Voyez

Voyez le matin comme il me prépare
et l’herbe du pré si elle m’attend
voyez l’eau du lac comme elle me pense
et le bleu du ciel s’il donne à vouloir

voyez le chemin comme il part de moi
si l’eau du ruisseau promène ma soif
voyez comme l’ombre a choisi mes mots
et si le caillou me ramène au temps

voyez l’horizon comme il me rattache
si les vols d’oiseaux m’apprennent partir
voyez la forêt comme elle m’écoute
et si le silence est fait de ma voix

Ludovic Janvier, Une Poignée de monde, Gallimard, 2006, p. 22

Poète manquant depuis le 20 janvier 2016.

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CE QUE JE DOIS A RIVETTE.

Et maintenant c’est Rivette qui s’en va. En ce qui me concerne, la liste de  « mes » disparus de Janvier est redoutable : Vilmos Zsigmond, Paul Bley, Michel Galabru, Pierre Boulez, David Bowie, Ettore Scola, Ludovic Janvier, Paul Kantner et Rivette donc.

Jacques_RivetteRivette  est un personnage qui dépasse ses films. J’en ai beaucoup aimé quelques uns (2 ou 3 ) et puis j’en ai vu d’autres (2 ou 3)  et puis je ne suis pas allé voir le reste. Lesquels ? Qu’importe. C’est la dimension du bonhomme qui est intéressante. Avant même d’avoir vu un seul film de Rivette, il était auréolé par ce qu’écrivait Serge Daney dans la revue Traffic n°4 en 1992 à propos de Kapo de Pontecorvo, un film qu’il n’avait jamais vu (moi si) mais dont il avait lu la brève critique de Rivette dans les Cahiers du Cinéma en 1961, intitulée « De l’abjection » (sic !) .  J’étais en plein dans du « Je l’ai pas vu, je l’ai pas lu, mais j’en ai entendu causer » comme l’écrivait si bien Cavanna dans Charlie Hebdo.

« De l’abjection » donc. Qu’en cite et qu’en dit Daney ?  « (…) Je ne devais jamais avoir prononcé le mot « abjection » de ma vie. Dans son article, Rivette ne racontait pas le film, il se contentait, en une phrase, de décrire un plan. La phrase, qui se grava dans ma mémoire, disait ceci : « Voyez cependant, dans « Kapo », le plan où Riva se suicide en se jetant sur les barbelés électrifiés : l’homme qui décide à ce moment de faire un travelling avant pour recadrer le cadavre en contre-plongée, en prenant soin d’inscrire exactement la main levée dans un angle de son cadrage final, cet homme n’a droit qu’au plus profond mépris ». Ainsi, un simple mouvement de caméra pouvait-il être le mouvement à ne pas faire. Celui qu’il fallait – à l’évidence – être abject pour faire. A peine eus-je lu ces lignes que je sus que leur auteur avait absolument raison. Abrupt et lumineux, le texte de Rivette me permettait de mettre des mots sur ce visage de l’abjection. Ma révolte avait trouvé des mots pour se dire. Mais il y avait plus. Il y avait que la révolte s’accompagnait d’un sentiment moins clair et sans doute moins pur : la reconnaissance soulagée d’acquérir ma première certitude de futur critique. Au fil des années, en effet, « le travelling de Kapo » fut mon dogme portatif, l’axiome qui ne se discutait pas, le point limite de tout débat. Avec quiconque ne ressentirait pas immédiatement l’abjection du « travelling de Kapo », je n’aurais, définitivement, rien à voir, rien à partager. Ce genre de refus était d’ailleurs dans l’air du temps. Au vu du style rageur et excédé de l’article de Rivette, je sentais que de furieux débats avaient déjà eu lieu et il me paraissait logique que le cinéma soit la caisse de résonance privilégiée de toute polémique. La guerre d’Algérie finissait qui, faute d’avoir été filmée, avait soupçonné par avance toute représentation de l’Histoire. N’importe qui semblait comprendre qu’il puisse y avoir – même et surtout au cinéma – des figures taboues, des facilités criminelles et des montages interdits. La formule célèbre de Godard voyant dans les travellings « une affaire de morale » était à mes yeux un de ces truismes sur lesquels on ne reviendrait pas. Pas moi, en tout cas ».

Et moi non plus je n’ai plus transigé. Je dois à Rivette mon rejet catégorique d’un certain nombre de cinéastes (et de photographes et d’autres encore…) qui trichent, qui manipulent grossièrement les émotions du spectateur, qui esthétisent l’horreur, qui enjolivent la violence, qui en rajoutent, qui brodent, ornementent, bref qui se complaisent et glorifient le répugnant pour faire frissonner le spectateur.  Il y a les voyeurs neo-bergmaniens tordus dont le chef de file est Lars von Trier et les roublards cyniques de pacotille qui se prennent pour Sergio Leone, dont le plus clinquant est Tarrantino.

Voilà, c’est à Rivette que je dois de ne pas voir les films de Lars von Trier ni de Quentin Tarrantino. Comme dit si bien Christiane :  » Parfois résister c’est rester, parfois résister c’est partir. »

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Leila Alaoui

LEILA-ALAOUI-2Elle était franco-marocaine. Elle était jeune et belle. Talentueuse et courageuse.  Je ne la connaissais pas. Je n’avais pas vu son travail. J’ai appris en même temps son existence et sa mort, des suites de ses blessures lors de l’attentat contre le restaurant Cappuccino vendredi dernier à Ouagadougou . Elle faisait un reportage sur la condition des femmes au Burkina Faso pour le compte d’Amnesty International. J’ai été sur son site. J’ai découvert ses images. Celles-ci, ci dessous, par exemple. Elle va nous manquer Leila Allaoui. Ce qu’en dit Le Monde est ici. Ce qu’en dit l’Express est .f3c00e_c4c4c9be9c214512b0aedb60cfc6276c f3c00e_2cc754a59bc5410294d747929a321385 f3c00e_e70eac326838403782ad1880278d17c8

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We can be Heroes, for ever and ever What d’you say ?

Bowie-CorbijnBowie. photograph by Corbijn.

« Wild Is the Wind » is a song written by Dimitri Tiomkin and Ned Washington. The track was originally recorded by Johnny Mathis for the 1957 film Wild Is the Wind (with Anna Magnani, Anthony Quinn, Anthony Franciosa). The song has been recorded many times, by many artists. Bowie was inspired by the Nina Simone recording of 1964.

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