Pays possédant et appliquant une législation interdisant le blasphème.

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Dans pratiquement un pays sur 4 et pour 64% de la population mondiale, le blasphème est illégal et/ou fait l’objet d’une politique officielle de répression. Dans un pays sur 10, c’est l’apostasie qui est interdite et réprimée. Merci à Andrew Sullivan du Dish pour cette carte figurant dans son papier consacré à Charlie Hebdo et le renvoi vers le travail sur ce sujet du précieux Pew Resarch Center.

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La vérité de Leni.

Leni

Le 27 janvier vont se dérouler des cérémonies commémoratives du 70ème anniversaire de la libération d’Auschwitz et elle aurait été furieuse.

Je dois expliquer pourquoi. Je lui dois ça. Ce fut son dernier combat. Son ultime devoir de mémoire. Elle l’a mené pendant 60 ans, jusqu’en 2005. Pendant des années, elle a écrit avec courage et détermination des lettres aux journaux et aux institutions mémorielles. Elle a dit qui elle était, fourni son numéro matricule, indiqué des dates, nommé des lieux, raconté ce qu’elle a vu, ce qu’elle a noté, ce qu’elle savait. Elle donnait des preuves, citait des témoignages incontestables. Elle dénonçait un honteux mensonge international et consensuel. Un mensonge qui arrangeait tout le monde, un mensonge qui permettait de commémorer la « libération » d’Auschwitz en paix avec la conscience tranquille.

Mais ce que l’on racontait n’était pas la vérité. Ce qui se passait à Auschwitz était bien connu, mais n’a jamais constitué une priorité pour les Alliés, Auschwitz n’a  été « libéré » par personne. Quand les soldats de l’Armée Rouge ont atteint Oswiecim, ils ignoraient ce qu’ils allaient découvrir. Ils n’avaient reçu aucune consigne (Ceci est confirmé par les mémoires du Gl. Petrenko lui-même, dit « le libérateur » d’Auschwitz). Il n’y a pas matière à célébration ni à congratulations. Auschwitz a été abandonné par ses gardiens et ses kapos. La température mi-janvier 1945 était de – 25°. Il ne restait plus dans le camp que des agonisants et des malades intransportables. Le camp avait déjà été vidé et évacué par tous ceux qui étaient encore en état de voyager ou de marcher. 50 000 personnes environ. Elle, elle avait surtout marché, en longue colonne de femmes, puis en wagons à bestiaux découverts pour contourner Berlin, et ainsi de suite, 1 300 km vers le Nord, jusqu’à Ravensbrück d’abord, puis enfin Malchow, toujours dans le Mecklembourg. Et leur marche s’arrêta lorsqu’elles furent abandonnées sans eau et sans nourriture par leurs gardes SS et enfin rattrapées par l’Armée Rouge.

Elle a survécu, mais elle n’a pas été écoutée sur la fin de son histoire. Elle a perdu sa dernière bataille. Elle dérangeait avec son histoire de non-libération d’Auschwitz. On la remerciait pour tous ses témoignages antérieurs, mais on osait presque lui suggérer de ne pas insister inutilement  sur la non-libération d’Auschwitz au nom du symbole et de la noblesse d’ensemble de la cause du « plus jamais ça . Il ne fallait pas qu’elle compromette un grand dessein mémoriel en s’attardant somme toute sur des détails désormais sans importance. L’important, elle devait le comprendre, n’était pas l’exactitude pointilleuse du passé, d’ailleurs qu’est-ce que l’exactitude ?, mais la tâche que nous réservait l’avenir, la transmission, le devoir de mémoire, etc.

Elle n’était pas d’accord. A ses yeux, le fait que les déportés d’Auschwitz ait été consciemment abandonnés à leur sort par les Alliés jusqu’au tout dernier jour devait être inlassablement répété, car si l’on ignore cela, la leçon et la morale de l’histoire demeurent dangereusement incomplètes.

Juifs ou pas, vous pouvez parfaitement appeler au secours jusqu’à l’agonie sans déclencher plus qu ’une impuissance navrée. Cela fut démontré, encore et encore. Elle pensait que c’était utile de faire part de son expérience pour l’édification des générations futures.

Elle s’appelait Leni. Je l’ai cru. C’était ma mère.

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Jüdishes Museum Berlin.

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Tout commence par une descente.

On n’entre pas ici.

On ne pousse pas de porte.

On pénètre d’abord dans le sas de l’âge classique.

Clarté, esprit des lumières, modeste triomphe de l’architecture

célébrant les arts et la philosophie.

Seulement alors s’engager dans le sujet, descendre dans l’ombre sinueuse.

Une immersion en apnée en suivant un chemin vitrifié de roche brulée.

Tout de suite se heurter et se blesser aux 3 aXes.

AXES

sections, segments, angles, lignes brisées, éclats, chaos, désorientation.

Plus rien n’est droit, plus rien n’est plat, plus rien n’est naturel.

Cela monte, cela coupe, cela tranche, cela penche.

Marcher demande un effort. Respirer une victoire sur l’oppression.

La lumière est là, sans être là, c’est une lumière absente.

L’aXe final de la suie humaine.

A dead end, une fin morte. La terminaison des juifs, la chute de Berlin. Le nadir crépusculaire.

Première lourde porte de métal, froid immédiat, béton et silence granuleux, le silence propre au béton, le vide, la fente lointaine qui ne laisse passer aucun rai de lumière jusqu’au sol, seulement une fissure blanche par laquelle s’échappent un peu des ténèbres, une ouverture vers le haut mais le ciel est perdu.

L’aXe de l’eXil.

L’aXe de l’arrachement et du déséquilibre. Le clivage. L’amputation, l’errance et l’injustice. Les juifs sans Berlin. Berlin et l’absence des juifs.

Deuxième lourde porte de métal. Un jardin carré de vertiges. 49 silos rectangulaires porteurs d’un chapeau de végétation hors d’attente. Dédale. Le sol se dérobe. Le monde bascule. L’horizon est malade. L’exil c’est tout de suite la fuite des repères.

L’aXe du temps qui passe.

La présence de la mémoire, la continuité du tissus de la vie. Berlin et les juifs, inextriqués.

La remontée du temps. La lente et longue ascension, émergence du désastre, sortie des fondations imprescriptibles vers la survivance, vers ce qui demeure. Le muséal. La restitution, la reconstitution, le récit, ce qui témoigne.

Progression accidentée dans un dédale de 3 000 m2 et 2 000 ans d’histoire. Un cheminement syncopé dans une lumière faussement chaude. L’accumulation d’objets, d’images, d’informations, le plein, l’abondant, alternent avec des blancs, des vides ; on s’engage dans de courtes impasses qui témoignent d’absences, de disparitions. Le musée a rendu compte. Maintenant, il faut redescendre, se confronter de nouveau aux 3 aXes avant de pouvoir retrouver l’air, libre.

(Amicalement dédié à L.F.G.)

Architecte Daniel LibeskindExtraits d’une conférence de D. Libeskind sur architecture et mémoire.

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Overdoses !

Je suis en overdose.

En overdose de la soudaine et angélique Charliephilie ambiante jusque dans l’absurde et même l’écoeurant. 7 millions d’exemplaires vendus, on croit rêver. La moitié de la planète déclare crânement  « Je suis Charlie », sans jamais en avoir feuilleté un seul numéro. L’occident chrétien (plus quelques rares adeptes) se mobilise en un seul bloc (enfin, à peu près…) pour la condamnation de la terreur intégriste (ça, ça va), pour la liberté de pensée, la liberté de parole (là ça grippe un peu ici et là). La plupart des pays n’osent pas pour autant montrer les caricatures en cause, on est solidaires mais pas téméraires et puis le blasphème c’est pas net. Je propose donc aux plus enthousiastes de la défense de la liberté d’expression de bomber le torse et de passer sans fléchir en phase 2, c’est à dire de porter maintenant des t-shirts : « CHARLIE IS A SISSY, I AM SALMAN RUSHDIE ! »

En overdose du lamento plaintif entonné par le milliard et demi de musulmans qui se déclarent personnellement douloureusement blessés, humiliés, offensés, outragés par l’ignominie de quelques caricatures qui, que, etc. publiées dans un canard satirique français tirant à  45 000 ex. (avant qu’on tente de l’exterminer) et qu’il fallait donc vraiment chercher avant de pouvoir s’offusquer au Niger ou ailleurs. Alors que les massacres continuels qui déchirent les musulmans entre eux ne provoquent que bien peu de vagues de désespoir et de consternation.  C’est hallucinant et terrifiant. Quelques caricatures du prophète, à priori réservées à un public d’amateurs avertis, provoquent dix sept morts en France et ce n’est pas fini, mais c’est surtout l’onde l’humiliation (mais pourquoi diable se sentir humilié?) provoquée et ressentie par d’honnêtes musulmans (modérés ?) que nous sommes invités à comprendre et déplorer et pour laquelle nous devrions peut-être même demander pardon.

En overdose de l’amalgame celui-là bien réel et volontairement entretenu entre religion et politique. Messieurs les religieux de tous les cultes (Mesdames ?) sortez la religion de la politique et inversement. On pourra régler les problèmes politiques et les problèmes sociaux par la politique et par le social. La religion  ne fait qu’envenimer les choses et ne résoudra rien. La solution sera laïque car il n’y a pas d’autre option. La situation dégradée des banlieues et des cités est assez douloureuse comme ça, sans qu’on l’arrose de religion et de conflit israélo-palestinien. Comme l’a si bien déclaré un intellectuel palestinien : « Nous souffrons d’être instrumentalisés. Nous recevons beaucoup trop de soutien de tout un tas de gens auxquels nous n’avons jamais rien demandé. »

En overdose du discours ambiant manipulateur et culpabilisant accusant la France entière ou presque d’amalgame entre terrorisme et Islam et s’alarmant de la montée toujours grandissante de l’islamophobie. Moi j’ai vu des millions de gens dans les rues qui ne demandaient qu’à vivre ensemble. Qui étaient assez lucides et fraternels pour définir leur « Je suis Charlie » en ajoutant : Je suis juif, je suis policier ou je suis Ahmed. Cela ne m’a pas semblé vraiment une attitude d’incitation à la xénophobie. D’un autre côté, il faut bien comprendre que nous ne lâcherons rien sur la laïcité, c’est du non négociable, c’est dans notre ADN depuis 1789.

Puisqu’on me soupçonne à priori de manquer de respect et surtout d’affection pour l’Islam, j’en profite pour dire que de mon côté  je commence à en avoir plein le dos des signes de mépris et de francophobie nauséabonds que propagent nombre (certains, plusieurs, trop, beaucoup mais certainement pas tous…) de mes concitoyens dans leur propre pays.

Mes chers concitoyens français de confession musulmane, il me semble que le premier moyen de lutter contre l’islamophobie, c’est de mettre de l’ordre vous mêmes dans vos communautés, chassez de vos rangs les propagateurs de haine, témoignez de votre confiance dans la laïcité et de votre engagement résolu et sincère pour la France. Pour restaurer l’entente, il faudra que chacun y mette du sien. Rien ne descendra du ciel. Quand à ceux qui attendent pour être heureux le grand soir ou la France sera enfin une province du Grand Califat, qu’ils s’arment…. de patience.

En overdose de l’emploi à tort et à travers dans les médias des expressions  » les Juifs français », « les Musulmans français », qui encouragent les communautarismes. Je ne connais que des Français de confession juive ou musulmane ou autre, ou mieux encore, des français sans confession.

En overdose de la démagogie révoltante du cynique Benyamin Netanyahu qui ose encore et encore pousser les français de confession juive à déserter, à abandonner leurs concitoyens et leur propre pays, à rompre la solidarité nationale, à trahir la république, à fuir honteusement devant la menace terroriste comme des lâches, alors qu’il joue les caïds inflexibles en Israël, où ils seraient tout aussi vulnérables, et déclare à qui veut l’entendre que personne jamais ne cèdera un pouce face à la menace terroriste etc… Offensant et ignominieux. Sans même parler de la politique expansionniste que mène Israël.  A vrai dire si les islamistes fanatiques n’ont rien à voir avec l’Islam comme quelques uns veulent bien le dire, à mes yeux Netanyahu et ses alliés ultra-orthodoxes n’ont strictement rien à voir avec le judaïsme.

Addendum 18/01

Et ma colère contre Netanyahu n’est pas redescendue. Faut-il lui rappeler qu’à Yad Vashem, il n’a qu’à chercher sur un plan, ce n’est pas loin de son bureau, il trouvera la liste des 3 560 Justes français identifiés, grâce auxquels et à de nombreux anonymes, près des 3/4 des Juifs résidant en France en 1939 purent échapper aux camps. Pour mémoire, en septembre 1939, la France comptait environ 300 000 Juifs se répartissant ainsi : 110 000 Français depuis plusieurs générations, 70 000 naturalisés Français et 120 000 étrangers et apatrides.  A ceux-ci s’ajoutèrent en mai 1940 près de 40 000 réfugiés Juifs de Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg qui avaient fui sous le choc de l’invasion allemande ; sans oublier les Juifs allemands, expulsés d’Allemagne en France par les Nazis après l’Armistice de 1940, dont par exemple 6 538 Juifs du Pays de Bade, du Palatinat et de Sarre ; nombre d’entre eux furent internés au Camp de Gurs. 75 721 Juifs furent déportés et 2 560 revinrent des camps.

A mes yeux, cela ne fait pas de la France le pays le plus antisémite ni le plus xénophobe du monde.

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Pendant ce temps-là…

Le blogueur saoudien Raif Badawi condamné à dix ans de prison pour apostasie et création d’un forum libéral a reçu publiquement une première série de 50 coups de fouets hebdomadaires, sur les mille auxquels il a été condamné.

raif

Son avocat Waleed Abu al-Khair, lui aussi activiste écopera de son côté de 15 ans de prison pour refus d’allégeance, insulte à magistrat et création d’organisation non licite.

Lire sur Al Huffington Post MaghrebNumerama, Amnesty Intl, The Independant.

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Charlie & Salman Rushdie.

Religion, a mediaeval form of unreason, when combined with modern weaponry becomes a real threat to our freedoms. This religious totalitarianism has caused a deadly mutation in the heart of Islam and we see the tragic consequences in Paris today.

I stand with Charlie Hebdo, as we all must, to defend the art of satire, which has always been a force for liberty and against tyranny, dishonesty and stupidity.

“Respect for religion”  (any religion) has become a code phrase meaning “fear of religion.” Religions, like all other ideas, deserve criticism, satire, and, yes, our fearless disrespect.

Salman Rushdie

La religion, une forme primitive d’irrationalité, lorsqu’elle est associée à l’armement moderne devient une menace très réelle pour nos libertés. Ce totalitarisme religieux a provoqué une mutation au cœur de l’Islam et nous en voyons les conséquences tragiques à Paris aujourd’hui.

Je me tiens au côté de Charlie Hebdo, comme nous le devons tous, pour défendre l’art de la satire qui a toujours été une force dans le combat pour la liberté, contre la tyrannie, la malhonnêteté et la bêtise.

Respect pour la religion (n’importe quelle religion) est devenu une phrase signifiant : Peur de la religion. Les religions comme toutes les autres formes d’idées, méritent la critique, la satire, et aussi notre courageuse irrévérence.

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