignation (impuissante) ou de la (vaine) colère.

Ce bref livre qui est une longue lettre adressée à son fils de 15 ans, Ta Nehisi Coates le consacre à exprimer « Comment vivre dans un corps noir, dans un pays perdu dans le Rêve ». Au fil des pages on sera incités à imaginer si ce n’est ressentir  ce que sont la peur physique et la vulnérabilité de tous les corps noirs en Amérique, ce qu’est vraiment le Rêve, ce que véhiculent ou pire commettent ceux qui se croient blancs.

Face à cela, la lutte est permanente, perdure de génération en génération, tu n’auras pas d’autre choix que ne jamais baisser la garde, previent le père. Il appartient à ceux qui se croient blancs de résoudre leur problème qu’ils appellent le Rêve, car c’est bien le Rêve, le problème qui écrase le monde.

Il y a plus de 40 ans le Black Panther Party affirmait déjà : « Il n’y a pas de « problème noir », ni de « question noire » aux USA, il n’y a qu’un problème blanc. »   Et force est de constater en gardant les yeux ouverts sur l’interminable liste des meurtres et violences physiques, psychiques et sociales infligées aux afro-américains, que rien ou si peu n’a changé.

Toutefois Coates parle plus justement aujourd’hui de « ceux qui se croient blancs » pour désigner les responsables. Car il suffirait de cesser de se croire blanc ou d’attacher une quelconque importance à cette couleur de peau, pour ne plus nourrir le Rêve destructeur.

On trouvera dans le livre beaucoup de noms de personnes ou de lieux propres à la culture afro-américaine qui sont sans doute peu familiers à la plupart des lecteurs français ; je suppose que le traducteur fournit les notes explicatives nécessaires, mais même si cela n’était pas le cas, peu importe, le souffle du livre emportera tout de même le lecteur.

« Une colère noire » est donc tout sauf un livre de colère, c’est le témoignage d’un homme sincère et généreux,  le récit sans fioritures d’une expérience de vie noire, celle de la génération de l’auteur né en 1975, avec ses peurs, ses tâtonnements, ses découvertes, ses émotions, ses enthousiasmes et ses frustrations irrépressibles. C’est surtout une formidable lettre d’amour écrite à un fils, mais c’est une lettre ouverte en situation d’urgence, une lettre publique adressée à tous ceux qui voudront bien la lire car ils se sentiront, au delà de toutes les réductions identitaires, humainement concernés.

 

Between the World and Me

by Richard Wright

 And one morning while in the woods I stumbled

 suddenly upon the thing,

Stumbled upon it in a grassy clearing guarded by scaly

oaks and elms

And the sooty details of the scene rose, thrusting

themselves between the world and me.

There was a design of white bones slumbering forgottenly

upon a cushion of ashes.

There was a charred stump of a sapling pointing a blunt

finger accusingly at the sky.

There were torn tree limbs, tiny veins of burnt leaves, and

a scorched coil of greasy hemp;

A vacant shoe, an empty tie, a ripped shirt, a lonely hat,

and a pair of trousers stiff with black blood.

And upon the trampled grass were buttons, dead matches,

butt-ends of cigars and cigarettes, peanut shells, a

drained gin-flask, and a whore’s lipstick;

Scattered traces of tar, restless arrays of feathers, and the

lingering smell of gasoline.

And through the morning air the sun poured yellow

surprise into the eye sockets of the stony skull….

And while I stood my mind was frozen within cold pity

for the life that was gone.

The ground gripped my feet and my heart was circled by

 icy walls of fear–

The sun died in the sky; a night wind muttered in the

 grass and fumbled the leaves in the trees; the woods

 poured forth the hungry yelping of hounds; the

 darkness screamed with thirsty voices; and the witnesses rose and lived:

The dry bones stirred, rattled, lifted, melting themselves

 into my bones.

The grey ashes formed flesh firm and black, entering into

 my flesh.

The gin-flask passed from mouth to mouth, cigars and

cigarettes glowed, the whore smeared lipstick red

 upon her lips,

And a thousand faces swirled around me, clamoring that

 my life be burned….

And then they had me, stripped me, battering my teeth

into my throat till I swallowed my own blood.

My voice was drowned in the roar of their voices, and my

black wet body slipped and rolled in their hands as

they bound me to the sapling.

And my skin clung to the bubbling hot tar, falling from

 me in limp patches.

And the down and quills of the white feathers sank into

my raw flesh, and I moaned in my agony.

Then my blood was cooled mercifully, cooled by a

 baptism of gasoline.

And in a blaze of red I leaped to the sky as pain rose like water, boiling my limbs

Panting, begging I clutched childlike, clutched to the hot

sides of death.

Now I am dry bones and my face a stony skull staring in

yellow surprise at the sun….

 

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Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

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