Bouvard et Pécuchet journalistes.

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“Le pouvoir du journaliste ne se fonde pas sur le droit de poser une question, mais sur celui d’exiger une réponse.” Milan Kundera.

Le dernier débat (?) de la primaire de la Droite et du Centre a touché le niveau zéro du journalisme politique. Pire : le Zuiderzee du journalisme.  Peut-être pour la seule fois de ma vie, je suis d’accord avec Nicolas Sarkozy : Pujadas est indigne de sa carte de presse et n’a pas sa place sur le service public. Idem pour le comportement ironique et méprisant d’Elkabbach face à Bruno Lemaire.

Un minimum de respect messieurs, tout de même. Si vous n’êtes pas là pour servir la semoule, vous n’êtes pas non plus des courageux dompteurs dans la cage aux fauves. Assez de cirque ! Messieurs vous êtes des outres vides gonflées de votre propre suffisance, vous êtes la honte de votre profession. Tristes sires, triste pitres. Je ne vois aucune différence entre David Pujadas, Jean Pierre Elkabbach , Thierry Ardisson, Laurent Ruquier, Cyril Hanouna, Jean-Marc Morandini, etc.  « D’abord, ils lèchent, ensuite ils lâchent, enfin ils lynchent » (Anonyme à propos des, de la plupart des, de certains  journalistes).

LES SORCIÈRES DE LA RÉPUBLIQUE

Sorcières de la RépubliqueMERCI CHLOÉ !  Conte sybillin. Procès prophétique. Regard tranchant à plusieurs lames. Langue voluptueuse sur lit de syntaxe craquante. Lèvres über pourpres sur Incisives cruelles.  Audaces noires et outrages décapants. Puissance et tumulte médiatique. Vapeurs volcaniennes. Morsures jouissives dans la veine grasse.  Bal tragique en France. Beau comme l’antique. Humour olympien. Alexandrins en sauce hashtag, laconismes sardoniques et déconstructifs. Révélations mythologiques. Scandale politique et apocalypse en feu d’artifice poétique.

#Delaumeestirrécupérable

Indispensable pour garder son sang chaud pendant la période des frimas électoraux.

Extrait de concentré :

 » Le secret de beauté des renardes qui savent mordre, c’est d’inspirer le massacre avant que sonne l’hallali. »

–   » Si t’as pas lu Delaume, t’as rien lu, retourne chez Morandini !  Je ne rembourse pas les insatisfaits, mais je pourrais. »

Michael Moore’s Morning-After To-Do List

(see the complete list HERE)

(…)

2. Fire all pundits, predictors, pollsters and anyone else in the media who had a narrative they wouldn’t let go of and refused to listen to or acknowledge what was really going on. Those same bloviators will now tell us we must « heal the divide » and « come together. » They will pull more hooey like that out of their ass in the days to come. Turn them off.

(…)

4. Everyone must stop saying they are « stunned » and « shocked. » What you mean to say is that you were in a bubble and weren’t paying attention to your fellow Americans and their despair. YEARS of being neglected by both parties, the anger and the need for revenge against the system only grew. Along came a TV star they liked whose plan was to destroy both parties and tell them all « You’re fired! »

Trump’s victory is no surprise. He was never a joke. Treating him as one only strengthened him. He is both a creature and a creation of the media and the media will never own that.

(…)

FREE BONUS PACK : Steve Bell’s editorial cartoon in The Guardian.650

HONTE !

« Raconter n’importe quoi à quelqu’un c’est le transformer en n’importe qui. C’est exactement le travail de l’information. »        Jean Baudrillard

Fuck Trump ! Il a été démocratiquement élu. On fera avec.

Mais honte à vous éditorialistes, commentateurs, chroniqueurs, envoyés spéciaux, grands reporters, blogueurs, spécialistes auto proclamés, professeurs, donneur de leçons, sondeurs d’opinion, philosophes, sociologues, oracles et pythies pour spectacles de foire.

Une fois de plus vous vous êtes mondialement ridiculisés ! Et ce ne sera pas la dernière, tant vous êtes imperméables à la moindre humilité.

Vous formez en effet une élite, une élite du vide, boursouflée d’importance, de suffisance et de morgue.

Vous ne savez rien, vous ne mesurez même pas l’étendue de votre ignorance et vous nous abrutissez à longueur d’années de vos analyses subtiles et de vos prédictions lucides.

Les fantassins des médias c’est vous. Vous êtes les graisseurs de la machine à abrutir.

Vous déclarez que le peuple n’entend plus la parole des politiques (« ça n’imprime plus », osez vous dire), mais nous n’écoutons plus la vôtre. Vous êtes isolés, perdus au milieu de l’océan de votre fatuité.

Vous êtes pire que les politiques que vous brocardez si facilement « ils sont coupés des réalités et coupés du peuple… » car parmi eux, aussi hors sol soient ils, il y a tout de même des élus qui connaissent un minimum les préoccupations de leurs électeurs.

Comme à chaque occasion où vous perdez votre pantalon, vous ferez rapidement amende honorable, vous avez été abusés, il y avait une marge d’erreur plus grande que prévue, etc., mais sans remettre en cause votre statut ni vos capacités affutées de faiseurs d’opinion. D’ailleurs the show must go on, et la victoire de Donald Trump vous remet en selle et vous donne du picotin pour un bon moment. Bon appétit messieurs!

Quoiqu’il vous en coûte de l’admettre, vous êtes le fruit désespérant de la culture mondialisé, cette pâte industrielle, molle, tiède et fade qui se repend partout ; vos si précieuses idiosyncrasies ne sont que de la customisation offerte au spectateur par l’offre globalisée.

Je ne suis plus de gauche.

Dans mon pays riche

Aujourd’hui

Partout des pauvres

Partout

Autour des poubelles

Dans les encoignures de porte

A l’entrée des commerces

Au feu rouge

Aux escaliers du métro

Avec des matelas pourris

Des couvertures sales

Des sacs de couchage déchirés

Des cartons étalés humides

Des sacs plastique

Des trucs roulés retenus par une ficelle

Des miséreux

Des gueux en guenilles

Des pouilleux

Des va-nu-pieds

Des mendiants.

Avec un petit carton

Pour expliquer la situation

Ou même pas

Sans explication

Demander du travail

Demander à manger

Cela va sans dire

A quoi bon ?

Des crève-la-faim muets,

D’autres qui parlent avec accent

Qui remercient pour la pièce

Qui te bénissent

Des sans logis

Des sans domicile fixe

Des sans travail

Des sans âge

Des sans identité

Des sans papier

Des sans dents

Des sans plus rien

Des sans vie

Des hallucinés hirsutes

Barbe noire, joues creuses, orbites profondes

Parfois silencieux

Parfois criant des trucs incompréhensibles dans la rue

Des amputés d’une main

D’un bras

Des boiteux

Des écroulés en fauteuil roulant

Des vrais cul-de-jatte

Et puis aussi

Des jeunes déjà vieux

Briscards de la rue

Seuls

Ou en groupe assis

Avec chien sans bière

Avec bière sans chien

Avec les deux

Des vieux encore plus vieux que vieux

Vu les circonstances

Des femmes

Des jeunes femmes

Des jeunes mères

Avec un enfant sur les genoux

A la main

Dans les bras

Un autre

Et puis des vieilles

Des vieilles pliées en deux

Des vieilles qui marmonnent.

Des vieilles qui trainent des sacs

Des vieilles qui poussent des caddies

Des vieilles qui furent des mères

Des vieilles qui furent des femmes

Des vieilles qui furent des jeunes-filles

Des vieilles qui furent des petites filles avec des rubans,

des rires, des sandales, des nattes, des rires et des balançoires

Partout

J’en croise et j’en vois partout

A l’ombre et au soleil

Le jour et la nuit

Qu’il pleuve ou qu’il vente

Et la semaine et le dimanche

Tous les jours.

Avec un gouvernement de Gauche

depuis bientôt 5 ans.

JE NE SUIS PLUS DE GAUCHE

Ce matin je me suis réveillé et je l’ai tout de suite senti, je n’étais plus de Gauche. Ce n’était pas complètement une surprise, je sentais bien que depuis quelque temps je m’éloignais, je dérivais, je prenais des libertés, ça se décollait dans mes convictions.

Bref ça n’était plus comme avant entre la Gauche et moi. Un malaise avait grandi dans notre couple. J’ai regardé la Gauche, bouffie et endormie à côté de moi et j’ai trouvé qu’elle avait une sale gueule. Tout de même, cela m’a fait drôle. Depuis le temps que je vivais avec.

MA RENCONTRE AVEC LA GAUCHE.

En ce temps là, je me la pétais poète, tendance écorché vif, romantique incompris, nombriliste introspectif. Enfermé dans ma piaule, volets baissés, lumières éteintes, fenêtre ouverte à cause de la clope, j’écoutais Miles Davis dans le noir. Kind of Blue. So what. J’avais dans les seize ans. Ma mère excédée par mes langueurs tardives et mes états d’âme infantiles m’a soudain collé entre les mains un livre de poche, « Le Manifeste du Parti Communiste » de Karl Marx et Friedrich Engels. Edition 10×18. Elle a simplement dit : – Tu devrais lire ça et regarder autour de toi. Elle ne savait pas ce qu’elle faisait. C’est comme ça que j’ai rencontré la Gauche. J’étais vulnérable et exalté.

Un an plus tard, je brulais mes poèmes, je dévorais Lénine et je traitais les communistes français et russes de traîtres révisionnistes. Deux ans plus tard, je brandissais le poing, je chantais l’Internationale, je distribuais des tracts enflammés à l’aube à l’entrée des usines Citroën pour soutenir tout ce qui devait être soutenu dans le monde. Trois ans plus tard, j’avais lu tout Mao, je passais mes nuits en réunions tabagiques avec des Normaliens à débattre de l’origine des idées justes et je collais des affiches incendiaires pour écraser l’impérialisme qui était un tigre de papier.

Quatre ans plus tard, j’étais devenu une taupe, un « établi » maoïste en usine. Nous n’étions qu’une poignée, un corps d’élite, au contact direct, physique, quotidien, avec la classe ouvrière dont nous partagions les souffrances et les repas à la cantine de l’usine, distillant fébrilement la parole révolutionnaire. On était la crème sur le gratin du top dans le prosélytisme de Gauche. Cinq ans plus tard, j’étais engagé pour de bon dans la subversion mondiale active, j’étais devenu un dangereux activiste « underground ».

UNE PASSION BRISÉE.

Les fondations scientifiques en béton irréfutable du matérialisme historique, la pureté éblouissante de l’acier marxiste-léniniste inoxydable mettaient infailliblement à ma portée une réponse dialectiquement juste à n’importe quelle question. Non seulement je me sentais armé et puissant, mais j’avais des ailes. Je n’étais pas de Gauche, ni au milieu de la Gauche, j’étais perché sur le bord extrême de la Gauche. Faire la révolution c’était trop génial, servir la cause des Peuples cela faisait du bien. Révolutionnaire, c’était trop cool, c’était mon destin et mon métier.

Naturellement, peu à peu le soufflé est redescendu. Et puis tout l’édifice s’est lézardé. Dans les années 80 de nouvelles grandes fissures sont apparues. Cela s’effondrait par pans entiers de l’intérieur. Du coup les idées révolutionnaires semblaient moins solides et les perspectives de la Gauche au pouvoir moins excitantes. Vu de l’intérieur, le socialisme réel était moins brillant que vu de l’extérieur.

Quelqu’un ou quelque chose avait du merder quelque part. On avait salopé ou même saboté le boulot de Marx et Lénine. Cela ne sentait pas bon non plus du côté de la pensée-Mao-Tsé-Toung. Les grondements et les grincements continus indiquaient un problème plus grave que la présence de quelques grains de sable dans des roulements bien huilés. Il devenait urgent de s’arrêter, de lever le capot et de démonter tout le moteur théorique pour voir d’où ça venait et si on pouvait encore réparer le dogme.

Ce que j’ai fait. Le châssis, le moteur, la transmission, la carrosserie, tout était naze. Irrécupérable. Défaut de conception invisible à l’époque, enfoui dans la structure même du projet. Ajoutez à cela, une conduite brutale, le compte tour en permanence dans le rouge, jamais d’huile ni de graissage, des déformations dues à l’effort excessif, et partout de la corrosion due à la sueur de trouille à tous les niveaux. Le plus étonnant c’est que cela ait duré aussi longtemps sans s’écraser dans un ravin avant. Marxisme, Léninisme, Maoïsme : à la casse, recyclage en pompes à vélo.

Comme un amant trahi, je me suis absorbé dans une longue période de désintoxication pour réapprendre à penser humblement par moi-même, oser douter, accepter la complexité des choses… Merci à Edgar Morin pour la bougie.

Mais attention, si je n’étais plus marxiste, si je n’étais plus sectaire et dogmatique, si je n’étais plus ni encarté, ni adhérent, ni militant, tout juste sympathisant, je conservais des idées ancrées « à Gauche ». J’étais toujours du côté du Peuple. Je faisais toujours partie des « gens de Gauche ». Je lisais Le Monde, Libé et le Nouvel Obs. plutôt que le Figaro, Les Echos et L’Express. Je fréquentais les cinémas d’art et d’essai. Je portais des jeans et des blousons de cuir. Comment pouvait-on être de droite ? Costard Prince de Galles et cravate ? Blazer et mocassins à pompons le week-end ?

C’EST QUI C’EST QUOI LA GAUCHE ?

Être de Gauche en gros pour ceux qui n’y ont jamais gouté, c’est moralement assez jouissif. On a choisi d’être du bon côté du manche de l’histoire et c’est rassurant (en tous cas en démocratie) c’est beau et c’est noble. On défend des valeurs humaines fondamentales, indiscutables et universelles.

La couche de fond de la Gauche, c’est du christianisme primitif : l’amour, le partage, la solidarité, les circonstances atténuantes, le pardon, ne pas jeter la première pierre, la seconde chance, la providence, les premiers seront les derniers, etc.

La couche intermédiaire, c’est les Lumières : l’éducation, la raison, la justice, la tolérance, la liberté, la république, l’égalité, la démocratie, la laïcité. Ajoutez une décoction filtrée à base des révolutions de 1789, 1830, 1848, et quelques larmes pour la Commune.

La couche de surface, c’est moins clair. Navigue là-dessus toute une flottille confuse de radeaux divers, pour la plupart poussés par des vents du XIXe et du XXe siècle : Guerre au grand capital, Brisons les chaînes du colonialisme, Halte au despotisme, Le fascisme ne passera pas, Plus jamais ça, etc. Au sommet du mât : le drapeau fatigué de l’Internationale des lendemains qui chantent et du retour du temps des cerises avec son merle moqueur.

On trouve à bord, des libertaires, des syndicalistes, des radicaux, des démocrates sociaux, des socialistes, des marxistes, des communistes de toutes les chapelles, des crypto-gauchistes, des écologistes, des altermondialistes, des chrétiens de souche, quelques agents provocateurs en mission. Tout le monde se conspue et se déteste, telle est l’invincible armada de la Gauche.

LE MONDE ENCHANTEUR DE LA GAUCHE.

Il y a une constante dans la pensée de la Gauche (d’un bord à l’autre, même chez les plus timorés des réformistes), un rêve de révolution douce qui persiste. La dictature du prolétariat, maintenant on est assez d’accord, c’était une horreur, heureusement c’est fini, tournons la page. Par contre, une petite révolution soft, un truc sans violence, une révolution judicieuse qui ne dirait pas son nom, triomphant peu à peu en douceur grâce à une accumulation régulière de réformes bien expliquées et bénéfiques pour tous, une révolution généreuse qui permettrait de fonder un monde meilleur, une société nouvelle, ça ce serait chouette.

Quand on est de Gauche, on s’emploie à fantasmer une planète entièrement de Gauche, une planète juste et propre. Avec du pain et des jeux, à chacun selon ses besoins, écarts des revenus modérés, plein emploi à mi-temps garanti pour tous, strict contrôle des banques, soins de santé illimités et gratos, un minimum de police, trois fois moins de fichiers, trois fois plus de profs, peace and love, no more war, tolérance religieuse décontractée, migrations planétaires libérées et low cost, égalité hommes-femmes, identité flexible, harmonie LGBT, fin du réchauffement climatique, fin du nucléaire, Monsanto et Bayer dissous, réduction spectaculaire de la pollution, sauvetage des ours blancs, des tigres et des baleines, biodiversité retrouvée, forêt amazonienne florissante, océan sans plastiques, voitures électriques obligatoires et en libre partage, bouffe bio et cannabis de petits producteurs accessibles à tout le monde en supermarché, internet et téléphone gratuits, téléchargements illimités, revenu universel, etc. Je vous laisse compléter.

L’HOMME (LA FEMME) DE GAUCHE

Je vous fiche mon billet que même si on donnait les pleins pouvoirs et carte blanche à Valls plus Montebourg plus Hamon plus Mélenchon, ficelés en brochette avec Macron en prime et pour quatre quinquennats successifs, on n’aurait pas fait un pas en avant décisif vers le Nirvana de la Gauche. Pas parce que la CGT et FO, les étudiants ou la police défileraient quotidiennement dans la rue contre les réformes bousculant les avantages acquis mais parce que c’est une utopie naïve.

Je me détachais, mais je m’accommodais de la vie commune tout de même. Les temps ont changé, aujourd’hui je ne m’en accommode plus. Dans le contexte présent, je trouve tout ce fatras de conte de fée et ceux qui le propagent candidement la main sur leur cœur de gauche, aussi insupportables que dérisoires.

Parce que un type qui a des opinions de Gauche, c’est toujours un type bien. Un mec qui a des opinions de droite, méfiance, c’est un mec qui n’est pas tout à fait net. Change de trottoir. A Gauche on est ouvert, à droite on est fermé psychorigide. Il faut choisir son camp. La pièce ne peut pas tenir en équilibre sur la tranche (sinon elle tombe aussitôt dans la poche de François Bayrou).

Je ne supporte plus d’entendre cent fois par jour les expressions :

Les valeurs de la Gauche. Un homme de Gauche, une femme de Gauche, un philosophe de Gauche, un(e) intellectuel(e) de Gauche, un curé de Gauche, un écrivain de Gauche, un cinéaste de Gauche, un metteur en scène de Gauche, un acteur de Gauche, une actrice de Gauche, un humoriste de Gauche, un chanteur de Gauche, un artiste de Gauche, un patron de Gauche, un avocat de Gauche, un journaliste de Gauche, la presse de Gauche, un « think tank » de Gauche !

« Machin ? Il est plutôt de Gauche. Il est même assez proche de la Gauche. On m’a dit qu’il flirte parfois avec la Gauche caviar. Il aurait ses entrées à la mairie de Paris. Certains trouvent qu’il est bien plus à Gauche que ce qu’il veut bien dire. Enfin, s’il a le cœur à Gauche, il a encore le portefeuille à droite. »

Florilège pour période électorale :

« Ne pas faire de politique c’est être de droite. »

« S’abstenir, c’est voter à droite. »

« Voter à Gauche, c’est barrer la route à la réaction. »

« Pour voter utile, votez socialiste. »

« Mettre son doigt dans son nez, c’est faire le jeu du Front National », etc.

Quand je dis « Gauche » je ne parle pas que des socialistes, consorts et assimilés, compagnons de route électorale comme les écolos et le dernier carré des cocos, la Gauche c’est l’ensemble de tous ceux qui se gargarisent avec bonne conscience de leur humanisme. Tous ceux qui séparent facilement le juste de l’injuste, le bien du mal, tous ceux qui savent précisément tracer la ligne de démarcation entre eux et la droite qui comme on le sait bien, commence au centre et envoie même parfois des rhizomes jusqu’au sein du terroir de la Gauche.

GAUCHE DE VIEUX

La Gauche veut incarner la jeunesse, mais elle est incapable de penser la modernité, c’est à dire le présent. Elle ressasse son vieux fond idéologique. Elle essaie de suivre le mouvement et de s’adapter du mieux qu’elle peut aux circonstances sans renier ses origines. C’est très inconfortable ! Plus cruellement dit : elle est à la traîne. Elle est larguée.  Elle se voudrait à l’ avant garde du Peuple, « force de progrès » et donc de propositions, elle devrait avoir un train d’avance si ce n’est deux sur la vieille droite assise barricadée derrière son héritage, ses privilèges et ses nostalgies, que nenni : la Gauche a toujours au moins un train de retard.

Mais où sont-ils donc les audacieux penseurs-éclaireurs de la Gauche ? Je n’entends encore et toujours que cette morne rengaine que les forces populaires triompheront fatalement de leurs oppresseurs, les forces de la réaction étant inéluctablement condamnées à sombrer dans les tristes poubelles de l’histoire. L’humanité poussée par des vents favorables (venus d’où ?) s’éloignera toujours plus de l’obscurantisme de sa barbarie primitive pour se rapprocher (à pas de géants ?) des cimes promises au plus hauts niveaux de civilisation. Musique s’il vous plait.

« Camarades, recherchons une motion de consensus pour mettre un terme aux divisions qui nous paralysent. Établissons un compromis acceptable et recherchons ensemble des solutions simples et justes pour répondre à tous les défis qui nous attendent sur le difficile chemin de l’avenir. Comme l’a si bien dit Jaurès : “Qu’est-ce que l’idéal ? C’est l’épanouissement de l’âme humaine. Qu’est-ce que l’âme humaine ? C’est la plus haute fleur de la nature.” Osons, camarades, osons ! »

« Unité ! Unité ! Unité ! », crie la foule des congressistes.

Tout cela pour dire qu’un beau jour (avec cerises et merles moqueurs) que nous ne connaîtrons pas hélas – mais ce n’est pas une raison pour ne rien faire, nos enfants ou nos petits enfants pourront vivre peinards dans la terre promise du Gaucheland. Il restera quand même sur une île isolée, une réserve payante très surveillée, habitée exclusivement par des gens de droite, le SarkoPark, que l’on pourra visiter pendant les vacances pour se rappeler comment c’était affreux le monde d’avant.

BLUES DE GAUCHE

Le peuple de Gauche est convaincu que l’histoire s’achèvera dans un grand happy end (d’autant plus que chaque jour le capitalisme creuse un peu plus profond sa tombe…). Si tu commences à raconter que non, le combat est sans fin, si tu évoques Sisyphe et son rocher, tu vas mal te faire voir, tu sapes le moral du peuple de Gauche. Prends gardes à pas te faire excommunier, tu penches à droite.

La chute de la théorie du grand soir, l’exposition au grand jour des ruines fumantes du communisme, ça a sapé le moral à plus d’un. Et pas seulement chez les gentils cocos d’ici, qui n’auraient jamais commis des horreurs pareilles. Même chez les socialistes on a commencé à se poser la question, est-ce que « socialiste » c’est vraiment une marque porteuse ? Est-ce qu’on ne pourrait pas lancer un grand concours national, ouvert à tous, pour trouver un nouveau nom ? On réunirait un jury de personnalités populaires qui feraient une première sélection. Les gens voteraient.

Cela pourrait même être retransmis à la télévision…

La Gauche est quasi moribonde à l’Est, mais elle est à la peine à l’Ouest. Le libéralisme mondialisé enchaîne sans débander les bulles financières et les crises mortelles (pour les autres) sans que cela annonce en rien sa fin prochaine. Quelle santé ! Autant le reconnaître, tant que l’homme conservera son flair de Bloodhound pour l’appât du gain, la droite aura de beaux jours devant elle.

LA GAUCHE DE GOUVERNEMENT.

L’homme de Gauche de Gouvernement est devenu un homme de Gauche normal. Faute de pouvoir renverser le système, il se présente comme un lucide réformateur du pire et un habile gestionnaire de nos acquis sociaux. La Gauche de Gouvernement, c’est un peu le bon sens près de chez vous. C’est la social démocratie des temps modernes relookée en social-libéralisme ou plutôt en libéralisme socialisé. Réjouissez-vous les damnés de la terre, tremblez barons de la finance ! Moi, je ne vois que des tentatives désespérées de ménager la chèvre et le chou, d’endormir le loup, de séduire l’agneau, de convoiter la barque et de baratiner le passeur pour aller lutiner la bergère.

La Gauche de Gouvernement ne promet pas le bonheur intégral pour tous, mais au moins choisir la Gauche de Gouvernement c’est choisir le courage de la lucidité, la compétence, l’intégrité, la persévérance, la morale et la vertu.

A contrario, la lâche compromission, le mensonge, la prévarication, la concussion, la forfaiture, les malversations, le trafic d’influence et l’incohérence sont l’apanage de la droite.

Mais la Gauche de Gouvernement, depuis qu’elle a gouté au pouvoir, depuis qu’elle a son couvert au grand banquet de la République, depuis qu’elle compte en son sein des ministres et des anciens ministres, des députés et des sénateurs, des conseillers régionaux, des maires, des cumulards de mandats et bien d’autres notables porteurs de ruban et de boutonnière, n’est plus aussi pure et incorruptible qu’elle le prétend.

Hélas, hélas, hélas, trois fois hélas. Devant ses juges, l’homme de Gauche ressemble étonnement à un homme de droite ou à un homme tout court. Ecce homo.

Ce matin, j’ai quitté la Gauche. Je titube un peu devant tant de liberté de pensée, mais je me sens beaucoup plus léger.

 

 

 

VIEILLESSE DE POLLAGORAS

Michaux-frottage-1947Je voudrais bien savoir pourquoi je suis toujours le cheval que je tiens par la bride.

Avec l’âge, dit Pollagoras, je suis devenu semblable à un champ sur lequel il y a eu bataille, bataille il y a des siècles, bataille hier, un champ de beaucoup de batailles.

Des morts, jamais tout à fait morts, errent en silence ou reposent.
On pourrait les croire dégagés du désir de vaincre.

Mais soudain ils s’animent, les couchés se relèvent, et tout armés attaquent. Ils viennent de rencontrer le fantôme de l’adversaire d’autrefois qui lui-même, secoué, tout à coup se précipite en avant fiévreusement, sa parade prête, obligeant mon cœur surpris à accélérer son mouvement en ma poitrine et en mon être renfrogné qui s’anime à regret.

Entre eux sans interférence ils livrent « leurs » batailles, aveugles aux précédentes comme aux suivantes, dont inconnus et paisibles circulent les héros, jusqu’à ce que, rencontrant à leur tour leur contemporain adversaire, ils se redressent en un instant et foncent irrésistiblement au combat.

C’est ainsi, dit Pollagoras, que j’ai de l’âge, par cette accumulation.

Encombré de batailles déjà livrées, horloge de scènes de plus en plus nombreuses qui sonnent, tandis que je me voudrais ailleurs.

Ainsi, tel un manoir livré au Poltergeist, je vis sans vivre, lieu de hantises qui ne m’intéressent plus, quoiqu’elles se passionnent encore et se refassent tumultueusement en un fébrile dévidement que je ne puis paralyser.

La sagesse n’est pas venue, dit Pollagoras. La parole s’étrangle davantage, mais la sagesse n’est pas venue.

Comme une aiguille sismographique mon attention, la vie durant, m’a parcouru sans me dessiner, m’a tâté sans me former.

A l’aurore de la vieillesse, devant la plaine de la Mort, je cherche encore, je cherche toujours, dit Pollagoras, le petit barrage lointain en mon enfance par ma fierté édifié, tandis qu’avec des armes molles et un infime bouclier, je circulais entre les falaises d’adultes obscurs.

Petit barrage que je fis, croyant bien faire, croyant merveille faire, et me placer en forteresse non délogeable. Petit barrage trop solide que ma résistance fit.

Et il n’est pas le seul.

Combien en bétonnai-je au temps de ma défense folle, dans mes années effrayées.

Il faut que je les dépiste tous à présent, recouverts de fibres vivantes.

Ma vie fléchissante qui n’a plus qu’un filet, cherche, avide, les torrents qui se gaspillent encore, et l’œuvre magnifique du courageux petit bâtisseur doit être ruinée pour le bénéfice du vieil avare attaché à la vie.

Henri Michaux. La vie dans les plis. 1949.