– Allume le jazz, il n’y a rien à la télé.

kiss meDans l’impasse humide et sombre, un escalier d’incendie projette son saxophone sur le mur de briques rouges. Un rideau déchiré flotte. Des pigeons s’affolent. Une plume tombe en tourbillonnant. La fenêtre ouverte crache un interminable solo de trompette. Un Fedora cabossé roule dans la sciure jusqu’aux brogues bicolores d’un long type en imperméable mastic. De l’autre côté de la rue, personne, mais un mégot fume encore. Un rat se méfie.

– L’asphalte est toujours chaud quand la ville dort.

– Monte le son, je veux entendre tous les petits machins du percussionniste.

La voix d’Orson le boiteux traverse la frontière (mais est-ce bien lui ?). Tandis qu’un train de marchandises fait trembler tout l’hôtel, quelqu’un insiste de l’autre côté de la porte de la chambre du motel. Qui est cette femme ?Great Flam

– Parfois, je suis Sam Spade, parfois je suis Marlowe. Jamais Gravedigger.

– Est-ce Ben Webster sur le canal de droite ou bien est-ce Coleman Hawkins ?

Sur la corniche en travaux, le piano vient de rattraper la décapotable. La voix évanescente de la chanteuse poudrée de blanche plane déjà au-dessus de la rambarde explosée. Desafina…

Le cinéma n’est qu’un mensonge qui dit parfois la vérité.

– Et le jazz ?

– Le jazz ne ment jamais, mais il aime raconter des histoires.

– Elle s’appelle miss Wonderly, elle voudrait vous voir à propos d’une affaire de faucon.

Sur la coiffeuse, luit le métal bleuté d’un petit automatique à crosse d’ivoire de la côte ouest. Un miroir brisé se réfléchit dans un miroir intact. Au rouge à lèvres on peut lire : Rita H.

– Il vaudrait mieux appeler la police.

-The-Lady-from-ShanghaiTrop tard, enlacés sur le parquet, Mojo et Juju, l’homme en smoking et la danseuse ensanglantée disparaissent sous un épais tapis de congas. Les draps ont glissé du lit endormi. Sale nuit.

– Rosebud Powell n’est pas une marque de bière !

– Tu as vu la Fleetwood garée devant le bar de Cosmo Vitelli ?

Pour une fois que les trottoirs ne sont pas mouillés et que les néons ne se reflètent pas dans les carrosseries, on ne va pas en faire un plan !

murder my sweet– Prenez garde commissaire, vous avancez dans le noir et dans une minute quarante trois secondes ce sera la fin de la face b.

Qui dira pourquoi il n‘y a jamais rien à manger à l’aube pour le chat du détective ?

Share

Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Commentaires protégés par WP-SpamShield Anti-Spam