Dondedieu est une enflure ordinaire.

Je n’avais pas très envie d’écrire à propos de Dondedieu. Pas envie d’ajouter mes lignes aux déjà trop nombreuses pages qui traitent du sujet. Parce que je m’en fous de Dondedieu. A titre personnel, il ne mérite pas l’honneur qu’on lui fait et on s’attarde sur le lampiste au lieu de s’attarder sur ce qu’il signifie. Mais la chose est devenue tellement énorme, que je me jette à l’eau.

Dondedieu est militant pro-palestinien et anti-sioniste, c’est son droit le plus strict. Par contre, Dondedieu a forcément tort de tenir des propos antisémites au nom de son anti-sionisme. Mais  Dondedieu n’a pas tort de penser que l’on s’appesantit beaucoup plus sur la Shoah que sur l’esclavage et le colonialisme. Il n’est pas interdit non plus de se demander pourquoi.

Il n’est pas faux de penser que toutes les mémoires douloureuses ne pèsent pas le même poids dans la société française d’aujourd’hui. Il serait inquiétant de ne pas pouvoir le dire.

Reste que le petit commerce de Dondedieu c’est l’amalgame vague, mélanger tout, insinuer, semer le doute et le trouble dans des esprits bien trop faibles et paresseux pour penser par eux-mêmes ou rechercher les faits derrière les allusions.

Les sous-entendus, les allégations, les rapprochements fallacieux de Dondedieu, suffisent pour le faire apparaître à bon compte aux yeux des naïfs, en rebelle justicier, en héros de la contestation , dénonciateur des sinistres complots ourdis dans des recoins sombres par des judéo-nantis et des américano-pourris.

Dondedieu serait ainsi le hérault des faibles, le zorro des sans voix, il ferait une gigantesque « quenelle » aux puissants du monde. Ah, le brave, le courageux Dondedieu ! Il y doit bien y  avoir des abrutis pour croire que Dondedieu « défie » le système et qu’il est une sorte équivalent français des Pussy Riot, un Femen barbu, un Snowden noir.

Encore un qui « ose dire tout haut ce qu’on pense tout bas », disent ceux qui ne disent ni pensent, ni haut, ni bas.

Dondedieu a tort de compter et voir des juifs conspirer partout dans les médias, la finance et je ne sais où afin de nourrir la fascination populiste du complot… La fumeuse pieuvre juive étranglant le monde. Pauvre bête, elle a bon dos, depuis le temps… Ceci-dit il n’a pas tort de vouloir faire remarquer qu’il y a fort peu de noirs et de maghrébins à des postes clés dans les médias, la finance et je ne sais où, afin de démontrer que notre société n’est pas aussi égalitaire qu’elle veut bien le dire. C’est la seconde partie de son discours qui accrédite l’idée fausse de la première.

Dondedieu n’est pas un monstre. Dondedieu n’est ni un pervers ni un fanatique. Dondedieu est une enflure ordinaire, un pur produit vulgaire et bas de gamme de notre société de la franche rigolade. Il lui flatte sa croupe consentante. Il y a aussi du Bigard chez Dondedieu.

Nous ne pouvons que nous en prendre à nous-mêmes, non seulement d’avoir réuni les conditions de son émergence, mais et c’est bien pire, de lui avoir fourni un public. Un public grandissant de jeunes pseudo-rebelles mais vrais ignares (nous en produisons en masse) qui plus on s’en prend à lui, plus ils le considèrent, si ce n’est comme un prophète, au moins comme un bouc émissaire du système. Ce que hélas, à force de bêtise politique insistante et d’opportunisme médiatique avide, nous avons fait de lui. Et plus il fera la une des magazines, plus on s’interrogera sur ce qu’en pensent Valls, Taubira, Hollande ou Fillon, Copé, plus on lui donnera une importance totalement disproportionnée au regard de son insignifiance.

Dondedieu triomphe sur son socle. Pourtant ce type est des plus médiocres en qualité de professionnel du ricanement. Son talent d’humoriste est de troisième zone. Il a désespérément besoin du scandale pour se faire remarquer.  « Shoa-nanas », chante-t-il, voilà le système Dondedieu révélé en un tropicalembour jugé profanatoire et sacrilège. Tout est dit. Mais aussi ringardes soient ses provocations, cela suffit pour heurter le CRIF, le MRAP, etc., qui bondissent et dénoncent et condamnent, et poursuivent devant les tribunaux, et donc dans un mouvement parallèle lui procurent le soutien d’un public d’abrutis fidèles, socialement en réseau, qui tambourinent illico « Dondedieu, click, Je l’aime » par centaines de milliers sur leur smartphone… « Ami » et « aimer », deux mots dont la valeur est en chute libre.

La question du moment qui relègue le reste du monde (économie, politique, international…) dans les brouillards de l’arrière-plan, perturbe jusqu’aux ministres et même le Président Hollande en déplacement est donc : « Que faire de Dondedieu ? ». Elle signe notre défaite collective. Il n’y a rien de particulier à faire avec Dondedieu, ce type n’est qu’un justiciable comme un autre.

Dondedieu c’est la défaite des parents, si Dondedieu parle aux jeunes c’est parce que nous avons démissionné de nos responsabilités éducatives et que nous avons laissé les enseignants se débrouiller avec nos adolescents révoltés et s’enfoncer avec eux dans un système agonisant, sclérosé, paralysé par ses échecs, qui implose lentement et interminablement.

Dondedieu c’est la défaite des électeurs –je parle de ceux qui se déplacent encore pour aller voter -,  parce que les politiques de tous bords que nous avons écoutés, choisis, soutenus et élus, ont prouvé depuis plus de 30 ans qu’ils étaient incapables de trouver une alternative laïque et républicaine à opposer aux communautarismes qui recrutent et prospèrent sur le terreau fertile de l’effondrement social des périphéries urbaines, mais pas seulement là. Le vrai bourbier, ce n’est pas le Centre-Afrique ou le Mali… c’est la banlieue des métropoles.

Dans cette farce tragique qu’est devenue la France d’aujourd’hui, tout le monde développe désormais un sentiment victimaire (corporatiste ou communautariste, automobiliste, cafetier, contribuable, juif ou musulman, tous des victimes), tout le monde se sent en but à l’humiliation, à la stigmatisation, à l’ostracisme, à l’injustice etc. Nous sommes tous des lapidés en puissance, en attente d’excuses de la part des autres. Mon athéisme laïc est quotidiennement bousculé par la prolifération publique des signes religieux. Je ne veux pas de voile à la Poste, ni de crèche de Noël dans ma gare ! C’est Noël d’accord, alors oui au sapin, mais non au petit Jésus dans les lieux de la République. A vous de vous exprimer.

Nous vivons une situation parfaitement schizophrène. On écoute en stéréophonie, canal de droite un discours assommant de propos politiquement corrects plombés  et canal de gauche (ou inversement) sa dénonciation convenue, vitupérante, tout aussi exaspérante.

D’un côté, le moindre adjectif déplacé embrase aussitôt la foule des perpétuels indignés à fleur de peau, qui se sentent offensés, rabaissés, méprisés, qui réclament réparation, procès, sanctions, interdiction.

Les propos racistes, les vannes antisémites, les blagues homophobes, les plaisanteries sexistes, sont intolérables au pays des Lumières. Lesquelles Lumières se bidonnaient devant leur télé en regardant il n’y a pas si longtemps le subtil Michel Leeb esquisser d’élégantes  imitations des manières de parler hautes en couleurs, mais si poétiques, de nos frères anciens colonisés.

D’un autre côté, nous réclamons tous la liberté d’expression, le droit à la parole, inconditionnels, garantis, souverains et universels. Nous protestons comme un seul homme contre l’étouffement de toute pensée, même incorrecte, écrasée par le conformisme bien pensant, la chape de plomb de la langue de bois et le bulldozer de la pensée unique.

Nous sommes tous apôtres de la tolérance, des Voltaire qu’on étouffe. Heureusement, qu’il y a eu la courageuse publication des caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo pour apporter un peu d’air à nos esprits avides de liberté. Difficile de faire mieux que les caricatures de Mahomet pour souder un peuple de libre-penseurs frileux…

S’ajoute à cette situation déjà débilitante, la dictature épuisante de l’ironie, de la caricature, du jeu de mots, du sarcasme, de la goguenardise, du persiflage. Tous permanents, omniprésents et multimédias. Le Président de la République Française s’appelle pépère, ou Flanby capitaine de pédalo. Et ainsi de suite, jusqu’aux injures faites à Mme Taubira, mais quel manque d’humour de sa part, c’était seulement pour rire ! Merci les Guignols, les Grosses Têtes, Canteloup et assimilés, en France on a le chômage qui monte, l’insécurité qui fait peur et la récession qui menace, mais pas de prise de tête, ça va quand même pas nous empêcher de rigoler.

Pour témoigner de notre totale liberté de pensée, on peut se goberger de tout, surtout de ce qui nous effraie et de ce que nous ne comprenons pas. Le rire c’est la santé, rions donc à nous en faire péter la sous-ventrière. Le terrain est propice pour les bouffons sans talent et les tristes pitres. Oui, mais attention, d’autre part il y a des limites à ne pas franchir, il convient de respecter les sensibilités délicates, il ne faut pas heurter les susceptibilités qui ont le sommeil léger.

Dondedieu à la une des médias est bien à sa place et on ne l’a pas volé.

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Sur les jantes. Thomas McGuane.

sur-les-jantes,M68720Le dernier Thomas McGuane est sorti  en 10-18.  A la fois un grand roman, une vaste fresque, un riche panorama et une simple ( ?) vie d’homme unique et ordinaire dans l’Amérique provinciale. Du Montaigne en cinémascope. Le Flaubert de Madame Bovary sous le Grand Ciel du Montana.

Après 10 excellents romans, Thomas McGuane est sans doute le plus sous-estimé des écrivains américains contemporains. A mes yeux, le lumineux McGuane caracole – avec le sombre Cormac McCarthy – loin devant le reste de la troupe des Jim Harrison, Richard Ford, John Irving, etc. (Sans parler des speeds, des psys, des hypes, des intellos des villes et de celui qui attend toujours le Nobel de littérature).

Thomas McGuane dans son ranch.
Thomas McGuane dans son ranch.

McGuane est un écrivain qui vit à cheval dans son ranch du Montana où il élève des Angus noirs. Non seulement cela, mais il est membre émérite de la NCHA (National Cutting Horse Association). Autrement dit, à 72 ans il se distingue par son talent de cavalier capable contre la montre de sortir et isoler une bête à corne d’un troupeau (le « cutting »). Une discipline de compétition qui exige à peu près les mêmes capacités d’agilité et de rapidité de la part du cheval et du cavalier que le rejon.McGuane

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Sur les jantes est écrit de même, mais comble d’élégance, avec une feinte nonchalance, dans un faux effet de ralenti. Comme si toute cette vie de Milton Berle Pickett, petit toubib généraliste dans un bled perdu (tautologie) du Montana et les emmerdements confus dont il a le plus grand mal à se dépêtrer, étaient d’une grande banalité et ne méritaient qu’à peine d’être exposés. En fait, Sur les jantes de McGuane c’est un peu comme si Cervantès s’excusait de nous ennuyer avec un personnage aussi peu reluisant que Don Quichotte et la galerie de portraits qu’il lui fait traverser.

Sur les jantes est donc un énorme roman américain, à la fois ironique et drôle, mais généreux et tendre, poignant, le plus souvent étrangement serein. Un roman écrit à hauteur d’homme, un roman sans colère qui ne laisse aucune place au cynisme, à l’amertume, au bluff, aux effets de plume, aux postures littéraires étudiées. Un roman du Montana.

Sur les jantes nous entraîne dans un monde absurde où (heureusement) la vie n’est jamais simple, où il difficile de trouver sa place, souvent douloureux d’être soi-même, ambitieux de comprendre son prochain, délicat de s’entendre avec lui, mais un monde drôle et merveilleux où l’on peut facilement s’enchanter à la pêche à la truite (R. Brautigan n’est jamais très loin…) ou s’éblouir à l’envol d’un Autour des Palombes (Accipiter gentilis). Sans parler des possibilités de divertissement qu’offrent le bon vin, le sexe et certaines vieilles Oldsmobile 88 quand elles ne deviennent pas jalouses de redoutables femmes pilotes blondes.

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Sauf le respect dû au traducteur – Marc Amfreville – le titre américain est : « Driving on the rim ». C’est à dire littéralement : « En roulant sur la jante », ce qui n’est pas tout à fait pareil que « Sur les jantes« . Il me semble qu’il manque l’idée :  » Je roule peut-être sur la jante, mais je roule encore. »

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L’homme de l’année déclare : « MISSION ACCOMPLIE ».

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A lire (en anglais) un excellent article du Washington Post avec véritables morceaux d’interview d’Edward Snowden : Edward Snowden, after months of NSA revelations, says his mission’s accomplished.

A mes yeux, le titre d’homme de l’année résulte des actes mis en oeuvre pour transformer le monde, ce qui,  pour moi, fait d’Edward Snowden l’incontestable homme de l’année 2013, voire plus (!).  Quant au sympathique  Jorge Mario Bergoglio, un peu trop rapidement désigné homme de l’année par des médias pressés de satisfaire le plus grand nombre,  il lui reste encore à faire la démonstration de sa capacité à changer les choses pour le mieux. Je suis comme Saint Thomas, je ne demande qu’à voir.

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Dawn of Midi – Dysnomia. (Minimal accoustique).

Surprenant, déroutant. Ricanez cinq minutes : « l’électro ça me gonfle ! », mais restez branchés. Cela devient vite obsédant, envoûtant (je retire envoûtant, trop publicitaire !), magnétique au bout de 10 minutes, fascinant au bout de 20, et à l’usage très sensuel, et même discrètement sexy, donc indispensable. Goûtez la chose sur youTube, mais ce serait épouvantable une fois « accro »  de télécharger honteusement  la musique compressée et atrophiée depuis YouTube. Si cela vous excite l’oreille interne soyez prodigue avec les 3 musiciens de Dawn of Midi : Téléchargez « Dysnomia » ou le « Live » depuis iTunes ou ailleurs.

img-dawn-of-midi-real_152130766507The Brooklyn-based trio members’ diverse origins of Pakistan (drummer Qasim Naqvi), India (bassist Aakaash Israni), and Morocco (pianist Amino Belyamani) give clues into its polyrhythmic ideas. While there are hints of each member’s respective homeland, this experimental music transcends geography as the trio has captivated audiences with its unique live performances, documented in its self-produced 2011 release, Live.

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La vie est belle. La vie est plus belle. La vie est trop belle.

NKM-affiche

Un instant, mais un instant seulement, j’ai eu envie de massacrer la chose. L’idée géniale du « M » de Morizet en forme de coeur pour dire NK  « aime » Paris. L’idée subtile du Nathalie en cursives pour plus de féminité et de connivence. Et puis ces pavés dorés comme les croissants au beurre du dimanche et cirés-luisants après la brève ondée ou le passage de l’arroseuse municipale. Cette rue pour touristes américains, si parisienne, si pittoresque et si bien restaurée avec ses immeubles ravalés et ses commerces gourmands. Le couple qui avance confiant et serein; se tiennent-ils par la main ? Nathalie, magnifiquement blonde, lumineuse de jeunesse,  souriante de bonté, l’intelligence attentive, Nathalie, nimbée de simplicité dans son léger tee-shirt de pur coton blanc. Et puis l’idée suprême, le coup  audacieux de la démocratie participative : « Pour mon affiche, je laisse choisir les internautes ». Belle preuve de confiance. Nathalie s’offre à la foule de ses admirateurs, une sorte de plongeon en saut de l’ange depuis la scène politique dans les premiers rangs de son public : « Faites de moi ce que vous voulez ! ». (Musique please !).

C’est tellement riche qu’il y a une semaine de boulot pour un sémiologue, mais en gros on pige assez bien le message. On voudrait y croire. On voudrait en manger. Ce serait tous les jours un dimanche à la campagne. Paris-la-Fête, Paris-Bonheur. Un immense Amélie-Paris-Poulain, un Nouveau-Paris-Morizélande.

J’ai failli me moquer, ironiser, ricaner (il manque un accordéoniste)… et médire… Et puis j’ai pensé à la paille et la poutre.  Je me suis demandé ce que le camarade Patrick Mennucci allait nous pondre comme affiche pour remporter les municipales à Marseille…mennucci-

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La Jalousie. Philippe Garrel.

MouglalisUn bijou d’une heure dix sept. J’avais lu ici et là que la photographie en noir et blanc était particulièrement belle sans que l’on cite toujours le directeur de la photo. A la vision du film, j’ai immédiatement été pris effectivement par la richesse du noir et blanc, par sa sensualité, sa profondeur, son ampleur. La photo est pleine d’une nostalgie heureuse. Aucune tristesse, mais la plénitude et la mémoire du temps qui passe. Chaque instant compte. Chaque image compte. Chaque plan se mesure non pas en secondes, mais en nombres d’images. C’est du 35 mm. C’est beau comme seul l’argentique peut l’être, avec cette volupté qui échappe au numérique le mieux étalonné. Et le directeur de la photo est Willy Kurant.

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Une légende du cinéma. Le neveu d’une autre légende, Curt Courant, le génial chef opérateur de Fritz Lang, de Charlie Chaplin, de Jean Renoir, d’Alfred Hitchcock.

Willy Kurant qui a longtemps travaillé aux Etats Unis est discrètement belge. On retrouve son nom au générique de films d’Agnès Varda, Jean-Luc Godard, Orson Welles, Alexandre Pialat, Serge Gainsbourg et Philippe Garrel. Excusez du peu.

Ce que Willy apporte à La Jalousie, et à la mise en scène de Philippe Garrel, ce n’est pas seulement son savoir faire, c’est la sérénité de l’image, l’effacement de l’opérateur, l’oubli de la caméra, il n’y a jamais rien d’appuyé, rien de trop soutenu, rien d’insistant et pour autant, aucune mollesse. C’est en noir et blanc et cela ne pourrait pas être autrement. Le cadre est toujours rempli. Ordonné, avec de l’air qui circule (le souffle médian) mais généreux. Il y a en permanence cette légère tension qui retient l’attention du spectateur. On ne laisse rien passer. En regardant le film je pensais au conseil qu’à la fin de sa longue carrière John Houston donnait aux jeunes cinéastes : « Quand vous êtes satisfait du cadre, déplacez la caméra d’un pas en avant ».

Je le dis comme je le pense, il ne faut pas enterrer trop vite le cinéma de papa.

A part ça, oui, Louis Garrel vieillit bien, il est plus dense et sa présence à l’écran est effectivement magnétique. Non, je n’ai pas été aussi bouleversifié  que d’autres, par la vacation convenue d’Anna Mouglalis dans son personnage auto-fictif de « femme-blessée-plus-fragile-qu’elle-en-a-l’air-et-actrice-tourmentée-sur-ou-sous-évaluée », pourtant magnifiquement mise en image par Willy Kurant.

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Dany Laferrière à l’Académie Française, chapeau les immortels !

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Et au premier tour. Un canadien. Un Québécois. Un haïtien. Un nègre. Un pote d’Alain Mabanckou. Dany Laferrière siègera dans le fauteuil de Montesquieu et d’Alexandre Dumas fils à la suite d’Hector Bianciotti, le fils de paysan piémontais, l’argentin nostalgique, l’élégant francophone mystique, dont j’avoue ne pas avoir lu une seule ligne.

Un excellent écrivain Dany Laferrière. L’auteur d’un premier roman dont le titre à lui seul était un poème : « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ».  L’auteur d’un bref livre puissant et poignant : « L’énigme du retour ». L’auteur du magnifique, terrible et stupéfiant « Tout bouge autour de moi », son témoignage vécu (et plus) d’écrivain présent lors du tremblement de terre de Port-au-Prince le 12 janvier 2010 : « Haïti est là où l’on se sent haïtien ».  Grâce à Laferrière, moi aussi, je me sens un peu haïtien. L’auteur débordant d’humour et de malice du délicieux et subtil « Journal d’un écrivain en pyjama » qui ne peut que ravir tous les porteurs de plume. Laferrièrre sous la coupole, c’est une grande et belle journée aujourd’hui. Elle est pas belle la France ?

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MDA reject blood of MK of Ethiopian decent – Israel News

TamanoMDA reject blood of MK of Ethiopian decent – Israel News, Ynetnews.  A mes yeux, une horreur absolue, le 11 décembre 2013, le jour même de l’hommage rendu par le monde entier à Nelson Mandela (bien que le premier ministre israélien Netanyahu ne se soit pas déplacé car cela représentait à ses yeux une dépense excessive….), la député israélienne Pnina Tomano-Shata s’est vu refuser son sang par l’organisme de don du sang israéien (MDA) sous prétexte qu’elle est d’origine Ethiopienne et qu’une directive précise que son sang  jugé « spécial » ne peut être accepté.

Lire aussi Le Monde ici.

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Savouré sur le blog d’Eric Chevillard.

Une collection de Classiques & Contemporains à destination des élèves propose une édition de L’Enfant de Noé, roman de l’inénarrable Eric-Emmanuel Schmitt, « recommandé pour les classes de cinquième, quatrième, troisième (enseignement général) et pour les classes de seconde, première et terminale (enseignement professionnel) ». On voit en quelle estime sont tenues ces dernières, mais le plus beau reste l’argument suprême de l’éditeur : « En outre (apprécions comme il le mérite, voulez-vous, ce « en outre ») l’appareil pédagogique (l’appareil pédagogique !) est suivi d’une interview exclusive ( !)  d’Eric-Emmanuel Schmitt. »

l’auto fictif le blog d’Eric Chevillard.

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Rolihlahla, pour transfigurer le monde.

NELSON MANDELA – Ses cheveux en grains de poivre. Ses mains à la peau glabre et satinée, tendue, aux doigts replets. Ses poings fermés et pourtant doux comme deux amphores d’huile sacrée moulées de terre glaise pétrie et polie. La terre de Qunu. Ce balancement d’une jambe vers l’autre, ce sourire tendre et ces paupières pudiques, ces poings parant le plexus, non pour se protéger comme un boxeur, mais pour rythmer cette danse de la sérénité. La nation arc-en-ciel est proclamée, les résultats des premières élections libres, que certains appellent multiraciales, sont sans appel. C’est la première fois que je foule le sol sud-africain. Mais c’est déjà la deuxième fois que je rencontre Nelson Mandela.

Je m’étais blottie contre lui à Paris, en un lieu pourtant solennel, au ministère des Affaires étrangères. Sous le ciel d’un bleu austral, sous cette lumière à la fois vive et cordiale, il danse. Je suis fascinée. Figée comme un colibri ébloui par un alpinia fredonnant. Je le reverrai plusieurs fois. Et chaque fois, je cèderai au magnétisme.

Mais dès la première fois, ce pays inconnu m’est familier. Par la grâce de ses incomparables auteurs, de littérature, d’arts, de musique, de toutes expressions qui font la langue commune des hommes, sous toutes les latitudes où l’on refuse l’oppression, l’exclusion, la violence, l’aliénation, l’arbitraire. Et voilà la Terre, toute étonnée de se voir et se savoir assez ronde pour se mirer dans ce rêve grandiose d’une fraternité en actes, rêve si prompt à se dérober.

Voilà pourquoi Madiba est à nous tous. Voilà pourquoi quatre générations se sont emparées de ce sourire d’aurore, de cette voix pulmonneuse, de cette démarche qui s’assure à chaque pas que le sol ne se détourne pas. Voilà pourquoi nous n’avons pas le droit, même si nos esprits sont en lambeaux et nos âmes éperdues, même si l’horizon joue à s’esquiver, même si le monde est désorienté, nous n’avons pas le droit d’en faire une icône. De le désincarner. De le poncer, le lisser.

Tant d’élégance dans la fermeté, tant de douceur dans l’exigence, tant de constance et de clairvoyance, tant d’intelligence des moments et des lieux, déjà au temps des querelles fratricides, tant d’aptitudes à saisir en totalité cette humanité asynchrone, appellent au moins notre fidélité et la précision de nos mémoires: Madiba est un rebelle, généreux et résolu, courtois et buté, cultivant l’ambition d’entendre à la fois la voix intérieure qui dit le chemin de l’intégrité et le chant du monde sous le vacarme des égoïsmes, des insatiables voracités, des fureurs mégalomaniaques, des embardées de bons sentiments.

Je pleure, je ris, je frémis, je scande en écoutant Amandla! Miles Davis cherche, poursuit, aspire de sa trompette le saxophone de Kenny Garrett, Marcus Miller flatte vigoureusement sa basse, Joe Sample extorque à son piano des notes sans vacillation, et Bashiri Johnson percute, percute.
J’ai envie de me réconforter moi-même, de me consoler. Et je me dis, quoiqu’il arrive, le monde qui a donné naissance à Rolihlahla « celui qui vient poser des problèmes » et n’a pu l’empêcher de devenir Madiba, malgré, malgré tant et tout, ce monde ne sombrera plus jamais dans l’ignoble et l’horreur. Mais je sais qu’en ce moment même, je me mens. Alors, désemparée, avec Pablo Neruda je cède:

« Si je pouvais pleurer de peur dans une maison abandonnée
Si je pouvais m’arracher les yeux et les manger
Je le ferais pour ta voix d’oranger endeuillé
Et pour ta poésie qui jaillit en criant
Parce que pour toi poussent les écoles
Et les hérissons s’envolent vers le ciel »

Repose en paix, Madiba. Nos cœurs, ton linceul.

Christiane Taubira.

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