Rolihlahla, pour transfigurer le monde.

NELSON MANDELA – Ses cheveux en grains de poivre. Ses mains à la peau glabre et satinée, tendue, aux doigts replets. Ses poings fermés et pourtant doux comme deux amphores d’huile sacrée moulées de terre glaise pétrie et polie. La terre de Qunu. Ce balancement d’une jambe vers l’autre, ce sourire tendre et ces paupières pudiques, ces poings parant le plexus, non pour se protéger comme un boxeur, mais pour rythmer cette danse de la sérénité. La nation arc-en-ciel est proclamée, les résultats des premières élections libres, que certains appellent multiraciales, sont sans appel. C’est la première fois que je foule le sol sud-africain. Mais c’est déjà la deuxième fois que je rencontre Nelson Mandela.

Je m’étais blottie contre lui à Paris, en un lieu pourtant solennel, au ministère des Affaires étrangères. Sous le ciel d’un bleu austral, sous cette lumière à la fois vive et cordiale, il danse. Je suis fascinée. Figée comme un colibri ébloui par un alpinia fredonnant. Je le reverrai plusieurs fois. Et chaque fois, je cèderai au magnétisme.

Mais dès la première fois, ce pays inconnu m’est familier. Par la grâce de ses incomparables auteurs, de littérature, d’arts, de musique, de toutes expressions qui font la langue commune des hommes, sous toutes les latitudes où l’on refuse l’oppression, l’exclusion, la violence, l’aliénation, l’arbitraire. Et voilà la Terre, toute étonnée de se voir et se savoir assez ronde pour se mirer dans ce rêve grandiose d’une fraternité en actes, rêve si prompt à se dérober.

Voilà pourquoi Madiba est à nous tous. Voilà pourquoi quatre générations se sont emparées de ce sourire d’aurore, de cette voix pulmonneuse, de cette démarche qui s’assure à chaque pas que le sol ne se détourne pas. Voilà pourquoi nous n’avons pas le droit, même si nos esprits sont en lambeaux et nos âmes éperdues, même si l’horizon joue à s’esquiver, même si le monde est désorienté, nous n’avons pas le droit d’en faire une icône. De le désincarner. De le poncer, le lisser.

Tant d’élégance dans la fermeté, tant de douceur dans l’exigence, tant de constance et de clairvoyance, tant d’intelligence des moments et des lieux, déjà au temps des querelles fratricides, tant d’aptitudes à saisir en totalité cette humanité asynchrone, appellent au moins notre fidélité et la précision de nos mémoires: Madiba est un rebelle, généreux et résolu, courtois et buté, cultivant l’ambition d’entendre à la fois la voix intérieure qui dit le chemin de l’intégrité et le chant du monde sous le vacarme des égoïsmes, des insatiables voracités, des fureurs mégalomaniaques, des embardées de bons sentiments.

Je pleure, je ris, je frémis, je scande en écoutant Amandla! Miles Davis cherche, poursuit, aspire de sa trompette le saxophone de Kenny Garrett, Marcus Miller flatte vigoureusement sa basse, Joe Sample extorque à son piano des notes sans vacillation, et Bashiri Johnson percute, percute.
J’ai envie de me réconforter moi-même, de me consoler. Et je me dis, quoiqu’il arrive, le monde qui a donné naissance à Rolihlahla « celui qui vient poser des problèmes » et n’a pu l’empêcher de devenir Madiba, malgré, malgré tant et tout, ce monde ne sombrera plus jamais dans l’ignoble et l’horreur. Mais je sais qu’en ce moment même, je me mens. Alors, désemparée, avec Pablo Neruda je cède:

« Si je pouvais pleurer de peur dans une maison abandonnée
Si je pouvais m’arracher les yeux et les manger
Je le ferais pour ta voix d’oranger endeuillé
Et pour ta poésie qui jaillit en criant
Parce que pour toi poussent les écoles
Et les hérissons s’envolent vers le ciel »

Repose en paix, Madiba. Nos cœurs, ton linceul.

Christiane Taubira.

Share

Go back to school !

Buck“We should do away with the absolutely specious notion that everybody has to earn a living. It is a fact today that one in ten thousand of us can make a technological breakthrough capable of supporting all the rest. The youth of today are absolutely right in recognizing this nonsense of earning a living. We keep inventing jobs because of this false idea that everybody has to be employed at some kind of drudgery because, according to Malthusian Darwinian theory he must justify his right to exist. So we have inspectors of inspectors and people making instruments for inspectors to inspect inspectors. The true business of people should be to go back to school and think about whatever it was they were thinking about before somebody came along and told them they had to earn a living. »   Buckminster Fuller.

Share

Le médecin de famille de Lucia Puenzo.

Parce que j’aime bien le cinéma argentin. Parce que les critiques semblaient bonnes. Parce que je n’avais pas vraiment lu le sujet du film. J’ai vu cette petite chose triste et consternante, vaguement racoleuse, maniérée, prétentieuse, pataugeant dans son auto satisfaction : « je dénonce courageusement 50 ans plus tard, la complaisance de l’Argentine envers les nazis réfugiés au sein des nombreuses colonies allemandes ». La critique sans s’enflammer a plutôt trouvé le film de qualité, c’est très généreux. Note heureusement discordante, Guillaume Tion signe dans Libé un « Vite vu » fort bien vu.    « Le Médecin de famille de Lucía Puenzo (1 h 33) Dans l’Argentine des années 60, est-il possible d’héberger Josef Mengele sans s’en rendre compte, de surcroît lorsqu’on est allemande et enceinte de jumeaux ? Réponse de la réalisatrice Lucía Puenzo : oui. Car, au-delà du thriller faiblard sur la présence du bourreau d’Auschwitz dans l’hôtel tenu par la parturiente, le Médecin de famille brosse en creux l’histoire d’un pays complaisant où les réfugiés nazis massés en colonies vivaient presque au grand jour. «J’ai l’impression d’être rentré chez moi», sourit Mengele en contemplant un lac de Patagonie. Pour le reste, la réalisatrice suit la trace d’un «ange de la mort» banal, qui fait de jolis croquis anatomiques dans ses petits carnets et torture une ado à coups d’hormones de croissance, tout en forçant le trait du symbolisme à grand renfort de poupées (à assembler ou disloquer) et autres clairs-obscurs signifiants, incessants, complaisants là aussi. » Guillaume TION

Share

CE BLOG EST EN PHASE DE RENAISSANCE.

out of orders-Pris dans l’attaque visant les serveurs de l’hébergeur Mavenhosting, Boojumism a été réduit en poussière il y a trois semaines. 3 années de blog. Près de 1 000 posts et pas loin de 1 000 visiteurs mensuels par vent favorable.

J’ai eu le grand  tort de faire confiance aux sauvegardes automatiques de Mavenhosting et à leurs serveurs de backup. Un blog est moins évident à sauvegarder qu’un site web dont généralement on possède une copie sur son disque dur. Le blogueur peut bloguer depuis plusieurs sources, différents ordinateurs, tablettes, smartphones… Il a tendance à faire confiance aux dispositifs de sécurité de son hébergeur. Il a tort.  Il faut toujours tout sauvegarder soi-même. D’ailleurs WordPress propose des plugins pour ça. Même s’il ne faut accorder qu’une confiance très limitée à la sécurité de tout ce qui se trouve dans un ordinateur. Aucun mot de passe, aucun code n’est infaillible. Aucune donnée n’est inaccessible. Tout peut être piraté ou détruit. Que cela soit dans le téléphone d’Angela Merkel, l’ordinateur de Poutine ou le sèche-linge de Michelle Obama.

Je marque une pause. Il me semble difficile de poursuivre comme si de rien n’était. Mes derniers posts concernaient un périple de près de 4 500 km effectué en moto entre Calgary et Los Angeles à travers les routes secondaires de l’Alberta, du Montana, de l’Idaho, de l’Oregon, de la Californie. Une amie lectrice de ce blog, Dominique L, a réussi a les sauvegarder quand cela était encore possible. Qu’elle soit remerciée ! Je vais les regrouper et retrouver les photos qui les illustraient. Je vais également tenter de rapporter la fin du voyage, même si je ne peux plus écrire « à chaud » étant désormais rentré en France depuis une quinzaine de jours. La reconstitution a commencé dans l’onglet « The ride », travail en cours.

Je demande encore un peu de patience à ceux qui liront ces lignes.

Share