CANDIDATE ISSUE DE LA SOCIÉTÉ CIVILE, ORIGINE CERTIFIÉE ET GARANTIE.

Floralie Desmirel-Convenu, 35 ans, est native de la société civile.

Floralie est née dans le quartier bourgeois de Beauregard. Après des études de lettres dans un lycée privé de la ville, elle poursuit sa formation dans une grande école de commerce dont elle sort avec un mastère. Floralie intègre alors une entreprise française leader dans la distribution de spiritueux. Rapidement, elle gravit quelques échelons, mais alors qu’elle est assistante de chef de produit elle rencontre son mari publicitaire. Révélation, elle décide après avoir donné naissance à leur premier enfant (Emma) de changer l’orientation de sa carrière et s’essaie à la publicité en tant que rédactrice free-lance. La gloire et le lucre sont rarement promis aux créatifs free-lance, aussi lorsque grâce à son relationnel familial elle a la possibilité d’intégrer une entreprise locale dynamique de prêt-à-porter à la mode pour s’occuper de la communication, elle n’hésite pas et accepte le poste. Dix huit mois plus tard elle donne naissance à Raphaël.

Dans le petit monde dynamique de Floralie on s’enthousiasme assez vite pour Emmanuel Macron et peu avant les présidentielles, avec quelques ami(e)s, elle franchit le pas de l’engagement et rejoint le mouvement En Marche. Macron est élu président, c’est l’euphorie. De  réunion en réunion, elle se pique au jeu, prend de l’assurance, elle met en avant ses qualités relationnelles et de communicante, sa connaissance du monde de l’entreprise, et se sentant soutenue par son entourage, elle tente un truc vraiment fou – elle n’y croit qu’à moitié mais tout de même, elle pose sa candidature  à la commission pour devenir candidate L.R.E.M. aux législatives.

Oh stupeur, oh tremblements, parmi 34 candidats, ça marche, elle est retenue ! La voilà désormais officiellement investie candidate L.R.E.M.  dans ma circonscription. Fierté de sa mère, joie des enfants, respect des voisins, applaudissements de tous les copains.

Affiche officielle , regard franc, sourire engageant avec la présence rassurante du président photoshoppé en arrière plan. Déclaration stéréotypée de la candidate au dos d’un tract distribué ici et là. Un Renault Kangoo blanc couvert d’affiches stationne dans les différents quartiers, près des marchés, dans les centres commerciaux etc. Interviews légers, mais avec photo dans les médias locaux. Mur Facebook rapidement monté. On soutient, on like, mais tout cela reste raisonnable.

15 candidats se disputent la circonscription : 3 sont des chevaux de retour (L.R., P.S., F.N.),   les 12 autres dont 4 trotsko-bolchévistes et 2 socio-écologistes, sont des inconnus complets tout comme elle. Mais très clairement, dans la lumière dorée des soirs de l’été approchant, surfant sur la vague du renouveau, portée par la houle de l’unanimité populaire, poussée par le vent de l’histoire, elle a plus qu’une bonne chance de devenir ma députée.

Oui, mais voilà : Ai-je vraiment envie de voter Floralie Desmirel-Convenu ?

Parce qu’elle vient de la société civile ?

Dois-je voter F.D.C. parce que c’est une femme ?

Parce qu’elle n’a aucune expérience politique ?

Parce qu’elle est près du peuple ?

Parce qu’elle sera une bonne représentante de la circonscription ?

Ou tout simplement parce qu’elle a été désignée par le comité de sélection de L.R.E.M ? Après l’âge des députés « godillots » est-ce désormais l’heure des députés en Converse ?

Député d’hier.
Député d’aujourd’hui.

L’argument du  « y a pas à tortiller, il faut donner une majorité au président, peu importe qui sont les députés, ils se formeront sur le tas » ne me satisfait pas beaucoup. Et si je vous dis que  cette soudaine nouvelle « qualité » de député, ce nouveau label tant attendu et vanté de : « Candidat issu de la société civile » comme on dit « Garanti sans OGM » ou « Élevé en plein air« , ne m’emballe pas plus que ça ?

Que finalement, je ne vois là aucun talent particulier, aucune conviction, aucune vocation, aucune implication, aucune  légitimité ou vertu remarquables. Je ne vois que du grand banal, quelqu’un qui suit simplement la tendance porteuse du moment et cela ne me suffit pas pour glisser avec conviction un bulletin à son nom dans l’urne.

Je suis comme beaucoup d’électeurs favorable à l’idée de renouvellement et de rajeunissement de l’effectif, je suis pour soutenir le président et lui donner les moyens de mener les réformes contenues dans son projet. Mais face au bulletin de vote « Floralie DESMIREL-CONVENU. Candidate La République en Marche »,  je ressens soudain comme un vide, un grand blanc. Mais d’où lui vient ce soudain enthousiasme pour la politique et la députation, elle qui ne « vient » pas du monde associatif, par exemple ?

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Juin 1967- Juin 2017. Triste anniversaire.

Je sens que je vais me faire des amis.

1967-2017. Cela fait donc 50 ans.

Qui n’a pas vu les images spectaculaires devenues légendaires et même mythiques pour beaucoup  de la victoire éclair d’Israël dans la Guerre des Six-jours ?

Photo Gilles Caron

Voilà l’origine des fameuses frontières de 1967 encore évoquées 50 ans plus tard comme base de négociation pour de la création d’état palestinien qui tel l’horizon plus on essaie de s’en approcher plus il s’éloigne.

1967-2017, mis à part le désert du Néguev restitué à l’Égypte et la bande de Gaza évacuée, la Cisjordanie elle, est toujours occupée. Les gouvernements israéliens et les résolutions internationales passent, mais la colonisation continue de façon ininterrompue (400 000 colons recensés en 2014).

1967-2017. Il y a sans doute matière à célébrer pour ceux qui estiment avoir quelque chose à fêter mais il y a aussi matière à mémoire douloureuse pour ceux, de part et d’autre des checkpoints, qui espèrent encore qu’un accord, un jour, permettra au moins à leurs enfants de vivre sereinement avec leurs voisins en pensant à autre chose.

Bien que cela me sera de toute façon reproché, je soumets tout de même une carte, une carte recherchée avec beaucoup de prudence pour ne pas être suspectée de complaisance avec « l’adversaire ». C’est une carte des restrictions d’accès  appliquées aux territoires occupés, établie par Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA). J’entends déjà les protestations sur le manque évident d’objectivité de ce bureau, et des Nations-Unies en général, etc. Qu’importe, une carte donc que voici.

En téléchargeant ce fichier qui est en .pdf  West_Bank_Access_Restrictions, vous pourrez l’agrandir de façon importante et vous retrouverez en détails, le mur, les limites des colonies, telles qu’en 2014, et bien d’autres informations utiles et importantes. La carte comme souvent parle d’elle-même, donc regardez-la attentivement et no comment.
1967-2017. A l’occasion de ce 50e anniversaire, Harper Collins publie sous la direction de Ayelet Waldman et Michael Chabon (Prix Pulitzer 2016), KINGDOM OF OLIVES AND ASH, (Un royaume d’olives et de cendres) un formidable recueil de témoignages d’écrivains de tous horizons à propos de leurs rencontres en Cisjordanie et de leur expérience de ce qu’est la vie quotidienne dans les territoires occupés.
L’ouvrage a été réalisés avec le concours de l’organisation non-gouvernementale israélienne BREAKING THE SILENCE, association de vétérans de l’armée israélienne qui diffuse de façon anonyme les témoignages des expériences vécues par des soldats dans les territoires occupés afin de rompre le mur de silence entourant ce sujet en Israël.
Parmi les auteurs figurent : Michael Chabon (USA), Mario Vargas Llosa (Peru), Maylis de  Kérangal (France), Colum McCann (Irlande) etc.

En p.j., téléchargeable illico, en .pdf, à l’œil, mais toujours en anglais, le superbe récit de Michael Chabon : The Tallest Man in Ramallah.

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Pendant ce temps, au Venezuela…

 » (…) Je ne ne connaissais personnellement aucune des victimes, mais leur mort me touche comme s’ils étaient mes frères, déclare un étudiant en comptabilité. Au début, j’en ai eu assez de manifester. Mais je continue. Je sais que c’est impossible de laisser tomber tant qu’on aura pas récupéré le pays. »

 

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Hanouna, sous-fifre incommodant.

UPDATE EXCLUSIF à la fin.(24-05-17)

Hanouna tu es pourri de la tête. Tu penses mal. Tu penses de travers. Tu sens mauvais du cerveau. C’est gênant.

Tu as tellement gonflé des chevilles et de tes cinq neurones que tu ne te rends même pas compte. D’ailleurs tu ne te rends plus compte de rien. Tu es un roi, tu es le Roi. The King of comedy ! Voilà, et les jaloux tu les niques tous. Malheureux, tu n’es pas drôle, tu shlingues ! Je pense à ta famille accablée. La honte collective. Le bon docteur et ta pauvre mère, comment elle doit être embarrassée dans son magasin, comment elle doit éviter les voisins. Même ton garde du corps, il préfèrerait promener le chien de Bigard.

Tu n’es pas le premier, tu ne seras pas le dernier. Il y aura toujours du profit à faire en chatouillant la connerie humaine là où elle aime ça, en lui flattant la croupe et en caressant ses préjugés nauséabonds.

Il y avait les plaisanteries de cul de corps de garde et de carabins, celles des comices agricoles, l’humour national ( « Un belge, un allemand, un italien et un français entrent dans un bar, etc. »), l’humour colonial (« Un nafouicain prézenttement ouentre dans un bhar etc. ») , les blagues antisémites et islamophobes ( « Shlomo et Mustapha entrent dans un bar etc. »), les vannes sexistes (« Deux blondes aux gros seins rentrent dans un bar etc. »), homophobes (« Un pédé et une gouine rentrent dans un bar etc. »), maintenant grâce à monsieur Bolloré qui sait jusqu’où il faut descendre pour faire de l’audience et du pognon à la télé, tu nous proposes le tout-en-un, re-packagé 2017 avec grosses farces et canulars glissants (dans canular il y a nullard) pour jeunes branleurs la bouche ouverte. Et c’est toi qui te tapes le sale boulot et la gloire merdique qui va avec.

En fait Hanouna, tu as beau te prendre pour une star de la télé et un gros producteur de « divertissement » (bel euphémisme !), malgré toute la thune que tu ramasses sans gants, tu n’es qu’un minable laborieux lampiste des médias. Un subalterne, un subordonné, un commis, un intermittent, un consommable. Pour un peu tu me ferais pitié, parce que toi, tu dois les faire et les assumer les tristes pantalonnades, les pitreries salissantes, dégradantes et gerbantes, tandis que monsieur Bolloré lui, il sirote son Bollinger millésimé en se faisant manucurer les pieds dans son jet privé à 8 000 mètres d’altitude.

D’ailleurs, tiens, je retire pour un peu, tu me fais pitié Hanouna. Attention à la tapette !

 

P.S. : A propos de ton gros chagrin et de tes excuses, elles comptent pour du faux-beurre, c’est celles de ton boss Vincent Bolloré qui seraient justifiées.

RÉVÉLATION EXCLUSIVE :  LA LETTRE PERSONNELLE DE HANOUNA À BOLLORÉ  (merci à Richard Anthony)

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LES FANTÔMES D’ISMAËL

Il faut aimer pour voir.

Aimer jusqu’à la délivrance, la souffrance et la dérision, le tragique et le burlesque, la lâcheté et le mensonge, la passion et l’ennui, la beauté cruelle et la laideur montante, la réalité et les fantômes, l’inexplicable et le ridicule, les toiles et les étoiles, la douloureuse présence des absents, la jouissance et la peur, les cauchemars asphyxiants et les aubes, le temps qui passe, ce qui s’incruste et ce qui fout le camp, ce qui meurt et ce qui nait, toutes ces choses entremêlées, complexes et inextricables qui font la chaîne et la trame de la vie. Car rien n’est simple, sauf la mort.

Desplechin sait raconter et montrer cela. De plus en plus et peut être de mieux en mieux.

Dans Les fantômes d’Ismaël, il excelle par exemple dans les gros plans, les très gros plans de visages de ses actrices qui littéralement envahissent et débordent de l’écran, collent le spectateur le dos à son siège. Il multiplie les plans du récit en cascades, en avant en arrière, bonds, rebonds, évasions, voltiges. La magie est dans le mouvement, les enchainements incessants. Le rythme qui semble hésitant et incertain au début apparaît de plus en plus assuré au fur et à mesure que le film s’emballe. Peut-être que ce que nous avons cru prendre pour des hésitations ou même des maladresses n’était qu’une manière élégante d’en faire un peu trop pour ne pas apparaître trop malin, trop habile, ou pire : porteur de message, car tout ceci n’est que du cinéma, mais tout de même du 7e art.

Pour entrer dans les détails et si vous tenez absolument à le savoir : Matthieu Amalric est consubstantiel au film, Charlotte Gainsbourg est formidable, Louis Garrel subtilement comique, Hippolyte Girardot excellent, magnifique photo d’Irina Lubtchansky (la fille du grand Willy Lubtchansky), la musique est audacieuse, les images de Noirmoutier font rêver. Il y a aussi Marion Cotillard qui n’a pas l’étoffe du  rôle.

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DEVOIR DE LECTURE : PATRICK CHAMOISEAU. FRÈRES MIGRANTS.

Il y a des livres qu’il faut lire. Ne serait-ce que ça. Au minimum. « Frères migrants » comme son beau titre l’indique fait partie de ceux-là. À lire donc pour « l’hygiène de l’esprit ». Pour pouvoir se regarder dans la glace le matin en se disant : « Je n’ai peut-être pas fait grand chose, mais au moins j’ai lu ce bouquin ».

« La poésie n’est au service de rien, rien n’est à son service. Elle ne donne pas d’ordre et elle n’en reçoit pas. Elle ne résiste pas, elle existe — c’est ainsi qu’elle s’oppose, ou mieux : qu’elle s’appose et signale tout ce qui est contraire à la dignité, à la décence. À tout ce qui est contraire aux beautés relationnelles du vivant.

Quand un inacceptable surgissait quelque part, Edouard Glissant m’appelait pour me dire : « On ne peut pas laisser passer cela ! » Il appuyait sur le « on ne peut pas ».

C’était pour moi toujours étrange. Nous ne disposions d’aucun pouvoir. Nous n’étions reliés à aucune puissance. Nous n’avions que la ferveur de nos indignations. C’est pourtant sur cette fragilité, pour le moins tremblante, qu’il fondait son droit et son devoir d’intervention. Il se réclamait de cette instance où se tiennent les poètes et les beaux êtres humains.

Je ne suis pas poète, mais, face à la situation faite aux migrants sur toutes les rives du monde, j’ai imaginé qu’Edouard Glissant m’avait appelé, comme m’ont appelé quelques amies très vigilantes. Cette déclaration ne saurait agir sur la barbarie des frontières et sur les crimes qui s’y commettent. Elle ne sert qu’à esquisser en nous la voie d’un autre imaginaire du monde. Ce n’est pas grand-chose. C’est juste une lueur destinée aux hygiènes de l’esprit. Peut-être, une de ces lucioles pour la moindre desquelles Pier Paolo Pasolini aurait donné sa vie. » P.C.

Patrick Chamoiseau non plus ne peut pas laisser passer cela, alors il écrit avec le souffle de Césaire, « Frères migrants « , un petit bouquin incandescent qui brule les mains qui le tiennent et les yeux qui le lisent. Tout y est dit en bref chapitres : La mort visible, La barbarie nouvelle,  Là-bas est dans l’ici, La mondialité, L’errance qui oriente, l’âme ouverte des frontières… et la Déclaration des poètes.

 » (…) – Les poètes déclarent que le racisme, la xénophobie, l’indifférence à l’Autre qui vient qui passe qui souffre et qui appelle sont des indécences qui dans l’histoire des hommes n’ont ouvert la voie qu’aux exterminations, et donc que ne pas accueillir, même pour de bonnes raisons, celui qui vient qui passe qui souffre et qui appelle est un acte criminel. » (…)

Télécharger, lire et faire circuler : La Déclaration des poètes tirée de FRÈRES MIGRANTS de Patrick Chamoiseau

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