Mourir pour Zemmour ?

zemmour_csaIl est insignifiant Zemmour. C’est un pétomane médiatique. Bien sûr il y a beaucoup de gens qui le trouvent lucide et courageux, car selon la formule consacrée, Zemmour oserait dire à voix haute ce que tout le monde pense tout bas. C’est donc un mégaphone pour opinions honteuses, un porte-voix pour mauvaises consciences.

Comme le dit assez vertement Sagalovitsch : (Zemmour est) « un porte-parole des pissotières de la pensée réactionnaire. »

Le fait de les claironner bruyamment dans les médias n’en fait pas pour autant des vérités premières. Nos préjugés, nos idées reçues, nos idées préconçues, nos vieilles trouilles rances, ne se trouvent en rien sublimées, transcendées en lumière aveuglante parce qu’elles sont répétées à la télé ou ailleurs par Eric Zemmour.  Ce type n’est qu’un bateleur télévisuel. Il a monté un numéro qui marche. Les propos polémiques sur des sujets qui grattent, c’est son fond de commerce. Zemmour c’est le beaufre à Houellebecq. Il sévit sur plusieurs médias, journaux, radio, chaîne de télé… Ceux qui s’emmerdent, l’écoutent. Plus on cause de lui, mieux il se porte. La pire chose qui puisse lui arriver c’est qu’on le néglige, qu’on l’ignore, qu’on l’oublie.

Une chaîne de télé après s’en être abondamment servi décide de désormais s’en passer et vire le petit polémiste.  Je suppose qu’il a un contrat et qu’il va percevoir des indemnités, qu’il dispose de recours s’il estime la décision de la chaîne injustifiée… Banal, banal, banal. Eric Zemmour perd un de ses nombreux emplois, on ne va pas pleurer.

Et bien on devrait justement, pensent entre autres vaillants défenseurs de la liberté, J.F. Kahn, M. Onfray, Pascal Bruckner.

Ils n’ont pas peur de se mouiller à défendre Zemmour même si, bien entendu, ils ne partagent pas ses opinions. Et c’est même justement, – car dans cet affaire tout le monde est Voltaire, parce qu’ils ne partagent pas les opinions de Zemmour, qu’ils le défendent, car  la liberté d’expression  est un droit sacré, qui , que, quoi, dont, où, comment, etc. Blablabla.

« C’est une fatwa médiatique » (sic !) déclare J.F. Kahn qui n’a pas peur des mots excessifs et odieusement déplacés, car justement, une ignoble et véritable fatwa (pas une virtuelle, mais un vrai appel au meurtre) vient d’être lancée en Algérie contre l’écrivain Kamel Daoud, à laquelle il répond de la plus belle et courageuse manière.

Onfray, n’est pas du genre à se laisser damer le pion par Kahn. Après avoir vu son dernier ouvrage (La passion de la méchanceté…) éclipsé dans les médias et surtout chez les libraires par l’oeuvre méchante et passionnée de Valérie Trierweiler,  Il n’a pas peur d’en rajouter. « En France, on ne polémique plus : on assassine, on méprise, on tue, on détruit, on calomnie, on attaque, on souille, on insinue… »,  déclare doctement le professeur de philosophie dont l’horizon politique est occupé par la figure emblématique de  Jean-Luc Melenchon. Quitte à être ridicule autant aller jusqu’au bout, surtout n’ayons peur de faire gros pour être mieux entendu.

Quand à Pascal Bruckner qui déclare tout simplement : « Dans cette affaire, nous sommes dans une version soviétique du socialisme » (sic), il voit la sinistre main du traître Hollande qui s’insinue sournoisement dans les couloirs de Canal Plus pour manipuler les dirigeants de i-Télé et s’engager dans une opération de récupération (?) du vote musulman… »Manifestement, quinze jours après avoir fait de l’antisémitisme une cause nationale, Hollande est parti à la reconquête (?) de l’électorat musulman » (re-sic)…. Et d’évoquer les mannes de Camus, forcément Camus.

A ne pas nous mobiliser comme un seul homme, la poitrine offerte aux balles pour défendre Zemmour et sa liberté de parole en France, on ferait le jeu de Marine, de Staline, de Poutine et de Kim Jong Un.

En fait, si Onfray et Kahn réagissent si fort, c’est qu’au nom de la liberté de penser, ils défendent leur croûte, celle de la confrérie des amuseurs-chroniqueurs de l’actualité.  Ils mangent au même râtelier de la politique spectacle que Zemmour. Ce ne sont que des Guignols de l’Info, à peine différents de ceux Canal. Quelque soit leur bord, s’ils en ont un autre que de convenance,  rien de bien neuf ne sort de leur bouche, tout est nul et inversement, surtout les politiques et en France tout fout le camp.  Du coup, si on peut virer Zemmour sans provoquer de vagues, ils sont tous menacés. Il sont tous consommables et jetables. La télé sans eux nous avertissent-ils, ce serait horrible, ce serait 1984, ce serait Big Brother, ce serait la RDA, ce serait la pensée unique, ce serait terriblement ennuyeux.

Ce qui me donne l’idée d’une émission de type « The Voice politique », « Polémique avec les stars ! », ou encore mieux : « Top pol' ». Le public pourrait en votant protéger ou éliminer des candidats sélectionnés et coachés par Zemmour, Kahn, Onfray, FOG,  jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul champion de la polémique politique le Grand PolPol, qui décrocherait une place dans un super talk show politique.

On commence à se rendre compte que ces nombreuses émissions où l’on oppose un gladiateur de droite à un gladiateur de gauche, n’ont rien du débat d’idées, ne sont même pas de la polémique, ce n’est que de la variété à prétexte politique. Des Grosses Têtes qui ne disent pas leur nom. Elles se succèdent quotidiennement, à la télé, à la radio, celle du jour est sans conséquences, elle chasse celle de la veille et sera remplacée par celle du lendemain. Les deux compères s’entendent comme des larrons en foire, ils n’existent que par paire, aucun n’est capable seul d’occuper la scène. Zemmour et Domenach, c’est Pipo et Dario, Gugusse et Mimile.

Virer Zemmour de i-Télé, ce n’est pas virer un mauvais et triste pitre, c’est compromettre la survie de tous les autres dans le fromage médiatique.

Polémistes et chroniqueurs unissez-vous ! Résistance ! Boycottons i-Télé ! Pour la liberté d’expression et la défense de nos avantages acquis ! Tous dans la rue ! Grève illimitée du commentaire !

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Modiano en diffuseur.

C’est avec un immense plaisir que je m’autorise à reproduire ci-dessous la critique littéraire d’Eric Chevillard à propos du dernier roman de Patrick Modiano (incompréhensible prix Nobel de littérature), parue dans Le Monde en octobre et que je n’avais pas lue.Modiano

Patrick Modiano, créateur d’ambiance.

Pour certains écrivains, l’unité de mesure est la phrase. Chacune doit produire son effet, que celui-ci soit poétique, humoristique, dramatique ou euphonique. Si elle s’articule évidemment aux autres, elle vaut pour elle-même, on peut l’isoler, on pourrait la citer. Pas ou peu de phrases prétextes pour ces écrivains, de phrases ouvrières destinées seulement à faire progresser l’intrigue. Leur art est aussi impérieux que celui du ferronnier. Secrètement, ils voudraient retordre ainsi à leur convenance chaque mot, chaque syllabe, chaque lettre peut-être.

Mais d’autres auteurs, à l’inverse, ­tiennent la phrase pour la pièce neutre d’un puzzle. Sa découpe particulière est anodine, elle n’existe que pour faire corps avec les autres et créer ce que nous appellerons une atmosphère. Prenons l’œuvre de Patrick Modiano. Ses romans ne sont pas des livres mais des aérosols : ambiance Modiano. Celle-ci se diffuse doucement dans notre petit salon de lecture et souvent en effet elle ravit notre âme : De si braves garçons ou Un pedigree (Gallimard, 1982 et 2005).

Patrick Modiano est depuis quarante-cinq ans une belle figure de notre littérature, un écrivain qui vit son succès avec une élégante modestie et poursuit incontestablement une quête personnelle dans les brumes du passé. Il forme avec J. M. G. Le Clézio une sorte de couple dont l’antagonisme littéraire ordonne une symétrie aussi parfaite que celle des deux hémisphères. D’ailleurs, ils se partagent le monde. Au premier, la mer, le soleil, l’azur ; au second, le crépuscule, le brouillard, les matins blêmes, ou encore cette « tristesse qui s’accordait bien à la terrasse déserte où l’éclairage laissait des zones de pénombre ».

J’extrais cette phrase du nouveau roman de Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier. On connaît la dilection de celui-ci pour la géographie et la toponymie parisiennes. Elle se vérifie ici encore et le lecteur a parfois l’impression de suivre un itinéraire scrupuleusement détaillé plutôt que de lire un roman. A recommander aux touristes en visite dans la capitale. Sans compter qu’un livre dans le vent d’automne se ­replie beaucoup plus facilement qu’un plan. On me pardonnera ces innocentes moqueries. Je me les permets car, cette fois, le charme opère surtout en référence à une œuvre dont ce roman n’est que l’évocation fluette. Lui-même se ­dérobe à toute appréhension. Les inconditionnels vanteront encore la fameuse « petite musique », mais n’est-ce pas la définition même de la rengaine ? Comme le roman est mince (150 pages), on parlera d’une épure. Certes, mais la littérature selon Modiano est déjà tout en ellipses et, s’il persiste à l’amaigrir encore, les mots eux-mêmes y seront bientôt implicites. Et que restera-t-il alors ?

« Presque rien. » Ainsi commence le roman et l’on pourrait sans doute y lire le credo de cette esthétique littéraire du moindre, du ténu, du flou, de l’évanescent. C’est pourtant l’histoire d’une tentative d’élucidation. Le passé se rappelle soudainement au souvenir de l’écrivain Jean Daragane lorsqu’il reçoit l’appel téléphonique d’un homme qui a retrouvé son carnet d’adresses et qui enquête comme par hasard sur l’un des noms qui s’y trouvent inscrits, Guy Torstel. Ce dernier n’évoque à Daragane que de très vagues et confus souvenirs qu’il s’efforce alors de préciser. Cette remémoration, qui le ramène à son enfance, est elle-même trouée d’autres flash-back, si bien que, à défaut de se perdre dans le quartier, le lecteur ne sait bientôt plus quelle heure il est ni en quel temps il se trouve. Le mystère se rapporte-t-il aux secrets honteux d’anciens collabos ? Tout cela ne serait-il qu’une hallucination de la mémoire ? Rien n’est sûr. Plusieurs époques se superposent, Paris se cache dans sa banlieue, Daragane lui-même semble très désemparé : « Cette période de sa vie avait fini par lui apparaître à travers une vitre dépolie. (…) on ne distinguait pas les visages ni même les silhouettes. »

C’est un peu le problème, en effet. L’homme qui a retrouvé le carnet se révèle à son tour n’être « qu’un employé fantôme d’une agence imaginaire ». Il est flanqué d’une jeune femme, Chantal, qui inévitablement rappelle à Daragane une autre Chantal qu’il a connue jadis (ou était-ce naguère ?). Selon Modiano, la vérité des êtres et de leur histoire n’existe que dans le passé, un passé qui se dérobe encore lorsqu’ils font l’effort de s’y ­transporter. Nous sommes en deçà de la nostalgie ; le temps fuit par le fond comme la fumée d’un pot d’échappement. Du coup, nous progressons à re­culons dans ce jeu de piste émaillé aussi de références secrètes, une réplique cachée du Pickpocket de Robert Bresson, ou les noms du philosophe Maurice Caveing et de Minou Drouet.

« Tout ce passé était devenu si trans­lucide avec le temps… une buée qui se dissipait sous le soleil. » Hélas, c’est bien l’effet que nous fait ce roman. Il s’évapore à mesure que nous le lisons. Et nous pouvons nous demander si Patrick Modiano, las à la fin des brumes cotonneuses, des boutiques obscures et du café amer de la jeunesse perdue, ne fait pas sien ce regret joliment exprimé par son personnage de n’avoir pas été plutôt « un Buffon des ­arbres et des fleurs ».

Je m’autorise également, avec un non moins grand plaisir, à reproduire le post N°2452 paru sur l’Autofictif , le blog d’Eric Chevillard.

Voilà de longs mois déjà que je ne réponds que par des blagues aux propos insultants de Pierre Bergé à mon égard. Je ne suis pas de ceux qui pensent en effet qu’il devrait s’interdire de donner son avis sur ma chronique du Monde des livres au prétexte qu’il est propriétaire du journal. Emporté par sa vindicte, il lui arrive cependant de me calomnier – ainsi mon article sur Modiano n’était pas un éreintement en règle, mais une critique respectueuse et nuancée.

Puis voilà que j’apprends qu’il me traite maintenant de connard (sic) depuis la branche de Twitter où il croasse ses imprécations. Cela confine au harcèlement moral, non ? J’ai donc le choix : ou bien je lui envoie ma démission – mais pourquoi pas des fleurs avec ? Ou bien je m’immole par le feu dans le hall du journal.

Ou j’attends plutôt qu’il me vire ; et au moins les choses seront claires.

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Apprenez le geste qui sauve.

Tout sèche et douloureuse ? Laissez tomber les pastilles et les sirops.

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Enlevez les germes et rapez finement deux belles gousses d’ail (du Lautrec rose, c’est le top).

Versez un verre de lait dans une casserole, ajoutez l’ail. Portez à ébullition.

Laissez refroidir. Buvez.  (Yes you can !)

Une fois le matin au lever, une fois le soir au coucher. Pendant deux jours.

Magique !

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« La corruption est en force. Le talent est rare. La corruption est l’arme de la médiocrité qui abonde. » Balzac.

corrupt

La France, ce petit pays que l’on juge un petit peu plus corrompu que les Emirats Arabes Unis, ex-aequo avec le Qatar (décidément on ne se quitte plus !) . Bref rès loin derrière le Danemark, la Nouvelle-Zélande, la Finlande… 10 places derrière la Barbade. Rapport de Transparency Intl.

corruption France

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