Un tiers Jean Tardieu, un tiers Roland Dubillard, un tiers Eric Chevillard.

Chirico. Les muses inquiétantes.
Chirico. Les muses inquiétantes.

 

Juré, craché, si je mens je vais en enfer, j’ai distinctement entendu ce jour à 14h07 en provenance de la chambre du fond, côté cour, une voix féminine familière m’informant : « J’ai reniflé un scorpion, je crois qu’il est parti dans le réfrigérateur ».

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Les répus.

Phase un : Nous entendrons les journalistes résister à l’arnaque et courageusement dire ou écrire : « Le président de Les Républicains…. lors du congrès de Les Républicains…. les députés de Les Républicains… dans le point 4 du programme de Les Républicains. Etc. Mais il faudra également dire : Le parti de Les Républicains obtient 42% d’opinions favorables chez les barbus de l’Ariège…  Le parti  de Les Républicains se réunira en université d’été à Antibes… On veillera encore ici et là, quelque temps, à écrire Les Républicains avec deux majuscules. Cela durera trois jours.

Phase deux : A partir du quatrième jour, la lassitude et la capitulation l’emporteront. On se résignera une fois pour toutes à utiliser la formule abusive les républicains tout court parce que l’alternative est trop gonflante. Le président des républicains, le congrès des républicains, le programme des républicains… Les républicains déclarent, désignent, s’opposent…etc.  Le résistible hold-up d’un des beaux mots de la langue française, planifié et annoncé au vu et au su de tous par le chef de bande de Les Républicains tout court, sera hélas un vrai succès.

Phase trois : Le caïd de Les Républicains  ne compte pas s’arrêter à ce braquage linguistique. Non seulement sa droite il la veut décomplexée,  mais ses républicains il les veut comme Depardieu dans les Valseuses : « décontracté du gland » et « Comme de toute façon ça va se terminer à l’horizontale, j’vous propose qu’on y aille tout de suite ». Classieux comme disait le grand Serge. Bref sans perdre de temps, Les « Républicains » (4 syllabes) vont devenir les « répus ». On avait déjà les « cocos », les « fachos » et les « socialos », désormais on aura « les répus ».

Les répus lutinant gentiment la République.
Les répus lutinant gentiment la République.

P.S. Selon Wikileaks, un congrès extraordinaire de Le Parti Socialiste pourrait annoncer la naissance en phase un de Les Démocrates. En phase trois, ils deviendraient rapidement les « démos » ce qui est incomparablement plus mieux que les « socialos » pour sonner du  cor et rassembler les « bobos » en 2017.

– Alors, t’es répu ou t’es démo ?

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DESPROGES : lettre ouverte à Monseigneur LUSTIGER -1983.

Cher seigneur,

Qu’il me soit permis de m’indigner ici véhémentement contre les insupportables attaques portées régulièrement à la télévision contre mon athéisme militant par vos camarades de goupillon.

Il est intolérable, deux siècles après la séparation de l’Eglise et de l’Etat, dans un pays qui pousse la laïcité officielle au rang d’institution nationale que des anti-athées hystériques accaparent l’antenne de la télé le dimanche matin, avec des émissions intitulées « La messe du dimanche » dans laquelle les minorités athées non criantes, non bigotantes et mal bêtifiantes sont méprisées et bafouées, je pèse mes mots, au profit de grotesques manifestations incantatoires d’une secte en robe dont le monothéisme avoué est une véritable insulte à Darwin, aux religions gréco-romaines, et à ma sœur qui fait bouddhiste dans un bordel de Kuala-Lumpur.

Je précise que j’envoie par ce même courrier une copie de cette lettre à Dieu et que ça va chier.

Pierre Desproges


Ce sujet, en date du 1er avril 1983, me permet de souligner à mon tour que si nous sommes régulièrement  et plus qu’abondamment informés du point de vue des 3 grands monothéismes sur tous les sujets de société (terrorisme, fin de vie, avortement, GPA, mariage universel, contraception, école privée, laïcité…) aucune place n’est accordée par les médias à un représentant exprimant le point de vue de l’athéisme en France.

Camarades de la Libre Pensée, agitez-vous nom de dieu ! En 2012, en France,  le pourcentage d’irreligieux* chez les 18-34 ans, dépassait les 52% et va croissant.

* irreligieux : agnostiques, athées, libre-penseurs, déistes sans religion.

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Liberté d’expressions acceptables.

On vit une époque

Il était une fois une bande d’hurluberlus goguenards, des escogriffes irrévérencieux, des trublions rigolards, des provocateurs impertinents, des poil-à-gratteurs grivois et des boit-sans-soif cyniques. Des affreux jojos qui ne respectaient rien, désacralisaient tout, se foutaient de la gueule du monde.

A côté de ces gars-là, Max et Moritz, Ribouldingue, Filochard et Croquignol, c’étaient des enfants de choeur.

Tuer tous

Tout cela va mal finir, pensaient les honnêtes gens de bonnes manières. « A force de tirer sur la corde, ça va leur revenir dans la figure et ils ne pourront pas dire qu’on ne les avait pas prévenus. »

L’époque était plus prospère, mais assez flasque. La bourgeoisie pas encore bobo, était repue, confite dans le bénitier des idées reçues et des convenances. Les nouvelles « classes moyennes » fleurissaient dans ses traces. Les voyous évoqués plus haut n’en avaient rien à foutre des mises en garde et des conseils de modération. Au contraire, leur cri de guerre était « Hara Kiri » et comme on leur avait écrit qu’ils étaient « bêtes et méchants », ils l’avaient revendiqué sous le titre de leur infâme torchon.

wolinski

C’était des empêcheurs de dormir, des entarteurs avant l’heure belge. Les drapeaux ricanant de la satire et de la caricature claquaient au mat de leur navire. Chaque semaine, ils scandalisaient les prudes et régalaient les petits vicieux cachés dans le cochon qui sommeille avec de nouvelles effronteries.

Wolinski et les femmes

C’était gros, c’était souvent gras, voire libidineux, c’était toujours excessif et parfois injuste, mais cela oubliait d’être con. Ce n’était ni bas, ni vil, ni facile, ni racoleur. Grossier plus souvent que mignard, mais jamais vulgaire, car sous leur airs de fripouilles, de canailles et de vauriens se cachait une sacré bande de princes, d’aristocrates et d’hommes d’honneur. Il y avait toujours de la bravoure dans leurs défis. – « A la fin de l’envoi, je touche ! » N’est pas caricaturiste ou polémiste qui veut, il ne suffit pas de forcer le trait pour être Daumier ou Rochefort.

En novembre soixante-dix, le gouvernement excédé canonne l’embarcation des séditieux : « interdiction à l’affichage et à la vente aux mineurs ». Touché et coulé.

– Même pas peur, s’en fout la mort, s’époumonent les frères de la côte. Aussitôt un nouveau radeau apparait, ce sera le premier Charlie.

racistes

cul de juive

télé

Quarante cinq ans plus tard. Nous vivons un âge schizophrène de rigolade stupide, de dérision médiatique permanente et simultanément de susceptibilité communautariste généralisée à fleur d’épiderme.

CanteloupRuquierchanouarthur

Thiaba Vingt-Trois Cukierman Marwan Muhammad

Le temps est à la connerie lamentable diffusée en boucle, au moins que nul (Baudrillard soulignait : « La nullité est une qualité secrète qui ne saurait être revendiquée par n’importe qui. ») et à un désir mou de tolérance de bon goût : « on ne devrait pas se moquer de ça ni de nous ».

Passé le choc accablant et le sursaut de révolte qui ont suivi les tueries de janvier, on sent à nouveau sourdre un appel veule à la modération, à la retenue. Il y aurait finalement des limites à la bonne et saine caricature. Il ne faudrait pas trop secouer la société au risque de la casser, déjà qu’elle est mal en point. Il ne faut pas blesser inutilement, il ne faut pas humilier ceux qui se sentent stigmatisés, il faut faire preuve de plus de magnanimité. Surtout envers les religions, clament les prêtres dans une belle unanimité. On est passé de « Touche pas à mon pote » à « Touche pas à ma foi ».

Donc, l’indispensable et sain blasphème, bien que légal n’est toléré que du bout des lèvres et vivement déconseillé ainsi que les blagues racistes, les plaisanteries antisémites, les vannes homophobes (LBGT-phobes), les polissonneries machistes, les cochonneries salaces sexistes, les railleries à propos des handicapés moteurs et mentaux, les parodies à caractère ethnique ou anti-européennes, les mises en boite des chauffeurs de taxi et les vacheries à propos des fonctionnaires.

On évitera systématiquement le second degré qui n’est pas accessible à tout le monde. Pour ventiler et se pisser dessus de rire, il nous reste tout de même la possibilité de brocarder les grands patrons, les banques, le corps politique national dans son ensemble lequel est largement consentant ainsi que les animateurs de télévision et les artistes de variété qui savent qu’en bien ou en mal, peu importe, l’essentiel c’est qu’on parle d’eux.

Par contre, comprenez-moi bien, le bras armé du glaive de la justice ne doit pas trembler. Il s’agit d’être d’une vigilance sans faille, tolérance zéro, je veux des écoutes fines, des exécutions foudroyantes, des actions exemplaires, karcherisation implacable, compactage cellulaire obligatoire dés le premier pet de travers et que tout ce qui ne peut pas être utilement recyclé soit illico bouté hors de France. Est-ce-clair ?

C’est dans ce contexte que l’organisation de lettrés « PEN AMERICA free expression literature » (membre de l’ONG Pen Intl.) qui défend la liberté d’expression, l’amitié entre les écrivains du monde entier, la promotion de la culture etc., a décidé de décerner son prix annuel à Charlie Hebdo.

Parmi les 4 000 adhérents, il n’y a pas eu d’unanimité spontanée. Après le refus indigné de 6 premiers auteurs de participer à la cérémonie car Charlie est à leurs yeux un journal raciste et islamophobe, 200 autres ont signé une lettre de protestation affirmant qu’ils se refusaient à encourager Charlie à franchir aussi régulièrement la ligne jaune de l’acceptable. Il n’est pas inutile de souligner que de l’autre côté de l’Atlantique la laïcité française est une curiosité au mieux incomprise et plus généralement mal vue (une forme typique d’arrogance française et de mépris pour les autres cultures jugée intolérable).

pen dinner 2015

Sous haute protection policière, le cocktail puis dîner de gala de 800 couverts à 1 250 $ le strapontin s’est tout de même paisiblement déroulé au Museum d’Histoire Naturelle de N.Y. Il y avait du beau linge à table et pas de perturbateur nu bondissant sur la scène. Deux ambassadeurs de Charlie, Mrs Biard et Thoret, ont fait le voyage depuis la France pour saluer le public, recevoir le prix « du courage de la liberté d’expression », remercier le jury et recueillir une « standing ovation » des convives après avoir prononcé des banalités de circonstance : « Plus nous sommes nombreux, plus ils sont faibles« (sic).

pen charlie-2
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Mais un prix qui récompense quoi au juste ?

– La qualité du travail de caricaturiste du journal ? J’en doute.

– Le courage de la rédaction du journal engagée dans un combat héroïque pour la liberté d’expression ? Probablement, mais je ne suis pas certain que Charlie se soit jamais sérieusement considéré comme un journal militant pour la liberté d’expression. Pour la lutte contre la bêtise et l’obscurantisme, c’est certain, et la liberté d’expression est une condition pour que cela soit possible, mais Charlie n’était pas l’organe de Amnesty International. Malgré quelques rares avatars judiciaires sans conséquences, il y a longtemps que Charlie n’est plus poursuivi et sanctionné par la justice française. Défendre la liberté d’expression des autres ailleurs c’est honorable, mais ce n’est pas la même chose que de l’exercer sur place à ses risques et périls.

– Le défi lancé par Charlie au terrorisme islamiste en publiant des caricatures du prophète ? Je ne pense pas que les couvertures de Charlie étaient conçues pour foutre le feu au cul du Daesh ou d’Al Qaida. Ce n’était qu’un exercice de blasphème ordinaire. D’ailleurs le prix décerné se veut-il vraiment un encouragement à persévérer sur ce même thème ? J’en doute.

– Une manière d’honorer à titre posthume les douze victimes dont sept membres de la rédaction – et pas seulement cinq caricaturistes – assassinées par des terroristes ? C’est le plus simple et le plus probable. On évite de rentrer dans le détail, les ennemis de nos ennemis sont nos amis. Le monde occidental dans son ensemble s’est déjà senti solidaire de Charlie, s’est même déclaré être « Charlie » sans trop savoir au juste de quoi il s’agissait. On décerne donc à Charlie l’Oscar du Lion d’Or du Pen America de la liberté d’expression. Speech d’Alain Mabanckou qui rend hommage aux et à. Speech de Dominique Sopo de SOS Racisme qui a fait le voyage pour rappeler qu’il ne faut pas oublier que, ni que.

Je n’approuve pas.

tout foutre en l'air

Le choix de Charlie pour ce prix repose à mon avis sur un malentendu. Les américains ne possèdent aucune tradition de presse dédiée à la provocation, au blasphème, au grotesque et à l’outrage. Je pense que rares sont les américains familiarisés avec les codes de Hara Kiri puis Charlie sous ses différentes formes. Surtout c’est voler un peu tard au secours de la victoire, Charlie a déjà bénéficié d’un soutien médiatique considérable et n’avait aucun besoin d’un prix supplémentaire.

Je pense comme certains membres protestataires qu’une ONG américaine dédiée à la défense de la liberté d’expression aurait pu être mieux inspirée pour décerner son prix. Les combattants de la liberté d’expression méconnus méritant la protection que pourrait leur apporter la mise en lumière de leur travail par le Pen sont nombreux.

Faute d’inspiration, le jury du Pen aurait encore pu choisir Edward Snowden lanceur d’alerte en fuite depuis deux ans en juin pour échapper aux foudres de la justice américaine, ou Julian Assange que l’on commence à oublier, réfugié depuis 3 ans en juin dans l’ambassade d’Équateur à Londres bien plus pour échapper à la vindicte américaine qu’à la justice suédoise.

Je n’approuve pas la réception de ce prix par les deux ambassadeurs de Charlie. Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer ce qu’auraient été les réactions des pères fondateurs, Cavanna, Reiser, Choron, Cabu ou Wolinski si on les avait invités à aller chercher un prix de la liberté d’expression du Pen America à New-York devant un parterre de huit cents convives de la jet-set littéraire en tenue de soirée !

J’imagine plus facilement les couvertures auxquelles nous aurions échappé sur le sujet.

En hommage à Reiser.

Mise à jour du 9 mai :

Cela ne s’arrange franchement pas pas avec le bouquin d’Emmanuel Todd que l’on a connu plus sérieux et mieux inspiré. Mais pourquoi faut-il que le premier ministre, Manuel Valls en personne lui réponde ? Ne dispose-t-il pas d’un assortiment de plumitifs de gauche assermentés mobilisables en fonction des sujets ?

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