12 sur 20, à peine.

12-years-a-slaveJ’en attendais beaucoup. En sortant de la salle, gros malaise : C’est franchement un mauvais film. Le plus mauvais de Steve McQuen et son seul mauvais jusqu’à présent. « Hunger » et « Shame » étaient des films remarquables, personnels, ambitieux et audacieux. « 12 years a slave » est un pur produit classique hollywoodien, une banale machine à Oscar (On dirait un Spielberg des années 80).  Aucun risque, aucune surprise, tout est convenu, lourd, impersonnel et sentencieux. Les plantations rutilent, les couchers de soleil sont magnifiques, les salauds d’esclavagistes sont des gros salauds fourbes ou inhumains, les esclaves misérables cueillent le coton, chantent des negro-spirituals, d’une façon générale souffrent beaucoup, les coups de fouet font très mal  et beaucoup de barbe espagnole flotte le soir aux branches des vieux arbres du bayou.

Steve McQueen a complètement disparu dans l’affaire. Il ne parvient jamais à dépasser le niveau basique de l’émotion : « L’esclavage est une chose horrible. Je vais vous raconter une histoire épouvantable ».  Il ne réussit pas à briser les clichés, à  prendre de la hauteur et à imposer un point de vue neuf. Le film est un travail appliqué qui ne décolle jamais. Tout est attendu et besogneux. Le jeu des acteurs est tout juste moyen. Le héros  (la victime) de l’histoire est totalement amorphe et transparent, il ne parvient à générer ni véritable intérêt, ni même sympathie. Il s’exprime avec une préciosité et une éloquence incongrues alors qu’il est censé jouer les analphabètes pour sauver sa peau. Le malheureux Fassbender frise cette fois le ridicule dans sa restitution très « actor’s studio » d’un planteur si manifestement psychopathe qu’il en devient atypique.

« 12 years a slave » n’est pas le film attendu et espéré. Steve McQueen n’a pas eu la force de s’emparer du véritable sujet de l’esclavage, il n’a traité – a minima – que le scénario.  Gros dommage.

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Auteur : L'homme à la cloche

"La question que les temps veules posent est bien: qu'est-ce qui résiste? Qu'est-ce qui résiste au marché, aux médias, à la peur, au cynisme, à la bêtise, à l'indignité?" Serge Daney

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