Popa Singer de René Depestre, chez Zulma

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En ces temps plutôt mornes, lire René Depestre est un plaisir intense et rare. On s’en colle plein les yeux comme on dégouline de jus de mangue jusque dans le cou si on essaie d’en manger une avec les doigts.

Depestre c’est puissamment jouissif, c’est du Rabelais-Jarry de Haïti et tout ce qui vient de Haïti, musique, peinture et littérature est bien trop bon pour qu’on s’en prive (demandez à Dany Laferrière).

Je m’étais initié à Depestre, son érotisme fantastique et sa langue truculente avec l’énorme Hadriana dans tous mes rêves Prix Renaudot de 1988 édité chez Gallimard et aujourd’hui en Folio.  Je m’étais dit que papa Depestre, désormais 90 ans aux cerises (il est né en 1926) n’en avait probablement plus autant sous la pédale.

Quand j’ai vu Popa Singer en librairie, j’ai cru que ce devait être une réédition d’un incunable. Erreur grossière, c’était sous estimer gravement la fécondité de l’auteur, sa mémoire, ses turgescences et sa redoutable faconde ! Popa Singer est son petit dernier et un sacré rude gaillard. Je cède la parole à l’éditeur :

 » Pour fêter dignement le retour de son fils au pays, Popa Singer, matriarche éclairée et indéboulonnable, armée de sa seule machine à coudre et de son utopie personnelle, est bien résolue à résister à sa manière à l’Ubu Roi des Tropiques, le plus atrocement absurde que les Grandes Antilles aient subi : Duvalier, alias Papa Doc. »

 » Popa Singer va raconter l’histoire de ce duel à Jacmel, ville natale de l’auteur, comme García Márquez racontait le Macondo de la famille Buendia dans Cent ans de solitude. Tout le récit tient dans une éloquente dialectique entre la monstruosité aberrante de Papa Doc et cette « maman-bobine de fil » qui « fera planer son cerf-volant enchanté dans l’azur féminin de l’histoire, en mère nourricière, ravie d’alimenter en brins de toute beauté la machine Singer à coudre les beaux draps d’un réel-merveilleux germano-haïtien. » La fantaisie rabelaisienne se propage en nomenclatures fantasques qui sont en soi des morceaux de bravoure dignes du Mangeclous d’Albert Cohen. »

 » S’il témoigne avec une joyeuse férocité de l’épouvantable caprice du président à vie, le romancier des enjouements amoureux, styliste hors pair et maître d’une langue incomparablement inventive, mêlant allègre faconde et humour au vitriol, ne lâche rien de son verbe en transe ludique, véritable incendie d’allusions et de métaphores pour dire un monde de folie. »

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Proposition de bonne loi réellement utile.

Proposition de loi ayant trait à la simplification et à la clarification de l’intitulé des ministres et secrétaires d’état, à  partir de l’idée subversive et vachement bonne de la création d’un(e) secrétaire d’Etat auprès du premier ministre, chargée de l’égalité réelle.

  • Ministre des affaires lointaines et du rayonnement français.
  • Ministre de la prochitude environnementielle, de l’énergie bon marché et de la mer propre, chargée du climat franc et cordial dans les conférences internationales sur le climat.
  • Ministre de la bonne éducation nationale, du respect de l’instruction publique laïque obligatoire et de la discipline zéro tolérance dans les escaliers et les couloirs.
  • Ministre de l’intégrité et de  la probité nationale.
  • Ministre des pauvres et des malades.
  • Ministre du bon usage des militaires.
  • Garde impartial des sceaux, patron des matons, tôlier de la  justice équitable pour tous.
  • Ministre au travail du droit au boulot,  des formations utiles et nécessaires,  de la sortie par le haut des conflits sociaux idiots.
  • Ministre de la copropriété nationale, des travaux d’aménagement indispensables et de la décoration de la France.
  • Ministre de la vigilance, de la surveillance et du maintien sans faille de l’ordre intérieur.
  • Ministre de nos terroirs et de la bonne bouffe française.
  • Ministre du à chacun son toit chez soi.
  • Ministre du pognon, des usines et des bureaux.
  • Ministre de la vraie culture, des bonnes manières et de la conversation.
  • Ministre de la garantie scrupuleuse des droits des femmes.
  • Ministre du devoir conjugal et de la protection des moutards.
  • Ministre des fonctionnaires au boulot.
  • Ministre du rap et du foot.
  • Ministre des îles.

je vous laisse le plaisir de redéfinir les intitulés des secrétariats d’Etat dont vous trouverez la liste ICI.

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Poutine serait-il un cafard ?

Reblog intégral du texte de Nadya Tolokonnikova des Pussy Riot paru sur le Huffington Post.

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Il a fait très chaud en janvier. En Russie, au moins douze personnes ont perdu leur emploi parce qu’elles avaient travaillé avec moi. Une nouvelle pièce de théâtre à laquelle je participais a été annulée après la première. Ils se sont ensuite montrés plus prévenants, et m’ont exclu d’une autre pièce bien avant qu’elle ne soit jouée.

Sept collectifs d’artistes ont refusé de prendre part à un clip anti-corruption des Pussy Riot (Chaika) parce qu’ils avaient peur des répercussions politiques. Une douzaine de collègues musiciens et comédiens m’ont dit d’un air consterné: « Nadya, tu es dingue. Aujourd’hui, personne n’a plus le courage de travailler avec les Pussy Riot. Nadya, tu fais partie des ‘ennemis publics’ de Poutine. Ne nous dis pas que tu n’en as pas conscience! »

Bien sur que si. Mais je m’en fous un peu. J’ai l’habitude que la vie ne me fasse pas de cadeaux. J’y survivrai, encore une fois. C’est pas ça qui va m’empêcher de sourire et d’éclater de rire.

A l’époque de Staline, les enfants des prisonniers politiques qualifiés d' »ennemis du peuple » ou d' »ennemis public » ne voulaient plus entendre parler de leurs parents parce qu’il était extrêmement dangereux d’appartenir à la même famille que ce genre d’individus.

Le soir de la Saint-Sylvestre, j’ai eu la chance inouïe de rencontrer un groupe de femmes aussi extraordinaires que courageuses, et de découvrir la réalisatrice et chorégraphe Vika Narakhsa, pensionnaire du Théâtre Meyerhold, à Moscou.

Nous avons commencé les répétitions le 2 janvier. Nous avons délibérément travaillé pendant les vacances de fin d’année pour courir avec des cordes et des fers, et mettre au point cette horrible danse des procureurs néo-nazis.

Vika m’a proposé de jouer un air de piano le soir de la première de son opéra hip-hop, Tarakanishe (Le Cafard), qu’elle finalisait en parallèle de notre clip, et qui devait être joué le 12 janvier. Il se trouvait que j’étais la seule personne du groupe à savoir jouer du piano. Il s’agissait d’une célèbre ballade de Leonid Utesov, I Have a Heart and My Heart Has a Song…

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Tarakanishe est l’adaptation d’un conte musical pour enfants, écrit par Korney Chukovsky en 1921. Il raconte l’histoire d’un horrible cafard qui prend le pouvoir sur tous les animaux et les réduit en esclavage.

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En voici quelques extraits: « Animaux ! Amenez-moi votre progéniture. Je mangerai vos enfants ce soir. » « Ils s’assoient donc en tremblotant dans les buissons, et se cachent derrière des monticules verdoyants. On n’entend plus que le bruit de leurs dents qui claquent… » A la fin du conte, un drôle de moineau dévore le cafard géant. Tarakanishe a été joué jusqu’à l’effondrement de l’Union soviétique, même sous Staline. Pourtant, la ressemblance de ce cafard moustachu avec le Petit père du peuple n’échappait à personne.

Le 12 janvier, donc, cette nouvelle adaptation de Tarakanishe a été jouée pour la première fois, et elle a rencontré un énorme succès. Les spectateurs avaient vraiment un air émerveillé. Les comédies musicales avec du hip-hop ont beaucoup de succès. Beaucoup de gens ont demandé quand aurait lieu la représentation suivante. Eh bien, il n’y en aura pas. En tout cas pas dans ce théâtre. Mais cette décision n’a pas été prise par la troupe. Elle est liée à des pressions politiques.

Le lendemain de la première, Tarakanishe a été interdite. On a fait clairement comprendre à la directrice artistique du Meyerhold que cet opéra était « trop politique ». Mieux valait se montrer prudent. Vika Narakhsa et les acteurs de la pièce ont appris qu’ils ne feraient plus partie de la troupe du théâtre, et que Tarakanishe ne serait plus jamais jouée pour les motifs suivants: 1) le cafard ressemblait trop à Poutine ; et 2) le fait que je jouais du piano sur scène donnait à la pièce une connotation trop politique pour permettre la poursuite des représentations.

Mon pays me contraint à jouer les trublions partout où je passe. En à peine un mois, des douzaines de personnes ont perdu leur emploi, se sont fait engueuler par leurs supérieurs, ou bien ont été dénoncées. Aujourd’hui, elles se retrouvent sans travail. Je suis d’autant plus reconnaissante à tous ceux qui me soutiennent encore et sont convaincus, comme moi, que si nous sommes unis, rien ne peut nous résister.

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Est-ce que je dois la fermer pour ne pas causer d’ennuis à mes amis? Est-ce que je dois m’isoler, arrêter de pousser les gens dans mon cercle artistique, et me faire à l’idée que je vais vivre isolée? Je suis aujourd’hui confrontée aux mêmes dilemmes que lorsque j’étais emprisonnée. A l’intérieur du camp, les détenues étaient punies si elles m’adressaient la parole. Mais j’ai fini par décider que je ne me laisserai pas faire, tant qu’il y aura des gens pour me soutenir jusqu’au bout.

Ce blog, publié à l’origine sur le Huffington Post américain, a été traduit par Bamiyan Shiff pour Fast for Word.

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L’homme qui sortait des chapeaux de son lapin.

Envoyee_specialeUn de mes plus grands plaisirs culturels reste de voir un prestidigitateur possédant le bon baratin se moquer de nous avec humour et élégance.

Je m’amuse quand on déjoue avec un sourire innocent toutes mes certitudes. J’aime être berné à répétition à l’aide d’un simple jeu de cartes, de trois gobelets en plastique, sans pin up, sans fumigènes, sans accessoires compliqués.

Le dernier livre de Jean Echenoz Envoyée spéciale est un sommet du genre. Tout n’est que passe-passe, jonglerie, trompe l’œil du lecteur et manipulations d’illusionniste.

L’intrigue et l’écriture sont naturellement complices. Parfois l’auteur, tel Hitchcock dans ses films, se glisse furtivement au coin d’une phrase.

Il y a une telle jubilation dans Envoyée spéciale, un tel plaisir d’écrire, une telle impression de facilité que toute cette magnifique horlogerie millimétrée semble à la portée du premier écrivain venu. Mais ce n’est pas à la portée du premier romancier venu de conclure avec grâce une phrase on ne peut plus stylée par quelques trivialités crues d’ordinaire réservées aux douches des stades ou aux vestiaires des commissariats de police.

Et lorsque le lecteur se croit devenu fine mouche et pense, par exemple page 269, deviner où on l’entraîne et quel est l’homme qui conduit le taxi, l’auteur qui l’a vu venir, le piège d’un coup sec entre deux tirets, au milieu de la phrase :  » – non ce n’est pas Hyacinthe –  » et poursuit celle-ci comme si de rien n’était.

Echenoz, à lui tout seul, c’est une dream team. On reconnaîtra des gourmandises encyclopédiques chères à Perec, des amusements syntaxiques que n’aurait pas reniés Queneau, des truculences qui sentent bon leur Fréderic Dard, etc.

Le funambule s’amuse tout autant en dynamitant une à une toutes les conventions du roman d’espionnage classique façon Jean Bruce ou Gérard de Villiers et même de leurs pastiches lautneriens. Alors oui, de fil en aiguille, on ira à Pyongyang, bien entendu, mais par des chemins délicieux qui n’appartiennent qu’à Echenoz.

C’est du grand art. Bravo l’artiste !

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FIN DE GRISAILLE SUR LONDRES !

Julian Assange n’est malheureusement pas encore parti, mais Bleue Roy est déjà arrivée à Londres. Six  grandes toiles font désormais leur show à Bayswater sur Westbourne Grove chez le galeriste chic Samir Ceric.
Big TOUM s’affiche en vitrine, TISS et les autres font feu de toutes leurs couleurs à l’intérieur. Toum à LondresTiss, Muzark et Certon à Londres

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