Dany Laferrière à l’Académie Française, chapeau les immortels !

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Et au premier tour. Un canadien. Un Québécois. Un haïtien. Un nègre. Un pote d’Alain Mabanckou. Dany Laferrière siègera dans le fauteuil de Montesquieu et d’Alexandre Dumas fils à la suite d’Hector Bianciotti, le fils de paysan piémontais, l’argentin nostalgique, l’élégant francophone mystique, dont j’avoue ne pas avoir lu une seule ligne.

Un excellent écrivain Dany Laferrière. L’auteur d’un premier roman dont le titre à lui seul était un poème : « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ».  L’auteur d’un bref livre puissant et poignant : « L’énigme du retour ». L’auteur du magnifique, terrible et stupéfiant « Tout bouge autour de moi », son témoignage vécu (et plus) d’écrivain présent lors du tremblement de terre de Port-au-Prince le 12 janvier 2010 : « Haïti est là où l’on se sent haïtien ».  Grâce à Laferrière, moi aussi, je me sens un peu haïtien. L’auteur débordant d’humour et de malice du délicieux et subtil « Journal d’un écrivain en pyjama » qui ne peut que ravir tous les porteurs de plume. Laferrièrre sous la coupole, c’est une grande et belle journée aujourd’hui. Elle est pas belle la France ?

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MDA reject blood of MK of Ethiopian decent – Israel News

TamanoMDA reject blood of MK of Ethiopian decent – Israel News, Ynetnews.  A mes yeux, une horreur absolue, le 11 décembre 2013, le jour même de l’hommage rendu par le monde entier à Nelson Mandela (bien que le premier ministre israélien Netanyahu ne se soit pas déplacé car cela représentait à ses yeux une dépense excessive….), la député israélienne Pnina Tomano-Shata s’est vu refuser son sang par l’organisme de don du sang israéien (MDA) sous prétexte qu’elle est d’origine Ethiopienne et qu’une directive précise que son sang  jugé « spécial » ne peut être accepté.

Lire aussi Le Monde ici.

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Savouré sur le blog d’Eric Chevillard.

Une collection de Classiques & Contemporains à destination des élèves propose une édition de L’Enfant de Noé, roman de l’inénarrable Eric-Emmanuel Schmitt, « recommandé pour les classes de cinquième, quatrième, troisième (enseignement général) et pour les classes de seconde, première et terminale (enseignement professionnel) ». On voit en quelle estime sont tenues ces dernières, mais le plus beau reste l’argument suprême de l’éditeur : « En outre (apprécions comme il le mérite, voulez-vous, ce « en outre ») l’appareil pédagogique (l’appareil pédagogique !) est suivi d’une interview exclusive ( !)  d’Eric-Emmanuel Schmitt. »

l’auto fictif le blog d’Eric Chevillard.

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Rolihlahla, pour transfigurer le monde.

NELSON MANDELA – Ses cheveux en grains de poivre. Ses mains à la peau glabre et satinée, tendue, aux doigts replets. Ses poings fermés et pourtant doux comme deux amphores d’huile sacrée moulées de terre glaise pétrie et polie. La terre de Qunu. Ce balancement d’une jambe vers l’autre, ce sourire tendre et ces paupières pudiques, ces poings parant le plexus, non pour se protéger comme un boxeur, mais pour rythmer cette danse de la sérénité. La nation arc-en-ciel est proclamée, les résultats des premières élections libres, que certains appellent multiraciales, sont sans appel. C’est la première fois que je foule le sol sud-africain. Mais c’est déjà la deuxième fois que je rencontre Nelson Mandela.

Je m’étais blottie contre lui à Paris, en un lieu pourtant solennel, au ministère des Affaires étrangères. Sous le ciel d’un bleu austral, sous cette lumière à la fois vive et cordiale, il danse. Je suis fascinée. Figée comme un colibri ébloui par un alpinia fredonnant. Je le reverrai plusieurs fois. Et chaque fois, je cèderai au magnétisme.

Mais dès la première fois, ce pays inconnu m’est familier. Par la grâce de ses incomparables auteurs, de littérature, d’arts, de musique, de toutes expressions qui font la langue commune des hommes, sous toutes les latitudes où l’on refuse l’oppression, l’exclusion, la violence, l’aliénation, l’arbitraire. Et voilà la Terre, toute étonnée de se voir et se savoir assez ronde pour se mirer dans ce rêve grandiose d’une fraternité en actes, rêve si prompt à se dérober.

Voilà pourquoi Madiba est à nous tous. Voilà pourquoi quatre générations se sont emparées de ce sourire d’aurore, de cette voix pulmonneuse, de cette démarche qui s’assure à chaque pas que le sol ne se détourne pas. Voilà pourquoi nous n’avons pas le droit, même si nos esprits sont en lambeaux et nos âmes éperdues, même si l’horizon joue à s’esquiver, même si le monde est désorienté, nous n’avons pas le droit d’en faire une icône. De le désincarner. De le poncer, le lisser.

Tant d’élégance dans la fermeté, tant de douceur dans l’exigence, tant de constance et de clairvoyance, tant d’intelligence des moments et des lieux, déjà au temps des querelles fratricides, tant d’aptitudes à saisir en totalité cette humanité asynchrone, appellent au moins notre fidélité et la précision de nos mémoires: Madiba est un rebelle, généreux et résolu, courtois et buté, cultivant l’ambition d’entendre à la fois la voix intérieure qui dit le chemin de l’intégrité et le chant du monde sous le vacarme des égoïsmes, des insatiables voracités, des fureurs mégalomaniaques, des embardées de bons sentiments.

Je pleure, je ris, je frémis, je scande en écoutant Amandla! Miles Davis cherche, poursuit, aspire de sa trompette le saxophone de Kenny Garrett, Marcus Miller flatte vigoureusement sa basse, Joe Sample extorque à son piano des notes sans vacillation, et Bashiri Johnson percute, percute.
J’ai envie de me réconforter moi-même, de me consoler. Et je me dis, quoiqu’il arrive, le monde qui a donné naissance à Rolihlahla « celui qui vient poser des problèmes » et n’a pu l’empêcher de devenir Madiba, malgré, malgré tant et tout, ce monde ne sombrera plus jamais dans l’ignoble et l’horreur. Mais je sais qu’en ce moment même, je me mens. Alors, désemparée, avec Pablo Neruda je cède:

« Si je pouvais pleurer de peur dans une maison abandonnée
Si je pouvais m’arracher les yeux et les manger
Je le ferais pour ta voix d’oranger endeuillé
Et pour ta poésie qui jaillit en criant
Parce que pour toi poussent les écoles
Et les hérissons s’envolent vers le ciel »

Repose en paix, Madiba. Nos cœurs, ton linceul.

Christiane Taubira.

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Go back to school !

Buck“We should do away with the absolutely specious notion that everybody has to earn a living. It is a fact today that one in ten thousand of us can make a technological breakthrough capable of supporting all the rest. The youth of today are absolutely right in recognizing this nonsense of earning a living. We keep inventing jobs because of this false idea that everybody has to be employed at some kind of drudgery because, according to Malthusian Darwinian theory he must justify his right to exist. So we have inspectors of inspectors and people making instruments for inspectors to inspect inspectors. The true business of people should be to go back to school and think about whatever it was they were thinking about before somebody came along and told them they had to earn a living. »   Buckminster Fuller.

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Le médecin de famille de Lucia Puenzo.

Parce que j’aime bien le cinéma argentin. Parce que les critiques semblaient bonnes. Parce que je n’avais pas vraiment lu le sujet du film. J’ai vu cette petite chose triste et consternante, vaguement racoleuse, maniérée, prétentieuse, pataugeant dans son auto satisfaction : « je dénonce courageusement 50 ans plus tard, la complaisance de l’Argentine envers les nazis réfugiés au sein des nombreuses colonies allemandes ». La critique sans s’enflammer a plutôt trouvé le film de qualité, c’est très généreux. Note heureusement discordante, Guillaume Tion signe dans Libé un « Vite vu » fort bien vu.    « Le Médecin de famille de Lucía Puenzo (1 h 33) Dans l’Argentine des années 60, est-il possible d’héberger Josef Mengele sans s’en rendre compte, de surcroît lorsqu’on est allemande et enceinte de jumeaux ? Réponse de la réalisatrice Lucía Puenzo : oui. Car, au-delà du thriller faiblard sur la présence du bourreau d’Auschwitz dans l’hôtel tenu par la parturiente, le Médecin de famille brosse en creux l’histoire d’un pays complaisant où les réfugiés nazis massés en colonies vivaient presque au grand jour. «J’ai l’impression d’être rentré chez moi», sourit Mengele en contemplant un lac de Patagonie. Pour le reste, la réalisatrice suit la trace d’un «ange de la mort» banal, qui fait de jolis croquis anatomiques dans ses petits carnets et torture une ado à coups d’hormones de croissance, tout en forçant le trait du symbolisme à grand renfort de poupées (à assembler ou disloquer) et autres clairs-obscurs signifiants, incessants, complaisants là aussi. » Guillaume TION

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